MINISTERE DES INFRASTRUCTURES : Voici comment ils pillent les deniers publics !

Surfacturations, payements pour services non rendus ou mal rendus, double facturation, visiblement, les manèges ne manquent pas au ministère en charge des infrastructures pour pomper les ressources du Trésor public. En 2017, le décret portant allègement des conditions de recours à la procédure d’entente directe pour la passation des marchés a vraisemblablement été un beau prétexte pour s’adonner à toutes sortes de pratiques des plus surprenantes. Des marchés avec des travaux totalement bâclés, y compris des composantes essentielles non exécutées, ont été déclarés exécutés à 100% et payés. Des prix  unitaires totalement dans la démesure sur les devis de certains prestataires, mais sur lesquels on a volontairement fermé les yeux… Tous les moyens sont manifestement bons pour se faire du fric sur le dos du contribuable.

Novembre 2018 ; région des Hauts-Bassins; nous sommes sur la RN 27, tronçon de route ralliant Yéguérésso, petite bourgade située à quelques encablures de Bobo-Dioulasso dans la province du Houet, à Diébougou dans la Bougouriba. Ce tronçon fait partie des heureux élus dans le marché des travaux d’entretien courant et de réhabilitation du réseau routier national en 2017. Un marché à multiples lots, attribué suivant la procédure d’entente directe, conformément aux  dispositions du décret N°2017-0617/PRES/PM/MINEFID du 14 juillet 2017 portant allègement des conditions de recours à la procédure d’entente directe pour la passation des marchés et délégations de service public dans la mise en œuvre des projets et programmes d’investissement. Ce tronçon constitue le lot 41 dudit marché. D’un montant de plus de 302 millions FCFA, il a été attribué à l’Entreprise Général Soudré Saïdou (EG2S). Un document de la Direction générale de l’Entretien routier (DGER) du ministère des Infrastructures, faisant le point sur la situation d’exécution des différents marchés, fait ressortir que les travaux sur ce tronçon, démarrés le 1er février 2018 pour un délai d’exécution de 6 mois, ont été exécutés à 100% et réceptionnés le 21 mars 2018. Soit en moins de deux mois. Pour des travaux prévus pour être exécutés en 6 mois, l’entrepreneur n’a finalement pas eu besoin de 2 moins. On pourrait s’exclamer et tirer le chapeau à une telle entreprise aussi diligente. Dans un contexte où certains traînent depuis plus de 2 ans avec leurs lots dans le même marché qu’ils n’arrivent toujours pas à boucler, voici un qui se contente à peine du tiers de son délai.

Difficile de voir les traces des 300 millions sur la route

Mais l’on se ravise très vite, en essayant de parcourir le tronçon en ce mois de novembre 2018, seulement 6 mois après la réception des travaux. Très difficile de déceler les traces des 300 millions FCFA qui sont censés y avoir été injectés. Entre autres réalisations, le devis de l’entrepreneur indique que 23 panneaux de signalisation devraient y être remplacés, ainsi que 170 balises, évalués à plus de 1,5 millions FCFA ; il prévoyait aussi la construction de  ralentisseurs, évalués à 10 millions FCFA; des points à temps avec réparation du corps de la chaussée, évalués à plus de 48 millions FCFA ;  la reprise de peinture et de calligraphie sur les panneaux de signalisation et balises,  évaluée à plus de 5 millions FCFA…

Difficile de constater tout cela sur le terrain. Juste quelques points à temps, qui n’empêchent pas de constater de nombreux nids de poules, les uns plus béants que les autres, toujours présents sur la chaussée; beaucoup de panneaux inexistants, abîmés ou totalement défigurés, tant la peinture est dégradée. Un camionneur  rencontré sur place, laisse entendre qu’il parcourt ce tronçon pratiquement tous les jours, mais doute fort qu’il y ait eu les travaux dont il est fait cas sur le devis sur cette route dans la période concernée.

La même entreprise est aussi attributaire du lot 40  du même marché. Il concerne la RN 08 : Bobo-Dioulasso- Orodara-Koloko-Frontière du Mali, y compris la voirie dans la Commune de Orodara. Pour un montant total de 436 627 663 FCFA TTC. Là aussi, même constat. Sinon pire. Le document du ministère fait ressortir que les travaux démarrés à la même date que sur le lot précédent, ont été exécutés à 100% et réceptionnés depuis le 20 septembre 2018, après une suspension d’un mois, pour des raisons apparemment indépendantes de l’entreprise. Mais un coup d’œil sur le terrain et un autre sur les devis de l’entrepreneur et l’on reste songeur. Certaines réalisations prévues sont introuvables sur le terrain. Entre autres tâches prévues sur les devis, des mises en forme ; des points à temps sur routes bitumées ; des panneaux de signalisation à remplacer ; des reprises de peinture et calligraphie sur des panneaux de signalisation et balises;  des rechargements d’accotements ; des réparations et poses de glissières de sécurité ; des ouvertures de fossés et de divergents à la niveleuse ; des constructions de caniveaux en béton armé ; etc.

