MENSONGE DE LA MINISTRE DE LA SANTE : Victime de ses propres légèretés !

On aura tout vu avec ce gouvernement. Depuis le début de la pandémie de la Covid-19, il ne cesse d’étaler à la face du monde ses incohérences et son incapacité à décider et assumer. Mais il a atteint le comble de l’irresponsabilité avec cette extraordinaire légèreté de la ministre de la Santé et son équipe dans la gestion du décès de la députée Marie Rose Compaoré et globalement de la pandémie. Plus d’un mois après d’inutiles tergiversations et malgré l’insistance de notre confrère Courrier confidentiel sur la non-prise des mesures élémentaires après le décès, à savoir la prise en compte et le traitement des proches de la défunte comme des cas suspects et la non-désinfection du domicile familial, la ministre n’a pu s’empêcher de se livrer à un mensonge d’Etat à l’Assemblée nationale. Plus grave, le gouvernement et le parti au pouvoir veulent couvrir cette énormité, préférant sacrifier le Professeur Martial Ouédraogo, Coordonnateur de la riposte à la Covid-19.

De mémoire de Burkinabè, c’est la première fois que cela se produit. Une ministre fait appel à un journaliste qui a fait des révélations sur des manquements dans sa gestion d’une crise pour reconnaître qu’elle a menti devant la Représentation nationale. «On m’a fait mentir à l’Assemblée nationale», a confessé la ministre de la Santé, Claudine Lougué, après y avoir affirmé que le domicile familial de la députée Compaoré avait été désinfecté après son décès et qu’une équipe de médecins avait rencontré son époux afin d’aplanir les incompréhensions qu’il y avait entre la famille et le CORUS (Centre des opérations de réponses aux urgences sanitaires) autour de la cause de la mort de la défunte.

En temps normal, on aurait applaudi cet acte de contribution s’il était accompagné des mesures aussi bien personnelles qu’administratives qu’il commandait. En effet, dans un Etat normal, quand une personnalité publique reconnaît avoir menti, elle en tire les premières conséquences morales et politiques, notamment, en renonçant à la charge publique dont elle a perdu la dignité. Et nous pesons bien nos mots. Cette exigence morale est d’autant plus forte dans son cas, que sa narration des faits témoigne à la fois d’une légèreté personnelle dans la gestion d’une crise aussi grave que la Covid-19 et d’un manque de respect et de considération de ses collaborateurs à son égard.

D’abord, sur la légèreté personnelle, la ministre Lougué, selon ses propres explications, s’est juste contentée du simple fait qu’elle a donné des instructions pour présumer qu’elles ont été exécutées et pire, sans chercher à savoir quels résultats lesdites instructions ont produits. Quand une autorité donne des instructions, elle a le devoir de s’assurer qu’elles ont été exécutées à la lettre et qu’elles ont produit les résultats escomptés. Autrement, on essaie de prendre des mesures palliatives pour atteindre l’objectif. On peut avoir une confiance excessive à ses collaborateurs, mais quand on gère une crise, on ne peut pas impunément manquer à ses obligations de résultats. C’est à croire que ses instructions n’avaient aucun sens pour elle.

Quand un ministre va à l’Assemblée nationale, le minimum de respect que l’on doit à l’institution parlementaire, c’est de préparer son dossier avec ses collaborateurs pour s’assurer que tout ce qui sera dit est conforme à la réalité. Pire, la ministre a menti sur des faits vérifiables en un seul coup de fil. Sans doute qu’elle n’est pas la première qui a enfariné les députés burkinabè. Malheureusement, pour elle, on est en 2020,  sur des faits qui sont facilement constatables par toute personne ayant un minimum de volonté. C’est en cela que sa faute est impardonnable sur le plan politique et moral.

Victime d’un sabotage bien orchestré ?

