SOCIETE IMMOBILIERE IMAZ : Un homme d’affaires sulfureux au coeur de nombreux scandales

Les clients de l’agence de promotion immobilière Sarl  (IMAZ) ne sont pas contents. Créée en 2016 à travers l’arrêté n°2016-0015/MUH/SG/DGESS du 28-06-16 portant octroi d’agrément pour l’exercice de l’activité de promotion immobilière, cette société est en train de donner une vilaine image d’elle-même depuis quelques temps. Frustrés, des clients ont alors claqué la porte de la société, exigeant des remboursements et menacent même d’intenter des actions en Justice, à défaut d’avoir leurs parcelles ou leurs villas. Ces menaces risquent de voir le jour, car à IMAZ, point de parcelles à donner aux souscripteurs malgré les belles promesses. Pour ne rien arranger, le promoteur et PDG de  la société, Souleymane Guira, est mis aux arrêts depuis le 25 février 2020 pour d’autres affaires louches. L’empire de Soul Power bat de l’aile. Que deviendront les clients à qui IMAZ a vendu la nature ?

Le Burkina Faso compte près de 300 sociétés de promotion immobilière, sinon plus, réparties sur l’ensemble du territoire. Si les fortunes sont diverses pour ces sociétés, le constat d’ensemble qui se dégage est que beaucoup de promoteurs sont de véritables dealers qui se sont engouffrés dans les failles administratives pour spolier les citoyens. Certains se sont constitués filleuls de politiciens ou de cadres «hauts-placés» de l’Administration qui leur donnent des tuyaux pour exercer en leur nom. Et c’est là tout le danger. Ces promoteurs véreux sont aidés dans les basses besognes par la soif d’habitat des Burkinabè. Parmi les sociétés dites de promotion immobilière qui écument les villes et les campagnes, l’une d’elles vient de laisser des traces saillantes de ses pratiques : IMAZ.

Ils sont nombreux  les clients de IMAZ, la société de promotion immobilière, à ronger leurs freins actuellement. Pourtant, en y allant, ils nourrissaient le secret espoir d’avoir soit un toit, soit une villa de leur convenance, et habiter dans leur maison de rêve. Mais ce rêve s’est transformé en cauchemar.

A la société IMAZ, toute souscription se fait par le versement de la somme de 100.000 FCFA et elle n’est pas remboursable. Ensuite, le souscripteur fait son option. Il entend acquérir soit une parcelle ou plusieurs, soit une villa. Pour ceux qui sollicitent des villas, ils ont même la possibilité de choisir leur plan et IMAZ se charge de la réalisation avec des traites mensuelles soumises au client.

A.T, un client de IMAZ, fait partie des mécontents de ces pratiques de la société. En 2018, il a souscrit pour un terrain nu de 300 mètres carrés à Bobo-Dioulasso pour un montant de 5.500.000 FCFA payable en 40 mois. C’est alléchant. Etant dans le besoin d’une parcelle, il n’a pas hésité à verser 4.000.000 FCFA. Il ne lui restait alors que 1.500.000 FCFA et il avait une parcelle à lui. Mais hélas ! Contacté pour savoir où il en est avec sa demande de parcelle, il fulmine et crie à une arnaque en règle de la part de IMAZ. Il n’a rien vu et rien reçu jusqu’à présent.

Jérôme, (nom d’emprunt, NDLR) pour lui, c’est l’ensemble du secteur de la promotion immobilière qui souffre. Il s’agit d’un fléau. Ousséni (NDLR: nom d’emprunt) a, quant à lui, souscrit pour deux parcelles, initialement situées sur le site du quartier Sarfalao de Bobo-Dioulasso en 2017. Au départ, les responsables de IMAZ ont rassuré que les travaux se feraient le plutôt possible, sinon, en 3 mois maximum, il aura sa parcelle. Etant aussi dans le besoin, il a vite fait de verser une importante somme : 7.200.000 FCFA. Mais, depuis lors, aucune  information ne vient de IMAZ. En fin 2018, l’idée qu’il serait en train d’être arnaqué par la société lui taraude l’esprit. Il entreprend d’enquêter lui-même et se rend compte qu’aucun aménagement n’a été fait sur le site dans lequel il a souscrit. Il menace de retirer son argent ou à défaut, qu’un autre terrain lui soit octroyé. Ses protestations et menaces à l’encontre de la société finiront par payer. 

Ce n’est qu’en 2020 que la suggestion lui a été faite de changer de site. Pour ce faire, il sera attributaire de ses deux parcelles sur un autre site à Bobo- Dioulasso, précisément au secteur 18. Mais les choses ne vont pas se passer aussi facilement pour lui. La société IMAZ fera comprendre à Ousséni qu’il devrait payer un complément, puisque sur l’ancien site, les parcelles étaient moins chères, lui explique la société. En guise de complément, Ousséni doit  verser 1.800.000 FCFA. Il tombe des nues. Furieux, il estime que c’est la société qui devrait lui payer des dommages pour le préjudice subi.