Réalisés à 100% sur papier, mais non sur le terrain !

En parcourant la route en ce début janvier 2019, des points à temps ont été réalisés. Les uns plus anciens que les autres. Mais les nids de poules souvent énormes sont remarquables par endroits. Et un riverain de remarquer que la situation est nettement meilleure grâce au Tour du Faso. Il ressort qu’à la faveur de cet évènement, des travaux ont été effectués sur la chaussée et certains nids de poules ont été bouchés. Sinon après le passage de l’entreprise, le visage de la chaussée était toujours des plus déplorables. Témoigne-t-il. Quant aux panneaux de signalisation, il est très difficile d’en remarquer de nouvellement installés ou dont la peinture et la calligraphie ont été reprises récemment. Bien au contraire, tout le long du trajet, on remarque de nombreux panneaux complètement dévisagés ou arrachés.

Mais là n’est pas le plus ahurissant. Dans la ville de Orodara, il était prévu un certain nombre de réalisations dans le cadre de ce marché. Il s’agit notamment de travaux d’aménagement de rues et de construction d’ouvrages. A ce niveau, pendant que certains de ces travaux ont été mal réalisés ou réalisés en partie, les autres n’ont pas du tout été réalisés. Pourtant, officiellement, le ministère soutient dans son document, que les travaux ont été réalisés à 100%. C’est le cas de la rue des Martyrs de Orodara. Cette rue qui rallie la Direction provinciale de l’Environnement au palais de Justice, en passant par l’agence locale de l’ONEA. Le devis de l’entrepreneur prévoyait notamment la mise en forme ; l’ouverture de fossés et de divergents à la niveleuse; la  construction de caniveau en béton armé ; la fourniture et la pose de dalles. Sur cette rue en janvier 2019, on ne voyait aucune trace de caniveau ni de dalles.

Payer pour des travaux non réalisés

Pourtant, ce caniveau et les dalles sont facturés à plus de 10 millions FCFA. C’est dire que l’entrepreneur s’est fait payer ce montant sans avoir réalisé ce pour quoi il est payé. Aussi, la fourniture de matériaux latéritiques laisse à désirer, à vue d’œil. C’est à peine si on sent les traces d’un quelconque rechargement sur la voie.

Cette rue n’est pas la seule où les travaux ont été mal faits ou pas du tout faits. Un Conseiller municipal fait remarquer que l’ensemble des travaux prévus dans la Commune ont été «bâclés» par l’entrepreneur.  «Les rechargements ont été mal faits ; le compactage n’a pas été fait. Les quantités n’ont pas été respectées… ». Fulmine-t-il, avant de préciser que face à la gravité de la situation, le Conseil municipal a dû se saisir de la question. Le Directeur régional des Infrastructures des Hauts-Bassins, explique-t-il, a été obligé de faire le déplacement de Orodara pour constater la situation. Ce dernier aurait reconnu les manquements et fait savoir que les travaux ont fait l’objet d’une réception provisoire. Des réserves auraient été notifiées à l’entrepreneur concernant ces manquements. La réception définitive ne sera prononcée que lorsque ces réserves auront été levées. Mais cela fait déjà plusieurs mois que l’entreprise est partie et jusque-là, rien ne se profile à l’horizon quant à un éventuel achèvement des travaux.

Joints par téléphone en ce mois de mars 2018, concernant des travaux prévus sur le devis de l’entrepreneur mais non exécutés sur le terrain, les responsables locaux des Infrastructures persistent et signent que toutes les quantités prévues ont été exécutées, même si ce n’est pas toujours aux endroits initialement prévus. Le Directeur régional nie même avoir dit que la réception provisoire avait été faite sous réserve. Pourtant, suite à l’interpellation du Conseil municipal, une visite de terrain a été effectuée et un procès-verbal a été rédigé, consignant ces réserves. Nous sommes rentrés en contact avec le patron de l’entreprise EG2S. Le nommé Saïdou Soudré. Mais l’homme ne sait pas s’exprimer en français. Il nous a référé à un de ses collaborateurs. Un certain monsieur Silga, nous a-t-il dit. Contacté, ce dernier nous a rassurés, dans un premier temps, que tout avait été bien fait et nous a promis de nous revenir, notamment avec les procès-verbaux de réception des travaux. Par la suite, il est rentré dans un silence assourdissant. Il n’a plus répondu à son téléphone jusqu’à ce que nous mettions ces lignes sous presse.

