MINISTERE DE LA SANTE : Complaintes et misères des gérants et caissiers de dépôts pharmaceutiques

Ceci est une lettre ouverte d’un groupe de gérants, gérantes, caissiers et caissières des dépôts pharmaceutiques du Burkina adressée au ministre de la Santé. Dans cette adresse, ils dépeignent les conditions difficiles dans lesquelles ils exercent leur métier. De l’absence de contrat au manque de sécurité sociale, en passant par les abus et le non-respect des règles élémentaires du droit de travail, le Comité d’initiative crie au secours et appelle le ministère de la Santé à prendre en compte leur situation dans les préoccupations nationales liées aux questions de santé et d’accès aux médicaments.

Madame le Ministre,

En vue d’une équité d’accès aux services de santé pour les indigents et autres personnes en situations particulièrement vulnérables dans un contexte africain, le Burkina Faso a souscrit, en 1992, à la stratégie de renforcement des soins de santé primaires ou Initiative de Bamako.

En conformité avec l’approche préconisée par cette Initiative, le gouvernement burkinabè a pris certaines mesures politiques et juridiques pour un système de santé décentralisé, avec une forte implication et participation des populations à la base. Au titre des réponses, objet de la présente lettre ouverte, il a été adopté en 1996 une politique pharmaceutique nationale qui met l’accent sur les Médicaments essentiels génériques (MEG). La mise en œuvre de cette volonté politique a suscité et incité les bénéficiaires à créer des Dépôts pharmaceutiques dans les Centres de santé et de promotion sociale (CSPS), à charge pour chaque communauté de les gérer à travers des Comités de gestion (COGES) comme stipulé par l’Initiative de Bamako et conformément aux dispositions législatives et règlementaires portant liberté d’association au Burkina Faso.

En application de leurs statuts et règlements intérieurs, les COGES se sont mandatés pour recruter des gérant(e)s et/ou caissier(ère)s chargés de la vente des produits dans les officines mises en place.

Madame le Ministre,

L’Initiative de Bamako est une bonne pratique. Elle s’intègre parfaitement dans le Programme présidentiel qui, du reste, renforce l’Initiative avec la gratuité de certains Médicaments essentiels génériques (MEG) pour certaines couches sociales (femmes et enfants).

A nos jours et quoiqu’on dise, les acquis sont probants. Loin de nous l’idée d’en faire l’apologie. Toutefois, pour être sur le terrain, nous nous démarquons de certaines considérations sur le procès de l’effectivité de cette volonté politique. Cela n’est pas objet de la présente. Au demeurant, des études d’évaluations sectorielles menées au niveau national dans le cadre d’autres programmes de santé (VIH, TB,…) confortent notre point de vue. Du reste, nous restons disponibles pour toutes éventuelles études sur la problématique.

Madame le Ministre, Paradoxalement à ces acquis, il est à la vérité déplorable de constater la précarité des conditions de vie et de travail du plus grand nombre des nôtres. Cela peut être facilement appréhendé dans la forme et dans le fond en ce qui concerne nos carrières et nos conditions de travail. Dans la forme, nous sommes confrontés aux difficultés suivantes: le non-respect des textes régissant le fonctionnement des COGES; voire l’absence de COGES avec pour corollaire la porte ouverte aux abus et autres gestions peu orthodoxes au mépris des recommandations de l’Initiative de Bamako, et pire, du Programme présidentiel en cours d’exécution en ce qui concerne la gratuité des médicaments essentiels pour certaines couches sociales, notamment, les femmes enceintes et les enfants en bas âge; les conflits de compétence (absence de rapport hiérarchique) traduits par des traitements humiliants et dégradants au mépris des textes régissant le fonctionnement des COGES et de la dignité humaine : suspension et licenciement abusifs sans faute disciplinaire constatée et notifiée, non- respect des normes et procédures de gestion…la liste n’est pas exhaustive.

Dans le fond, nous vivons les problèmes ci-dessous :

les écarts entre salaires ou émoluments et la quasi-totalité en dessous du SMIG ;

l’absence de contrat de travail après plus d’une vingtaine d’années de travail pour certains ;

l’absence de sécurité sociale pour la quasi-totalité des gérant(e)s ou caissier(ère)s ;

le non-accès à certains droits élémentaires de travail (congés annuels et de maternité) ;

le non-bénéfice des mesures et autres avantages du gouvernement accordés aux travailleurs, notamment, les augmentations de salaires ;

la liste n’est pas exhaustive.

Madame le Ministre,

Au regard du rôle important de cet instrument mis en place au profit des plus défavorisés, nous ne saurons prendre en otages les Dépôts pharmaceutiques, surtout dans un contexte d’épidémie.

La présente lettre ouverte est un cri du cœur. Elle interpelle la conscience nationale et vous plus que les autres. Même si nous ne relevons pas directement du secteur de la Santé, nous sommes et restons des auxiliaires de santé. Un sondage rapide révélera la place combien noble et insignifiante au regard de nos acquis que nous occupons à nos jours.

Avec votre leadership, nous restons convaincus que vous saurez établir un dialogue serein d’écoute de nos complaintes et misères, et surtout de mémoire pour ceux des nôtres qui ne sont plus de ce monde, laissant derrière eux des familles inconsolables, sans sécurité et protection sociale.

Madame le Ministre,

Nous ne saurions prendre en otages les certitudes des plus pauvres dont nous sommes membres depuis plus d’une vingtaine d’années.

Nous ne saurons nous inscrire, pour l’instant, et nous le souhaitons à jamais dans une dynamique de revendication pour revendiquer. Notre préoccupation, la seule d’ailleurs, est de nous voir rétablir dans nos droits acquis, dans un esprit de justice, de dialogue et d’équité.

Madame le Ministre,

Face à nos complaintes, il est donc nécessaire, voire impérieux d’inverser les tendances qui impactent négativement les conditions de travail et de vie des «auxiliaires de santé» que nous sommes. Nous gérant(e)s ou caissier(ère)s à charge de la gestion des Dépôts pharmaceutiques ne souhaitons qu’être rétabli(e)s dans nos droits reconnus et garantis par la Législation du travail du Burkina Faso.

Il s’agit là, d’une question d’équité et de justice en conformité avec les dispositions de la Constitution de notre chère patrie, le Burkina Faso. Cette conviction est, du reste, partagée par le président du Faso dans sa volonté de faire du Burkina Faso un État prospère, où personne ne restera au bord du chemin.

Madame le Ministre,

Nous restons convaincus de votre disponibilité à établir un dialogue serein et constructif avec notre Comité d’Initiative mis en place lors de la rencontre du 24 juin 2020 à Ouagadougou à la Bourse du travail.

Dans un contexte de COVID-19, nous ne saurons terminer cette lettre ouverte sans réitérer notre engagement à servir la Nation dans la loyauté.

Pour les gérant(e)s ou caissier(ère)s des Dépôts pharmaceutiques du Burkina Faso

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