LUTTE CONTRE LE TERRORISME : Chériff Sy – Ousséni Compaoré ou le couplet gagnant du Président Kaboré ?

Depuis bientôt trois ans, le Burkina Faso subit de plein fouet les affres du terrorisme. Entre des attaques d’envergure, ciblant les institutions et des lieux de fréquentation d’expatriés dans la capitale et les incursions meurtrières d’individus armés non identifiés dans plusieurs régions, notamment au Sahel, au Nord et à l’Est, le bilan est trop lourd : plus de 300 personnes tuées, plus de 60 000 déplacés internes, un vivre ensemble menacé et désormais précaire. Mais le drame, c’est que les capacités de réponses de l’Etat ne sont pas, jusque-là, à la hauteur de la menace. La nomination de nouveaux ministres de la Défense nationale et de la Sécurité réussira-t-elle à changer la réalité sur le terrain ?

Il ne se passe plus un jour sans que des individus armés non identifiés ne sèment le malheur et la désolation dans une localité du pays. Comme si l’Etat et ses forces  avaient démissionné ou se sont résignés à assister avec impuissance à l’instauration de la terreur, les terroristes semblent avoir fait du Burkina Faso leur terrain de jeu, laissant le bon peuple avec des interrogations sans réponse. Que se passe-t-il franchement au sommet de l’Etat et dans la haute hiérarchie de l’armée en matière de stratégie de lutte contre le terrorisme ? Que l’on ne vienne pas répéter ici qu’il s’agit d’une guerre asymétrique avec un ennemi invisible qui a toujours l’initiative du combat.

Les Burkinabè ont trop entendu ça pendant trois ans. N’allez surtout pas leur parler du manque de moyens. Ce son réveille leurs crises de tension. Ne leur dites pas non plus que le Burkina Faso n’est pas le seul à subir les attaques. Ils le savent déjà ! Mais ils savent aussi que les autres montrent de plus en plus des signes d’efficacité et plus de sérieux dans leur volonté de lutter contre le terrorisme (le Niger, la Mauritanie, le Tchad et à une certaine mesure, le Mali) et font la preuve d’une certaine stratégie de riposte plus ou moins efficace. Mais ici, que constatent-ils ? Des individus armés non identifiés à moto, viennent régulièrement tuer leurs parents et s’évanouissent dans la nature. Arrêtez de leur raconter que ce sont des dignitaires de l’ancien régime qui sont derrière ces attaques. Mais si tel est le cas et que depuis trois ans, l’on n’arrive pas à mettre la main ou avoir des informations précises sur ces dignitaires apatrides qui font tuer leurs frères, l’on doit plus s’inquiéter de ceux qui gouvernent aujourd’hui  que de ceux qui attaquent.

A la désolation et la tristesse provoquées et entretenues par la puissance destructive des forces du mal, la réponse de l’Etat est malheureusement une incompréhensible inertie qui frise l’incompétence si ce n’est de l’insouciance. Et c’est cela qui est révoltant. On semble dormir au sommet de l’Etat et au commandement des Forces armées nationales quand les enfants du peuple se font  massacrer par  une horde  de  vampires  avides de sang.

Il y a trois ans, l’on pouvait comprendre que le gouvernement et les Forces de défense et de sécurité n’étaient pas préparés et outillés face à ce terrorisme naissant au pays des hommes intègres. Mais trois ans après, ces groupes gagnent du terrain et sont en train d’instaurer la terreur dans presque toutes les régions du pays sans que l’on ne voie véritablement de réelles stratégies de riposte. Comment des groupes d’individus, fussent-ils terroristes, peuvent-ils être mieux organisés que tout un Etat ?

Comment peuvent-ils connaître le territoire national plus que ceux chargés d’assurer son intégrité ? Combien faudra-t-il de morts, d’écoles fermées, d’enfants contraints d’abandonner les classes ; d’agents de santé fuyant leur lieu de travail, pour que ceux qui sont grassement payés pour apporter des réponses ne se rendent enfin à l’évidence qu’ils ne sont pas à la hauteur de la tâche ?

Que de discours et de promesses. Mais au lieu du résultat, c’est toujours la désolation. Sans vouloir l’apologie du terrorisme, il faut craindre que les groupes terroristes n’aient déjà réussi à semer la terreur dans plusieurs parties du  pays. Le dire ce n’est point avoir l’âme de défaitiste. C’est surtout d’avoir le courage de faire le triste constat: la peur se lit sur plusieurs visages au Faso. Beaucoup de citoyens sont fatigués de pleurer, ces hommes et ces femmes qui tombent. Mais au-delà de la hiérarchie militaire dépassée et sans perspective, c’est la responsabilité du chef suprême des armées, à savoir le président du Faso, qui est engagée. A situation exceptionnelle, il faut des mesures exceptionnelles.

Blaise Compaoré a détruit l’armée au profit de sa garde prétorienne, le Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Mais il a fabriqué ses hauts-gradés qui l’ont accompagné dans cette œuvre de sape de l’armée républicaine. Malheureusement, bien de ceux-là sont encore aux affaires et jouent les premiers rôles dans la haute Direction des Forces de défense et de sécurité. Il faut sonner la fin de la recréation à ce niveau. Il faut mener des enquêtes sérieuses et approfondies pour débusquer les complicités internes avérées. Il faut des hommes d’honneur, prêts à mouiller le maillot, à monter au front et jouissant du respect dû à leurs galons, à la haute hiérarchie de l’armée.

Les nouveaux ministres en charge de la défense et de la sécurité, Moumina Chériff Sy et Ousséni Compaoré, ont du pain sur la planche. Les défis sont énormes. Ils vont devoir, avant toute chose, secouer fortement le cocotier pour faire tomber tous les fruits pourris. C’est la condition sine qua non pour mieux huiler la chaîne de commandement et d’exécution. Déjà, le président a nommé un nouveau chef d’Etat- Major général des armées, en la personne du Général Moïse Minoungou, avant le remaniement ministériel. Est-il l’homme de la situation ? Pourrait-il porter les réformes indispensables pour revigorer le moral des hommes ?

Trouvera-t-on désormais le salut avec le duo Sy–Compaoré ? Il faut l’espérer. Car s’ils échouent, le terrorisme risque d’installer durablement ses bases au Burkina Faso, avec pour conséquence de détruire les bases du vivre ensemble et de l’Etat. Les Burkinabè n’ont d’autre choix que de placer leur confiance à ce duo, concocté par le Président Kaboré. A eux aussi d’assumer pleinement leurs responsabilités.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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