MARCHE-MEETING DU 29 SEPTEMBRE : L’opposition sonne la fin d’une recréation de 3 ans

Les militants et sympathisants de l’opposition politique burkinabè, ainsi que leurs alliés, notamment des organisations de la société civile et d’autres partis non affiliés au CFOP, avec à leur tête Zéphirin Diabré, ont battu le pavé le samedi 29 septembre, pour protester contre la gouvernance «mouta mouta» du MPP et ses alliés. Le laxisme, l’incompétence, l’improvisation et les tergiversations du gouvernement sur des questions de haute importance, comme le terrorisme, ont été décriés par les leaders de l’opposition qui entendent sonner ainsi la fin d’un long sommeil profond du  pouvoir actuel dont les seules victimes sont les populations et les Forces de défense et de sécurité.

Aux environs de 8h, le rassemblement prenait forme petit à petit à la place de la Nation, point de ralliement de la marche-meeting. Les militants et sympathisants arrivent au compte-gouttes. Si certains avaient déjà pris place dans l’enceinte de la place de la Nation, d’autres par contre s’étaient retranchés par petits groupes dans les environs. Comme pour observer d’abord à distance avant de s’engager. Un dispositif sécuritaire impressionnant s’était déployé et pouvait être observé ici et là. Au niveau de certaines voies d’accès du lieu de rassemblement, on peut remarquer des  barricades sécuritaires ne fermant pas totalement les voies d’accès, laissant une ouverture qu’on pouvait emprunter pour rejoindre le lieu de rendez-vous. D’autres voies étaient par contre purement et simplement barricadées. «La posture et l’impressionnant accoutrement des FDS peuvent facilement dissuader les âmes sensibles de s’aventurer vers le lieu du rassemblement», remarque quelqu’un. Elles ne cessaient de tourner aux alentours de la place de la Nation.

Comme pour dissiper toute peur ou toute forme de pression et galvaniser non seulement ceux qui ont effectué le déplacement, mais aussi ceux qui hésitent encore à rejoindre le lieu de  rassemblement, du fait du déploiement des FDS autour de la place de la Nation et surtout des rumeurs distillées çà et là pour décourager les populations, les maîtres de cérémonie de  la marche-meeting n’ont cessé de rappeler qu’ils ne doivent pas avoir peur, car il n’y aura rien. A tous ceux qui sont encore hésitants, qu’ils rejoignent rapidement le rassemblement et s’il n’y a pas de voie pour accéder à la place de la Nation,  ils n’ont qu’à trouver d’autres chemins pour y accéder. Insistent-ils.

Toujours est-il qu’aux environs de 9h, ils étaient déjà nombreux, des milliers à occuper la place de la Nation. Le nombre de manifestants sur place a augmenté de façon subite. Certains étaient armés de pancarte, de drapeaux et d’effigies. La plupart n’est pas du tout tendre avec le pouvoir en place. Si pour certains, les questions sécuritaires sont négligées par le pouvoir en place, d’autres vont plus loin en exigeant un changement ici et maintenant parce que «Roch Marc Christian Kaboré a montré qu’il n’est pas l’homme qu’il faut pour le Burkina». La jeunesse est sacrifiée. Laisse entendre un étudiant, visiblement très déçu.

C’est dans une ambiance assez chaude, rythmée de prestations d’artistes que les leaders des partis affiliés au CFOP font leur apparition. En première ligne, Zéphirin Diabré. L’apparition de ce dernier a intensifié la ferveur. «Le PNDES est devenu le plan de la démagogie économique et sociale »  ; « l’infanterie est la seule explication du pouvoir face aux attaques terroristes »  ; « la jeunesse est oubliée » ; etc. Peut-on entendre.