Aujourd’hui, il est toujours dans l’attente des documents de ses deux parcelles. Chaque jour, il scrute l’horizon, attendant que IMAZ aménage le site et lui livre ses parcelles. Mais jusqu’à quand ?

Cet autre client, Bangré (NDLR : nom d’emprunt), avec qui nous avons pu également avoir des échanges, a fait sa souscription pour le site de Kodeni à Bobo-Dioulasso. Sa demande porte sur 2 parcelles de 300 mètres carrés avec une maison à construire sur cette parcelle. Pour ce faire, il devrait payer plus de 29.000.000 FCFA avec une traite mensuelle durant 15 ans. L’opportunité était saisissable. Il se jette. Et c’est alors que la société va faire volte-face, contrairement à sa publicité, et opposer à son client Bangré, une traite sur 4 ans au lieu de 15 ans. Sur cette nouvelle base, le sieur Bangré doit payer à la société plus de 500.000 FCFA par mois. Dès lors, la donne change. Les conditions de départ, à savoir la traite mensuelle sur 15 ans, ne sont plus d’actualité. Le client négocie et ensemble, ils tombent d’accord pour une traite de plus de 400.000 FCFA sur une période de 5 ans. Même là, Bangré explique qu’il devra serrer la ceinture, faire d’énormes sacrifices, puisqu’il veut sa maison de retraite à Bobo-Dioulasso.

Cependant, avant de signer son contrat, il va prendre des précautions. Etant hors du pays, il envoie ses proches demander à IMAZ d’organiser une visite du site. Sa famille devra aussi identifier la parcelle. Là, les choses vont commencer à aller au ralenti du côté de IMAZ. Personne au sein de la société n’était disponible pour la visite du site, malgré l’insistance des envoyés de Bangré. Finalement, après plusieurs rendez-vous manqués, une visite est organisée sur le fameux site de Kodeni. «On les a emmenés dans la brousse», confie Bangré. Les visiteurs sont ressortis déçus, car rien n’indiquait dans la forêt de Kodeni qu’un chantier y sera initié, même dans un futur proche. L’aventure de Bangré avec IMAZ va donc s’arrêter net, car, ce client a estimé ne pas être en mesure de faire une traite mensuelle de plus de 400.000  FCFA sans pour autant voir une parcelle ou même un début de parcellisation.

L’autre paire de la bataille qui reste est de pouvoir récupérer ses frais de souscription qui s’élèvent à 200.000 FCFA pour les deux parcelles. Mais là aussi, il n’y arrivera pas.

Cet autre souscripteur a demandé une parcelle de 400 mètres carrés d’un coût de 6.400.000 FCFA sur le site de Donsin à Ouagadougou, en zone commerciale, précise-t-il. Il verse ses frais de souscription de 100.000 FCFA. La traite mensuelle sera de 150.000 FCFA par mois. IMAZ lui explique que dès qu’il aura payé la moitié du coût de la parcelle, il lui sera montré son terrain. Notre interlocuteur, motivé par cette proposition, va verser cash, plus de la moitié de la somme qu’il devait : 3.420.000 FCFA. C’était  sans compter avec les fausses promesses de IMAZ. Depuis lors, il n’a aucune nouvelle de la société immobilière et aucune visite de son terrain ne lui a été faite comme convenu.

Après avoir versé la moitié du montant de sa parcelle, il a opté de patienter avant de verser le reliquat à la société. Il n’a donc pas fait de traite. Mais curieusement, fait-il remarquer, la société ne lui pipe pas mot et aucune interpellation de leur part.

A Donsin toujours, un autre souscripteur ne s’en revient pas. C’est en 2017 qu’il a sollicité une parcelle. Après avoir payé ses frais de souscription, il verse cash, 1.500.000 FCFA. En retour, la promesse a été faite qu’en 2018, il pourra aller voir sa parcelle. En 2018,  aucun signe de IMAZ. Puis en 2019, toujours rien. Il opte d’envoyer une correspondance à la société pour renoncer à sa souscription. Mais cela ne sera pas chose aisée. Dans les contrats, IMAZ a mentionné que pour toute  renonciation, le client perd 30% de son versement.

Qu’à cela ne tienne, le client veut sauver ce qui peut encore l’être. Il demande ses 70% restants. Malgré tout, IMAZ va encore user de manigances pour frustrer son client. Les 70% ne seront pas versés d’un trait mais par tranche pendant quelques mois.