Ensuite, si ses collaborateurs ont pu la faire mentir, elle doit en tirer les conséquences. Ils n’ont aucun respect pour l’autorité qu’elle incarne. Ils ont fait le choix de la faire mentir et de la ridiculiser aux yeux de la nation. Déjà, quelques jours plus tôt, un pamphlet qui proviendrait de cadres du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), le parti au pouvoir, l’accusait d’incompétence et l’accablait de tous les péchés du Burkina Faso. De même, d’autres informations diffusées sur les réseaux sociaux faisaient état de mauvaise gestion des dons, notamment, en nature, qui se seraient retrouvés dans des domiciles de ses collaborateurs en lieu et place du CORUS ou des sites d’accueil des malades de la Covid-19.

Il en va même jusqu’à l’entourage du président du Faso, notamment, un conseiller spécial qui a ouvertement accusé l’équipe de Mme le ministre de pratiques suspectes dans la gestion de la crise sanitaire. Ceci est-il la preuve de ces accusations ? L’un dans l’autre, il y a des conséquences à tirer sur le plan administratif. Est-ce pour cela que le Professeur Martial Ouédraogo a été remercié ? Certainement ! Le porte-parole du gouvernement a clairement affirmé que c’est après avoir entendu une communication de la ministre sur la gestion du décès de Dame Marie Rose Compaoré  que le Professeur Ouédraogo avait été limogé.

Finalement, le gouvernement a trouvé un bouc émissaire, un fusible qu’il  a sauté. Mais casser le thermomètre ne fait pas baisser la fièvre. Quoique le Professeur Ouédraogo ait pu commettre comme faute, il ne peut pas porter la responsabilité du mensonge de la ministre, ni moralement ni administrativement. Il appartenait à la ministre de déceler et sanctionner la faute. En tout état de cause, un ministre qui reconnaît publiquement avoir menti, ne peut pas continuer à occuper son poste dans un gouvernement qui se respecte. Si elle ne prend pas elle-même la décision de partir avec toute la dignité qui va avec, le président du Faso doit la démettre. Ce n’est pas une critique facile. Ça n’a rien de personnel non plus ! C’est une exigence morale de respect de la dignité due au rang de ministre et du respect que le président du Faso est en droit d’attendre de ses concitoyens. S’il ne le fait pas, il donnera la preuve qu’avec lui, l’on peut se rendre coupable d’un mensonge d’Etat et continuer à arpenter les couloirs du palais présidentiel en toute impunité. Ce sera un très mauvais signal sur la moralité des hommes et des femmes dont ils s’entourent. Et  quand un chef s’entoure de personnes de moralité douteuse, il court le risque que lui-même et sa parole perdent toute crédibilité aux yeux de son peuple.

Mieux, c’est l’Etat qui sera discrédité et défié parce que dirigé par des hommes et des femmes peu dignes de leurs charges publiques. Une fois de plus, le Président  Roch Kaboré se retrouve face à ses responsabilités d’homme d’Etat. Saura-t-il prendre de la hauteur et les assumer ? Rien n’est moins sûr ! Mais ce sera à ses risques et périls. Les petits mensonges tolérés feront le lit des gros qui peuvent dynamiter la République.

Respecte la dignité de la défunte !

Par ailleurs, la démission de la ministre Lougué permettra d’éviter la politisation de cette affaire. En effet, le MPP et l’UPC (Union pour le progrès et le changement), parti de la défunte députée, ont commencé à s’affronter par médias interposés sur cette affaire.  L’UPC exige cette démission et promet d’introduire une motion de censure du gouvernement. Certes, cette motion a peu de chance d’aboutir, au regard du nombre de députés que compte ce parti à l’Assemblé nationale. Même s’il obtenait le soutien de tous les députés de l’opposition, il n’aura pas le nombre de voix requis pour parvenir à ses fins. D’aucuns se demandent pourquoi, c’est maintenant, plus d’un mois après le décès de son député, que le parti du chef de file de l’opposition sort du bois ? Pourquoi avoir attendu opportunément le mensonge de Mme le ministre pour dénoncer la gestion du décès d’un si haut cadre du parti ?

