MINE D’OR DE YOUGA : Les travailleurs turcs sont arrivés avec des visas de touristes

Décidément, l’on ne finira jamais d’évoquer les problèmes dans la gestion actuelle de la mine d’or de Youga par BMC-SA. Dans nos deux dernières éditions, nous avons mis à nu des pratiques tordues de l’administration de la mine, bafouant le droit des travailleurs à travers un système de contournement des textes en matière de droit de travail, le tout couronné par des tentatives tronquées de dialogue. Finalement, le plan de l’administration de la mine se dévoile petit à petit. Après la campagne de licenciement illégal des travailleurs burkinabè, voilà le scénario de remplacement qui se met en place. Dans cette période, les faits et gestes de l’administration sont assez parlants. Pendant ce temps, le ministère des Mines, présent sur le site, est réduit à un rôle de spectateur.

Ce qui se passe sur la mine de Youga dépasse l’entendement. La situation met le curseur sur les questions de promotion de l’expertise nationale et partant, la nécessité d’une politique rigoureuse de transfert de compétences et de responsabilisation des nationaux sur les mines.

Après avoir mis fin brutalement aux contrats des travailleurs nationaux et tenté, par l’entremise de la société ORKUN, de proposer des contrats dérisoires aux travailleurs nationaux, tout en sachant que beaucoup vont refuser, l’on assiste à une arrivée massive des turques, munis de visas de touristes sur le site. Plus d’une centaine, dit-on. Une grande partie pour le compte de la suspecte nouvelle société ORKUN et près du tiers pour la société BMC. Ces nouveaux agents sont composés, en majorité, de conducteurs d’engins, de camions, de signallelistes et de colleurs de pneu, etc. Pire, ils viennent apprendre aux côtés des nationaux. Beaucoup sont même affectés à des postes sans qualification. C’est le cas de ce turque, prétendu colleur de pneu, qui s’est fracturé le pied en voulant procéder au collage, car ne maîtrisant pas le travail. A en croire certains témoignages concordants, ces derniers sont loin et même très loin d’avoir les qualifications professionnelles des travailleurs qu’ils sont venus remplacer et à qui on a proposé des contrats dérisoires. C’est ainsi que, malgré le  manque d’effectif au niveau de l’équipe de géologie, deux géologues burkinabè expérimentés ont vu leur contrat à durée déterminée rompu et remplacé par deux géologues turcs qui n’ont visiblement pas autant d’expérience. Aussi, il y a eu l’arrivée d’un travailleur présenté comme spécialiste en géotechnique, mais il s’avère que ce dernier, recruté au titre d’ingénieur, n’a aucune expérience en géotechnique, à plus forte raison en géotechnique minière.

Ce formateur burkinabè avait pourtant fait la demande d’une équipe de géologues burkinabè pour assurer la formation. Voilà qu’il lui est affecté un nouveau présenté comme expert, alors qu’il n’en est rien, il n’a aucune formation encore moins de l’expérience en la matière, confient des sources internes à la mine.

Condamnant tous ces actes, le collège des délégués de personnel de la mine a adressé une correspondance à l’administration de BMC pour l’inviter à prendre les mesures nécessaires pour la promotion de l’expertise nationale ainsi qu’un transfert de compétences conformément aux règlementations en vigueur au Burkina Faso.  En guise de réponse, la société BMC dit simplement être préoccupée par la survie de la mine qui se trouve dans une situation critique due à une baisse de production et ajoute avoir besoin d’experts en la matière pour trouver des «poches d’ombre afin de ne pas aboutir à une fermeture totale de la mine». Cette situation continue de frustrer les travailleurs, surtout nationaux qui voient le climat se détériorer au fur et à mesure. Le Code  minier n’impose-t-il pas que l’expatrié doit assurer le transfert de compétence vers les nationaux et ce, dans un délai de deux ans? Affaire à suivre !

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