C’est après l’exécution de l’Hymne national que Zéphirin Diabré donne le top départ de la marche qui a duré environ 45 mn. De retour de la marche, deux interventions tiendront la foule en haleine. Premièrement, c’est le représentant de l’Unité d’action de la société civile, Siaka Coulibaly. Il justifie leur adhésion à la marche par le fait que le diagnostic fait par l’opposition est juste. Le pays va mal parce que la situation sécuritaire va de mal en pis, le dialogue politique est en panne et le secteur informel se plaint énormément parce que l’économie est en souffrance, les libertés sont bafouées ; etc. Il s’est beaucoup attardé sur la question sécuritaire, devenue insupportable parce que, estime-t-il, à l’heure actuelle, le slogan des soldats n’est plus de «défendre la patrie» mais «mourir pour la patrie». Une situation intolérable qui nécessite, selon lui, d’ouvrir une mobilisation afin d’interpeller le gouvernement pour qu’il trouve des solutions.

Limoger deux ministres

Le message  le plus important a été sans conteste celui du chef de file de l’opposition qui, avant de livrer son message au «nom des forces vives de la nation», a demandé une minute de silence en mémoire des soldats tombés sur le front des batailles. Ensuite, dès l’entame de son discours, ce sont des mots d’encouragement et de félicitations à l’endroit des manifestants  : «Vous êtes là parce que vous êtes inquiets pour l’avenir de votre pays, vous êtes là parce que personne ne peut vous payer avec un billet de 2000 FCFA, vous êtes là parce que vous êtes des vrais patriotes». Il confie par la suite que l’opposition politique prendra part à l’union sacrée des fils et filles face au péril terroriste. «L’union sacrée ce n’est pas pour sauver le MPP du naufrage ! Et l’union sacrée ne nous empêchera pas de situer clairement leur responsabilité de garantir la sécurité des Burkinabè. Ce qui se passe ces derniers jours nous conforte dans cette situation.  Mais soyons clairs ! L’union sacrée c’est pour soutenir les Forces de défense et de sécurité». Clarifie le patron de l’opposition.

C’est pourquoi «au nom des forces vives de la nation» participant à cette marche, Zéphirin Diabré invite le président du Faso à limoger les deux ministres en charge de la sécurité et de la défense, pour les remplacer par des gens compétents et plus expérimentés parce que, estime-t-il, «les cérémonies d’enterrement réguliers de jeunes  soldats à peine sortis de l’adolescence, assorties de décorations à titre posthume» doivent absolument prendre fin. Aussi, tout en fustigeant les atteintes aux libertés fondamentales des leaders d’opinion, le patron de l’opposition burkinabè exige la transparence et la lumière sur l’affaire Safiatou Lopez. La question du Code électoral est revenue et sa relecture est nécessaire pour éviter la fraude électorale qui se prépare. Foi de Zéphirin Diabré qui réclame aussi la fin  de la mal gouvernance dans le domaine économique et des lotissements.

Par ailleurs, la question de la réconciliation nationale doit être résolue, c’est  pourquoi il invite le président du Faso à prendre l’initiative de convoquer un forum des forces vives de la nation pour la paix et la réconciliation nationale afin que tous les Burkinabè se retrouvent et discutent pour préserver la paix et réussir la réconciliation nationale. Et  Ablassé Ouédraogo, président de Le Faso  Autrement, parti  non affilié au CFOP et membre-fondateur de la CODER, tient son motif de satisfaction en venant à la manifestation. Il dit être heureux d’avoir entendu le chef de file de l’opposition tabler sur la réconciliation nationale parce que selon lui, la crise que connait le Burkina Faso n’a d’autre issue que la réconciliation nationale. Sa déception est de n’avoir pas vu beaucoup de gens à cette marche-meeting car le mécontentement de  la population indique qu’on pourrait avoir plus de monde que cela. Pour lui, le CFOP doit corriger certaines choses parce que l’opposition, en d’autres circonstances, a pu mobiliser plus que cela. Par contre, Zéphirin Diabré, porte-parole «des forces vives de la nation», visiblement satisfait de la mobilisation, soutient que les manœuvres du pouvoir MPP pour empêcher la population de prendre le chemin de la place de la Nation n’ont pas prospérer et d’ajouter qu’à la demande générale des manifestants,  kosyam pourrait être la destination d’une imminente marche prochaine.

Ecrit par
Frédéric YAMEOGO
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