LUTTE CONTRE LE TERRORISME : Un soldat au front se lâche…

Le Burkina Faso est finalement dans l’œil du cyclone. Les actes terroristes s’enchaînent, presqu’au quotidien. Pendant que le phénomène sévissait au  Mali, certains observateurs avaient attiré l’attention des voisins de ce pays sur le risque que cette pieuvre pouvait enjamber les frontières. Janvier 2016, le Burkina fera l’amère expérience des attaques terroristes et c’était l’entrée en matière. Impréparation, crise du commandement, manque de  matériels adéquats, peur et angoisse ont envahi le pays et son armée. Aujourd’hui, les soldats au front, malgré les défaites, engrangent des victoires. Aller au front peut paraitre une angoisse pour le soldat et sa famille. Mais malgré des inconséquences, certains y vont avec à l’esprit que l’âme du soldat ne meurt jamais. Qu’en pense le soldat ? Nous avons rencontré l’un d’eux. Lisez !

Le Reporter : Pouvez-vous nous dire comment vous aviez été désigné pour aller combattre au front ?  

Soldat : (Soupire…Silence) C’est une désignation et cela se fait à tour de rôle. Si ton tour arrive, tu te prépares seulement pour affronter, même si souvent, il est difficile d’annoncer cette décision à la famille. Souvent, les familles ont peur que leurs proches partent au front. Quand tu parles du Nord, c’est souvent difficile à accepter mais nous (FDS) nous n’avons pas peur.

Quand vous avez vu votre nom sur la liste, quel a été votre sentiment ?

J’étais content, car c’est Dieu qui décide de la vie ou de la mort. Si ton jour n’arrive pas seulement tu vas revenir. Tu as prêté serment pour ça, alors, il faut y aller. Chacun a choisi, si tu choisis d’être un soldat, il faut que tu combattes. Nous étions très fiers d’aller combattre pour notre patrie.

Etes-vous déjà allé au front ?

Affirmatif  (avec un ton rassurant). Plusieurs fois, j’ai été au front et d’ailleurs, je viens de rentrer de mission.

Combien de fois ?

Il serait très difficile de vous donner un nombre exact, car j’ai fait énormément de missions.

Dans quelles localités êtes-vous allé ?

Au Burkina, j’ai fait Baraboulé, Intangom, Koutougou, Arbinda, Guendbila ; Yantega, Barsalgho, Pensa, etc. J’ai été dans beaucoup de localités.

Comment cette mission s’est-elle passée ?

La mission a été très difficile pour moi, car nous avions subi une attaque vers la fin. Malheureusement, dans cette attaque, nous avons perdu un peu moins d’une dizaine de frères d’armes. (Après ces propos, les yeux sont devenus subitement rouges, nous obligeant à interrompre l’interview pendant quelques minutes.)

Il nous revient que les hommes n’ont parfois pas de quoi manger ou boire pendant des jours. Est-ce vrai ?

Côté boisson, ces derniers temps, nous rendons grâce à Dieu. Maintenant, on n’a plus de problème d’eau. Dans la plupart des sites, nous avons de l’eau. C’est côté nourriture que nous rencontrons souvent des difficultés, surtout la non-accessibilité des condiments. La population a peur et pour cela, on évite de faire circuler les véhicules. Côté vivres, des fois, ça ne va pas, car de gens veulent se faire des profits.

Qui ?

Les premiers responsables des détachements.

Comment ?

Comme le dit un adage, «la chèvre broute là où on l’a attachée». Quand la hiérarchie donne l’argent des vivres, ils ne paient pas tout. Ils partent payer les produits de dernière qualité pour nous envoyer, ce qui leur revient moins cher et ils empochent le reste de l’argent. Nous aussi nous n’avons pas le temps pour vérifier le montant alloué à nos vivres.

Comment sont payées vos primes de missions ?