La  liste des mécontents est bien longue. La société en fait visiblement à sa tête. L’un des clients explique qu’il voudrait se tromper sur l’incapacité de la société à disponibiliser des parcelles pour ses clients. Lui, croit beaucoup plus à de l’arnaque qu’en la mise en œuvre d’un véritable projet immobilier. Selon une confidence d’un ancien agent, «IMAZ vend la nature aux clients ; ils prennent tout ce qu’ils peuvent prendre avec les clients ».

Une gestion financière catastrophique

Pour ne rien arranger, on découvre que la gestion d’ensemble de la boîte est scabreuse. Selon des explications dignes de foi, il ne s’agit uniquement des clients qui auront des soucis à se faire avec IMAZ. La société elle-même est en sursis. Des témoins confient que la société fait preuve d’un laxisme entier et d’un fonctionnement qui tourne autour de la seule personne du promoteur Souleymane Guira. La santé financière de IMAZ laisse donc à désirer. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Les décaissements et autres retraits sont faits uniquement par le PDG, à l’insu du comptable de la maison. Le PDG est le seul détenteur des chéquiers et l’unique signataire. Le patron fait preuve d’une gestion bien catastrophique des sous versés par les clients. En 2018 déjà, la santé financière inquiétait. Comment? Les dépenses de fonctionnement de IMAZ étaient nettement supérieures aux frais de souscription des clients. Le fonctionnement de la société est assuré par les versements effectués par les demandeurs de parcelles. Pourtant, ces versements devraient servir à acquérir des terrains et à les viabiliser au profit des clients. Ce qui n’est visiblement pas le cas. Cette situation de dépenses outrancières est également nourrie par des décisions spontanées et circonstancielles du sieur Guira.

Selon des sources bien au parfum, les plaintes et récriminations des clients étaient bien prévisibles pour cette société de promotion immobilière. Le personnel recruté est réduit à des simples faire-valoir, puisque seul Guira décide et fait exécuter. Au point qu’il n’a pas eu besoin d’un budget prévisionnel, par exemple en 2018, pas non plus de grille salariale et indemnitaire claire et connue de tous.

Le PDG en prison….

Pendant que nous enquêtions, nous apprenons que Souleymane Guira a été mis aux arrêts et détenu à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). Les charges qui pèsent contre lui sont lourdes. Selon certaines sources, la délinquance financière n’est pas loin. En  effet, dans le cadre des activités de l’une de ses nombreuses sociétés, SUCOTROP, Souleymane Guira est entré en partenariat avec un groupe indien en vue de la commercialisation des produits du cru et d’oléagineux. Afin de mettre en œuvre cette activité, Souleymane Guira contracte un prêt avec des banques de la place. Certaines sources évoquent le montant de plus de 4 milliards FCFA chez l’une de ses banques. Le contrat était clair. Souleymane Guira devrait vendre les produits et rembourser. L’une des banques, par précaution, avait fait instaurer un tiers détenteur des produits stockés dans des magasins afin de surveiller les sorties des produits.

C’était mal connaître le patron de SUCOTROP. Il va alors user des stratégies pour tromper la vigilance non seulement du tiers détenteur, mais aussi de la banque. Souleymane Guira  a tout fait pour avoir le double des clés du magasin de stockage des produits. Il fait sortir les produits et les vend à l’insu de la banque et du tiers détenteur. Mais il n’a été en mesure de livrer les quantités demandées par ses partenaires. Ces derniers engagent une action en Justice et obtiennent gain de cause, après une longue procédure   ; c’est alors sur cette base qu’ils vont faire saisir le matériel de SUCOTROP par un huissier.

Après avoir réussi cette étape, il s’engage dans une autre supercherie pour se tirer d’affaire. Il va alors nier les prêts bancaires ; en tout cas, pour l’une des banques. Les choses commencent à sentir l’escroquerie. Mais Souleymane ira encore plus loin. Coup sur coup, il engage une procédure de liquidation judiciaire de SUCOTROP puis de beaucoup d’autres de ses sociétés. Cette liquidation devant passer devant le juge, il avait l’obligation de déclarer ses créances. Là, il va tomber dans son propre piège. Il reconnait qu’il doit à des banques aussi bien à Ouagadougou qu’à Bobo- Dioulasso. Le juge saisi de la liquidation judiciaire, afin d’en avoir le cœur net, tente de comprendre, et c’est là que le manège a été découvert, à travers les déclarations de reconnaissance de ses dettes faites par le même Guira. Sans tarder, le juge à Ouagadougou l’interpelle le 25 février 2020 puis le fait déposer à la MACO. En attendant la programmation du procès, il médite au frais dans les geôles de Ouagadougou.

Aimé NABALOUM
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