Le pont emporté 2 semaines après sa réception !

Toujours dans la région de Hauts-Bassins, le cas du pont de Banakélédaga est une autre illustration parfaite de cette incurie rampante dans le secteur des infrastructures au Burkina Faso. Ce pont, construit sur la piste reliant ce village à celui de Desso, dans le cadre des travaux d’entretien périodique, a été emporté par les eaux de pluie dans la nuit du 3 au 4 octobre 2018. Pourtant, ces travaux venaient d’être réceptionnés le 19 septembre 2018, soit à peine deux semaines après la réception. Dans un communiqué publié à la suite de ce malheureux évènement qui n’avait pas manqué de susciter des gorges chaudes dans l’opinion en son temps, le ministère des Infrastructures a tenté de justifier ce qui s’est passé. «(…) En effet, un des bras du marigot Houet, le cours d’eau sur lequel le dalot est construit, a charrié des troncs d’arbres et de nombreux déchets qui ont obstrué toutes les cellules de l’ouvrage, entraînant ainsi une submersion du pont et la coupure des remblais d’accès, de même qu’une désolidarisation d’un des modules… ». Peut-on lire dans ledit communiqué. Mais ce communiqué ne manque pas de susciter des réactions. Selon un ingénieur de génie civil rencontré à Bobo-Dioulasso en novembre 2018, le communiqué tente de faire croire que ce qui est arrivé sur ce pont était une fatalité. La situation est présentée comme s’il s’agissait d’un cas de force majeure ou d’une catastrophe naturelle, contre laquelle on ne pouvait absolument rien, comme si la responsabilité d’aucun acteur n’était engagée. Et pourtant, dit-il, des responsabilités sont bel et bien engagées. La conception du pont aurait été bien faite, en tenant compte de l’importance  du cours d’eau et des objets solides que pourrait charrier un tel cours d’eau, que ceux-ci auraient eu un passage à leur taille, à travers les cellules de l’ouvrage  et ne seraient pas restés pour obstruer celles-ci. A vue d’œil, conclut-il, l’ouvrage était sous-évalué par rapport au niveau de ce cours d’eau. Il n’y a pas que la région des Hauts-Bassins.

«Goudrons pacotilles » ou «camelotes d’Eric Bulldozer »

Autres régions, mêmes réalités. Pourrait-on dire, à propos de ce marché dont les différents lots étaient répartis sur l’ensemble du territoire national. Le lot 13 concernait la RN 03 : Ziniaré – Kaya -Tougouri – Dori. Sur ce tronçon, il était prévu, entre autres, le remplacement de 12 panneaux de signalisation d’un montant de plus de 520 000 FCFA ; des perrés maçonnés d’un coût de plus de 46 millions FCFA ; le rechargement des accotements à plus de 12 millions FCFA ; des points à temps sur route bitumée de plus de 85 millions FCFA ; etc. Le montant total de ce marché s’élevait à plus de 151 millions FCFA. Le Consortium des Entreprises du Faso (CEFA), une entreprise créée en 2015, en était l’attributaire. Selon le document du ministère, les travaux ont démarré le 14 février 2018 pour un délai d’exécution de 4 mois. Ils auraient été exécutés à 100% et réceptionnés le 16 août 2018.  Sur le terrain, déjà en janvier 2019, seu- lement quelques 5 mois après la réception, le constat était plutôt consternant. Dès la sortie de Ziniaré, de larges nids de poules annoncent les couleurs.

Jusqu’à Kaya, même si l’état de la route n’est si préoccupant, des nids de poules souvent de grands diamètres et profondeurs restent remarquables tout au long du chemin. Les traces des points à temps de 85 millions FCFA annoncés dans le devis sont très peu perceptibles jusqu’à ce niveau du tronçon. A moins que cela n’ait été fait sur le reste. A noter que nous n’avons pas pu parcourir le tronçon Kaya-Dori.