Nos primes sont payées mensuellement. Mais, il faut noter qu’il existe des retards dans le paiement. Souvent, il faut qu’on fasse des petites revendications pour rentrer en possession de ces primes. Des efforts et des progrès ont été faits avec l’arrivée du Général Moïse Miningou (NLDR : chef d’Etat-Major général des armées). Nous n’avons toujours pas reçu toutes nos primes mais des explications nous ont été données et nous avons l’espoir de les avoir un jour.

Quelles sont les conditions de votre prise en charge sanitaire ?

Côté santé, nous avons un médecin à notre niveau, au détachement. Si tu es malade, tu es pris en charge immédiatement. Si ta maladie n’est pas grave, on te soigne sur place, dans le cas contraire, on t’évacue dans un centre de santé approprié.

Pouvez-vous nous raconter la journée d’un soldat au front ?

Du matin au soir, c’est la faction ou rien ; c’est-à-dire, la vigilance. Toutes les choses ne doivent pas être négligées mais doivent être prises au sérieux. Sous la douche, en mangeant, en tout temps et en tout lieu, tu dois être prêt à réagir.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face ?

Silence ! Nous rencontrons beaucoup de problèmes. La plus grosse difficulté, selon moi, est le problème de commandement. La plupart de ceux qu’on envoie n’ont pas une bonne expérience. On n’envoie pas les  «gradés» mais plutôt des jeunes. Les choses pourraient changer si on inversait la tendance. Notons aussi que les terroristes utilisent des armes plus sophistiquées que nous. Même la dotation en tenue pose aussi problème. Pour les sorties sur le terrain, nous rencontrons beaucoup de problèmes à cause des engins explosifs improvisés, des mines, des embuscades, etc.

Quelle a été votre mission la plus difficile ?

Ma mission la plus difficile a été en 2017. Elle a eu lieu à Baraboulé. Elle a été difficile, car de nombreuses personnes sont tombées au cours de la mission.  (Silence).

Sincèrement, c’est très décourageant; regarde comment j’ai maigri, regarde aussi mon camarade (NDLR : Il indique son camarade assis à côté de lui). Mais on a prêté serment et on n’a pas le choix.

Malgré les actions de réussite de l’armée  burkinabè, elle subit souvent des défaites. Quels sentiments vous animent quand vous voyez vos camarades tomber au front  ?

(NDLR : Soupire et un profond silence. Il remua la tête plusieurs fois avant de prendre la parole). C’est très triste de voir un camarade tomber au front, c’est très décevant. Nous avons subi beaucoup d’attaques mais quand vous demandez un appui aérien, tant que des camarades ne sont pas tombés, l’appui ne vient pas. Ce qui fait que l’ennemi gagne du terrain et fait beaucoup de dégâts avant de replier. Si on avait les appuis aériens à temps, cela pourrait limiter les dégâts. Il y a souvent le rapport de force qui nous dépasse. Des PKMS avec des 12/7, reconnaissez qu’il n’y a pas de combat possible.

Bénéficiez-vous d’une prise en charge psychologique au sein de l’armée?

De ce côté, nous ne sommes pas contents avec notre armée. Une fois que tu es blessé, tu vas te demander pourquoi tu as adhéré à ce corps, car tu seras obligé, à un certain moment, de te soigner avec ton argent. Si tu veux compter sur le commandement, tu vas te retrouver à Gounghin (cimetière municipal  de Gounghin : NDLR). Il faut que le commandement revoie à ce niveau. La prise en charge psychologique n’est pas du tout effective sur le terrain.

Propos  recueillisAîcha  TRAORE

Avatar
Ecrit par
Le Reporter
Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

2 comments
  • Le tort dans le sort. Fallait aussi interroger ceux qui sont censés gérer ces moyens humains et matériels pour nous faire lire leurs sentiments dans ce désengagement. Invitez même le ministre de la défense à côté de ces militaires pour s’exprimer. Car tout le monde est coupable.

Avatar Ecrit par Le Reporter

Nous suivre sur…