Lutte contre le terrorisme : l’alternative par des pactes locaux du vivre ensemble

Après le Sahel et l’Est, le Centre-Nord est désormais l’une des régions où sévissent les groupes terroristes. Il ne se passe plus une semaine sans qu’une de ses Communes soit le théâtre d’incursions meurtrières d’individus armés non identifiés. Les dernières en date sont l’attaque de l’Eglise catholique de Dablo, le dimanche 12 mai dernier, et celle du lundi 13 mai dans la Commune de Zimtenga.

Dans le premier cas, une quarantaine d’individus armés à motos ont fait irruption à l’église et ont froidement abattu 6 personnes, dont un prêtre. Dans le second, ce sont
également 4 fidèles chrétiens de retour d’une procession qui ont été victimes des forces obscurantistes. Auparavant, un temple protestant avait été la cible d’attaques dans la région du Sahel.

Il y a donc un glissement des cibles vers les églises chrétiennes. Après l’école moderne accusée de propager une civilisation de l’impureté, ce sont les religions chrétiennes qui sont visées. Mais il ne faut pas se méprendre. Ils ont commencé par les musulmans. Combien d’imans et de fidèles musulmans sont-ils passés par les armes de ces individus armés non identifiés dans les régions du Sahel et de l’Est ? Bref, l’objectif visé est de semer la zizanie entre les communautés. Tout comme ils l’ont tenté avec les groupes ethniques, ils essaient de donner un coup de pied dans la fourmilière religieuse.

Fort heureusement, à Dablo, par exemple, l’ensemble des communautés religieuses (musulmans, catholiques, protestants et coutumiers) s’est dressé comme un seul homme pour accompagner les suppliciés à leur dernière demeure. Cette nouvelle donne interpelle l’ensemble de la communauté nationale. Les terroristes sont en train de tester la résilience des différentes composantes socio-ethniques. Car, là où la cohésion sociale est fragilisée, les attaques terroristes peuvent déboucher sur la perception de l’autre comme la source des malheurs. Et s’il n’y a pas de mécanismes de régulation suffisamment forts, le pas vers les représailles peut rapidement être franchi. C’est ce qui est arrivé à Yirgou et à Arbinda.

Dans une communauté solidaire, la diversité et la différence sont des sources d’enrichissement mutuel et non de division. La prise de conscience de cette force collective de protéger l’espace commun de vie de toutes formes de violence et sa préservation implique nécessairement un leadership et une légitimité assumés. Ce leadership peut être porté par des acteurs reconnus dans l’organisation sociale de la communauté et reconnus par tous (chefs coutumiers, chefs de terre, personnes ressources, groupes sociaux spécifiques, etc.) Cela pourrait contribuer à susciter un engagement collectif des populations à la base à défendre et protéger leur vie, leur bien et la quiétude sociale. C’est l’une des conditions essentielles pour une collaboration efficiente et efficace avec les Forces de défense et de sécurité. C’est aussi un moyen sûr de créer les conditions d’interventions rapides et efficaces des FDS en cas de besoin.

Contrairement à ce que l’on croit, le succès de la lutte contre le terrorisme passera forcément par le renforcement de la cohésion sociale et de la capacité de résilience des communautés locales. A partir de là, l’on peut promouvoir et renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté de destin. A contrario, le terrorisme prospère dans les communautés où la cohésion sociale s’effrite et où la confiance est rompue entre les différentes composantes de cette communauté. Une quarantaine ou une vingtaine de personnes à motos ne peut pas entrer et sortir tranquillement dans une communauté soudée et déterminée à protéger ses membres.

Malheureusement, profitant de l’absence de confiance qui engendre légitimement la peur de dénoncer, les terroristes arrivent à bénéficier de complicités passives de certaines personnes qui peuvent avoir des informations sur leurs entreprises criminelles mais n’osent pas les dénoncer. Il faut donc se poser les bonnes questions
pour avoir les bonnes réponses. L’on peut accuser les FDS de ne pas être proactives. C’est parfois vrai. Mais pour qu’elles puissent l’être réellement, il faut d’abord que les communautés soient elles-mêmes actives, soudées et engagées collectivement à vivre ensemble et à se protéger les uns des autres. Les FDS peuvent et doivent mener le combat qui est le leur. Mais elles ont besoin de s’appuyer sur des communautés humaines déterminées à assurer la protection de leurs membres et de leurs voisins.

Sur ce point du combat contre le terrorisme, le Burkina est encore en retard. Le gouvernement doit rapidement identifier les voies et moyens de ressouder le tissu
social à la base. En lieu et place des débats politiciens, intéressés et inopérants sur la réconciliation nationale, l’on gagnerait tous à engager cette bataille indispensable au succès des armes. Pour cela, il faut recentrer les missions des collectivités territoriales sur la reconstruction de pactes locaux du vivre ensemble en s’appuyant sur les valeurs et mécanismes reconnus des communautés à la base et dans le strict respect des principes républicains.

Boureima OUEDRAOGO
Ecrit par
Boureima OUEDRAOGO

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Nunc rhoncus sagittis tortor, a posuere tellus cursus suscipit. Pellentesque euismod aliquam lectus vel aliquet.

Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Boureima OUEDRAOGO Ecrit par Boureima OUEDRAOGO

Nous suivre sur…