La capitale Ouagadougou n’est pas épargnée. Les travaux de bitumage de rues mal réalisés par le ministère des Infrastructures, il y en a par là aussi. L’avenue Guillaume Ouédraogo, dont le bitume a été refait, tout comme bien d’autres artères de la  zone, en fin 2017, dans le sillage de l’arrivée du président français, Emmanuel Macron, au  Burkina, fait partie de ces exemples-là. Déjà, en fin 2018, cette avenue présentait de graves problèmes. Des vastes et profonds nids de poule étaient visibles et des travaux de rattrapage étaient engagés. Aux frais de qui ?  De l’entrepreneur ou du contribuable? Nous n’avons pas pu le savoir. Dans tous les cas, il y a problème. La gestion des marchés publics au ministère des Infrastructures est problématique et c’est peu dire. Nous y reviendrons !

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La surfacturation, l’autre sport  favori !

Visiblement, les pratiques de surfacturation sont un sport favori, dans le cadre des marchés d’entente directe. Un coup d’œil sur un certain nombre de ces marchés, et l’on est abasourdi. Des prix unitaires souvent surestimés du simple au double, voire plus; des frais d’installation de chantier fixés sur des bases souvent insaisissables ; etc. Tout y passe. Généralement, lorsqu’une entreprise est attributaire d’un marché de travaux publics dans une localité où elle doit emmener son matériel pour le travail, il y a ce qu’on appelle les frais d’installation du chantier et d’emmener du matériel. Cela fait partie des éléments de facturation qu’elle mentionne sur son devis. La distance séparant la base de l’entreprise, d’où elle doit transporter son matériel, et le lieu du chantier, ainsi que l’envergure de celui-ci, constituent, le plus souvent, les éléments dont on tient compte pour déterminer le montant de ces frais. Explique un technicien. C’est dire, par exemple, que pour des marchés similaires, nécessitant à peu près le même type de matériel, attribués à deux entreprises basées à Ouagadougou, si les deux chantiers sont situés à équidistance de Ouagadougou, il n’y a pas de raison qu’on ait une grande différence au niveau des frais d’installation. Cependant, face à certains cas, on peut légitimement se demander à quelle logique certains frais d’installation répondent. C’est le cas des deux marchés suivants : le premier est celui des travaux d’entretien périodique de la RN13 : Yako-Kordié-Koudougou (92,9 km), dans la région du Nord et du Centre-Ouest, attribué en entente directe,  en  octobre 2017, à l’Entreprise générale de commerce et de construction de bâtiment (EGCB SARL). Son montant, 1 776 465 975 FCFA. Comme frais d’installation, elle a facturé l’Etat à 30 millions FCFA. Le second marché est celui des travaux d’entretien périodique du tronçon Méget-Kogho, y compris la piste Salgo-Barrage de Salgo (41 km), dans la région du Plateau central, attribué en entente directe, dans le même mois d’octobre 2017, à l’entreprise Dynamik Service. Son montant, 607 513 213 FCFA. Comme frais d’installation, elle a facturé l’Etat à 50 millions FCFA. Ces deux cas interpellent les consciences à plus d’un titre. On peut bien se demander à quelle logique cela répond : non seulement en termes d’envergure, le premier marché est plus important, si l’on s’en tient à son coût et à la longueur du tronçon concerné. Mais en plus, en termes de distance par rapport à Ouagadougou, Méguet est nettement plus proche que Yako. Mais curieusement, c’est le plus éloigné, et le plus important en termes d’envergure,  donc qui devrait avoir plus de charges, qui est le moins cher de 20 millions par rapport à l’autre. Comment comprendre cette logique ? Mystère ! Mais il y a autres choses : au niveau des prix unitaires des matériaux contenus dans le devis de Dynamik Services, certains chiffres donnent le tournis. C’est le cas du béton dosé à 350kg/m3,  facturé à 110 000 FCFA le m3, pendant ce temps, la mercuriale des prix prévoit que ce béton est à 80 000  FCFA. 300,26 m3 étaient prévus dans le devis. Cela a coûté au total 33 028 600 FCFA. Pourtant, si les prix de la mercuriale étaient respectés, cela ne coûterait qu’environ 24 millions FCFA. Soit plus de 9 millions FCFA , sur cette ligne seulement. Pourtant, dans le même devis, il y a beaucoup d’autres points de surfacturation du même genre : le béton de propreté dosé à 150kg/m3 et facturé à 70 000  FCFA le m3 au lieu de 37 000 FCFA sur la mercuriale. Le béton dosé à 300 kg/m3  est à 100 000 FCFA le m3 au lieu de 70 000 FCFA dans la mercuriale.