A ces questions, l’UPC répond laconiquement qu’il fallait observer une période de deuil. Soit ! Mais sa sortie semble créer plus de doutes, car certains ont vite fait de donner l’impression que le mensonge concerne les causes du décès de la 2e vice-présidente l’Assemblée. Ce qui n’est pas conforme à la réalité. Jusque-là, le flou reste entier. Et il devrait l’être. Le dossier médical de la défunte ne devrait pas se retrouver sur la place publique ni instrumentalisé à des fins politiques. Il faut savoir raison garder. Nul ne souhaite qu’après sa mort, son dossier médical se retrouve sur les réseaux sociaux. Il faut respecter la dignité de la défunte.

Les problèmes de communication entre la famille et le CORUS ne devraient pas pousser à commettre des fautes impardonnables. Il faudrait donc trouver les moyens de résoudre ce problème dans la dignité et l’intimité familiales et dans le strict respect de la loi.

De son côté, le MPP affirme son soutien à la ministre Lougué. C’est à ne rien comprendre. Le parti au pouvoir ne craint pas de jeter l’opprobre sur le président du Faso en soutenant une ministre qui a reconnu publiquement avoir menti. Quelle image faut-il avoir de ce parti et de ses dirigeants ? Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont pas de respect pour leur peuple et sont prompts à défier la morale publique. En tous les cas, ces tentatives maladroites de récupération politique de cette affaire risquent de faire plus de mal que l’on ne pense. Il ne s’agit pas de politique partisane. Il s’agit d’une faute commise qui doit être réparée, avec la plus grande rigueur, pour que force reste à l’Etat et à la morale publique. Toute autre démarche aura des conséquences inattendues. Tôt ou tard !

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Il faut craindre que le pire ne soit à venir

A la date du 1er mai 2020, le Burkina Faso comptait officiellement 652 cas confirmés, 535 guérisons, 73 cas actifs et 44 décès du Coronavirus. Selon le Coordonnateur par intérim de la riposte à la pandémie, Dr Brice Bicaba, le Burkina Faso a déjà atteint le pic épidémique dans la 15e semaine (6 au 12 avril 2020). Et depuis, la tendance est à la baisse des nouveaux cas. Toutefois, il a recommandé la prudence.

Curieusement, le gouvernement fait le contraire de cet appel à la prudence. En effet, depuis quelques jours, il a commencé à alléger le dispositif de distanciation sociale adopté pour réduire la propagation communautaire  de la maladie. Ainsi, les marchés et yaars sont progressivement en train d’être rouverts. Les mosquées sont rouvertes aux fidèles musulmans depuis le 2 mai. Les transports en commun vont bientôt reprendre du service. A partir du 11 mai, les élèves reprendront les chemins de l’école. La mise en quarantaine des villes et régions touchées va certainement être levée. Les bars, restaurants, hôtels et maquis pourront aussi retrouver leur ambiance habituelle.

Cet assouplissement des restrictions est accompagné des mêmes mesures comme le port obligatoire du masque, les lavages de mains, les désinfections régulières, la prohibition des salutations et des embrassades, l’abstention d’aller sur ces lieux quand on présente certains signes de la maladie, etc.

Mais le constat est là. Bien des Burkinabè ont toujours du mal à adopter ces mesures. Si l’on y ajoute le fait que la grande majorité des cas sont asymptomatiques ou ne présentent pas de complications majeures, il faut craindre que ce ne soit une porte grandent ouverte pour la contamination communautaire. Le cas du Ghana où le déconfinement rapide, après une relative tendance baissière de l’épidémie, a eu pour conséquence de faire remonter la courbe de la contamination en faisant passer le nombre de cas du simple au double en l’espace de deux semaines.

C’est sans doute ce qui risque d’arriver au Burkina avec l’allègement des restrictions. Ça pourrait même être pire, avec l’indiscipline et surtout le refus jusque-là, de certains Burkinabè de reconnaître l’existence ou la dangerosité de la maladie. Le scénario tant redouté par l’OMS et les occidentaux risque de se produire. Il faut espérer que nous ayons tort. En tous les cas, le gouvernement sera tenu pour responsable si jamais la situation s’aggravait.

B.O

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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