En définitive, ce sont plusieurs dizaines de millions FCFA qui sont parties aux vents dans ce marché, au travers de cette surfacturation manifeste. Un autre cas célèbre concerne le marché de l’entretien périodique de la piste Mogtedo-Bomboré, dans le Plateau central, passé aussi en entente directe, en octobre 2017, à l’Entreprise de commerce et de représentation bâtiments et travaux publics-Ingénierie (ECR/BTP),  pour un montant de 454 351 295 FCFA. Dans le devis de cette entreprise, un seul panneau de signalisation est facturé à 100 000 FCFA. Pourtant  la mercuriale des prix prévoit le panneau  de  signalisation à 45 000 FCFA seulement. Soit plus de 100% de surfacturation. Le marché nécessitait 18 panneaux. Soit un total de 1 800 000 FCFA. Alors que, pour peu que les prix homo- logués aient été respectés, les 18 panneaux n’auraient coûté que 810 000 FCFA. Soit près d’un million FCFA aux vents. Et ce genre d’exemples de surfacturations peut être cité à la pelle dans les marchés publics passés en entente directe au ministère en charge des infrastructures.

BYL

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De ces appuis  suspects à l’administration !

Sur tous les devis des entreprises attributaires des marchés en entente directe d’entretien courant ou périodique de routes au ministère des Infrastructures en 2017, dont nous avons pu obtenir copies, et Dieu seul sait combien il y en a, il y a une ligne de dépense assez singulière : elle est intitulée «appui de l’administration en carburant pour le suivi des travaux». Elle revient de façon systématique et en dernière position dans tous les devis. Selon les devis, son montant varie de 5 à 7 millions FCFA. Sur certains, elle monte même jusqu’à 10 millions FCFA. Lorsque nous avons cherché à comprendre de quoi il s’agit, il est ressorti que cette ligne a été instituée par le ministère des Infrastructures sur ses marchés passés en entente directe en 2017. Chaque entreprise à laquelle un marché était attribué dans ces conditions, était tenue de verser au service financier dudit ministère, ce montant, avant toute chose, faute de quoi, rien ne pouvait commencer. Par la suite, l’attributaire était remboursé au moment du payement de sa facture, puisque cela était pris en compte. Officiellement, cet argent servirait, comme l’intitulé l’indique, au suivi des travaux. Mais dans les faits, la gestion de cette grosse manne financière ainsi réunie reste, en l’absence de toute traçabilité, une véritable nébuleuse au sein du département. Mais la question qui se pose est celle du bien-fondé de la présence d’une telle dépense sur le devis d’un prestataire. Le suivi des travaux ne relève-t-il pas des devoirs régaliens de l’autorité contractante ? Le suivi et le contrôle des travaux du ministère ne font-ils pas partie déjà du budget de celui-ci ?

… L’attitude de cet entrepreneur visiblement frileux lorsque nous avons abordé la question avec lui en dit long sur le caractère assez douteux et suspicieux de ces payements. A la question de savoir si à la suite de l’attribution de son marché, il était passé au ministère pour s’acquitter de la somme représentant l’«appui de l’administration en carburant pour le suivi des travaux», l’homme répond d’une voix hésitante par la négative. Il ajoute même ne pas avoir connaissance de l’existence de ces payements. Mais ce que l’homme ne savait pas, c’est que nous avions des devis où cette ligne est bel et bien mentionnée et mieux, nous avions la preuve de son versement au ministère par l’entreprise.

BYL

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Cette  complicité est-elle fortuite et gratuite ?

De nos reportages et investigations sur les marchés publics au ministère des Infrastructures, il ressort, de façon éloquente et patente, qu’il y a une complicité incompréhensible entre certains hauts responsables du département en charge des infrastructures et certaines entreprises visiblement malveillantes. Des marchés ont été passés en entente directe et ont été mal exécutés, avec souvent des composantes majeures pas du tout exécutées. Malgré tout, ces marchés ont été réceptionnés avec la mention «taux d’exécution : 100% ». A qui profite tout cela ? Comment comprendre pareilles situations ? On peut comprendre qu’une entreprise exécute mal son chantier, de bonne ou de mauvaise foi. Mais que l’administration chargée de veiller à la bonne exécution des travaux ferme les yeux et couvre ces manquements, cela est très difficilement compréhensible. Surtout, à croire que cela est innocent et gratuit. Il faut oser espérer que les responsabilités seront situées un jour  sur ces points.

BYL

Y. Ladji BAMA
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Y. Ladji BAMA

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