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PROCES DU PUTSCH MANQUE : Le général Diendéré roulé dans sa propre farine

Les dépositions des témoins à la barre du Tribunal militaire se poursuivent. Après la hiérarchie militaire à l’époque des faits, c’était autour de témoins civils des tractations entre les putschistes et le commandement de passer à la barre. Il s’agit notamment de Monseigneur Paul Ouédraogo, archevêque de Bobo-Dioulasso, alors président de la Commission de réconciliation nationale et des réformes et membre du comité de sages mis en place par le Président Kafando de la Transition ; de l’ancien Président Jean-Baptiste Ouédraogo, membre dudit comité. De ces dépositions, l’on a la confirmation que le Général Gilbert Diendéré s’est fait rouler dans la farine par ses frères d’armes. L’on comprend mieux la stratégie de la hiérarchie militaire. Il fallait œuvrer à plonger le cerveau présumé du putsch et sa «horde d’insoumis» tout en recherchant les moyens de rester en vie et d’éviter un bain de sang.

Le chef d’Etat-Major général l’a clairement affirmé. Ils ont opposé un refus catégorique au coup d’Etat. Tous ont repris le même refrain, même s’il y avait des nuances. Sur le refus de la hiérarchie militaire d’assumer le coup d’Etat, il n’y a pas eu une seule voix discordante. La hiérarchie militaire a bien au contraire tenté de ramener le Général Diendéré et ses hommes à la raison. Malheureusement, le 16 septembre 2015, ils étaient trop sûrs de leur force et de leur fait. Ils ont donc persisté à opérer ce coup d’Etat insensé et inopportun.

L’on peut légitimement se demander pourquoi la hiérarchie militaire qui incarne le commandement n’a pas ordonné l’arrestation de Diendéré et des soldats indisciplinés dont certains réprimaient dans le sang les manifestations de résistance dans la ville de Ouagadougou. Mais depuis le passage des témoins à la barre, l’on comprend également la délicatesse de la  situation dans laquelle, Pingrenoma Zagré, chef d’Etat-Major d’alors et les autres hauts gradés de l’armée se sont retrouvés. Ils étaient «dans la gueule du loup» pour reprendre l’expression de l’ancien Président Jean- Baptiste Ouédraogo. Ils ont dû manœuvrer habilement pour en sortir en choisissant la voie de la négociation. Ainsi, lorsque le Général Diendéré appelle le chef d’Etat-Major pour l’informer de l’arrestation des autorités de la Transition et lui demandant de réunir la Commission de réflexion et d’aide à la décision (CRAD) de l’Etat- Major, celui-ci prit soin d’informer Monseigneur Paul Ouédraogo, archevêque de Bobo-Dioulasso (son choix se serait premièrement porté sur le Cardinal Philippe Ouédraogo, archevêque de Ouagadougou, alors absent du pays), et l’ancien Président Jean-Baptiste Ouédraogo. Il entendait ainsi les associer au processus de médiation pour ne pas laisser cette affaire d’Etat entre les seules mains des militaires. Pendant ce temps, le Général Diendéré a débarqué à la réunion, flanqué du Colonel-Major Kiéré (que l’un des témoins a qualifié de son garçon de course). Il est venu, escorté et gardé par des éléments du Régiment de sécurité présidentielle (il s’était sans doute déjà mis dans la peau du président du CND qu’il allait proclamer le lendemain). Tout Général qu’il était, il se faisait donc le porte-parole des soldats et sous-officiers qui ont pris en otages le président du Faso, le Premier ministre et les membres du gouverne.ment et recherchaient le président du Parlement.

Des témoignages de tous ceux qui ont participé à la réunion du 16 septembre, il ressort clairement que Gilbert Diendéré n’était pas venu pour chercher une solution pour la libération des otages mais pour contraindre la hiérarchie militaire à avaliser la forfaiture. Pendant presque toute la nuit, il n’a fait que chercher à convaincre les autres qu’il n’y avait rien à faire sauf accepter et avaliser la forfaiture. Pire, les autres s’étant rendu compte de sa volonté de passer en force, ont voulu négocier directement avec la troupe. Là encore, curieusement, Diendéré et son homme de main demandent à devancer la délégation de négociateurs pour préparer le terrain.

Tout semble indiquer qu’ils sont allés effectivement bien préparer le terrain, à leur manière et dans le sens de leur volonté. Et quand les médiateurs arrivent, ils ont trouvé une troupe surchauffée et même surexcitée qui n’avait aucune limite et dans ses propos et attitudes. Les médiateurs ont tout vu, entendu et vécu : menaces, intimidations, injures, etc. Voilà le résultat de la préparation du terrain par le Général. En aucun moment, il n’a pipé le moindre mot pour rappeler ses hommes à la raison, les laissant malmener le Secrétaire général du ministère de la Défense, le chef d’Etat-Major général des armées, et des personnes âgées sans le moindre discernement.

Il est ressorti des témoignages également que lors de la réunion du 16 septembre 2015, il a été demandé au Général Diendéré le motif de ces évènements, comment il a appris l’arrestation des autorités, où est-ce qu’il se trouvait lors de cette arrestation, quelle autre unité de l’armée a participé à l’arrestation des autorités ? Et il aurait répondu que l’on ne faisait pas «ces genres de choses» avec tout le monde, car l’on ne connaît pas la position des uns et des autres. Lors des passages de certains accusés à la barre, notamment des officiers, ils ont affirmé que le Général Diendéré leur aurait dit la même chose lorsqu’il est arrivé au camp après l’arrestation des autorités. C’est donc quelques-uns qui ont pris l’initiative et le Général Diendéré s’est chargé de négocier l’aval de toute la hiérarchie militaire. Qui mieux que le commanditaire ou le bénéficiaire désigné de la forfaiture pour négocier ou forcer l’adhésion de tous ?

En tout cas, le tribunal a, à la date d’aujourd’hui, assez d’éléments pour comprendre ce qui s’est passé le 16 septembre 2015 et jours suivants ainsi que les rôles que les uns et les autres ont joués. L’opinion nationale est également suffisamment édifiée à ce stade.

Dans le même ordre d’idée, l’on peut comprendre, humainement, la colère du Général Diendéré contre la hiérarchie militaire. Il croyait les tenir en respect. Mais les autres  ont rusé avec lui pour enfin le rouler dans sa propre farine. L’un de ses avocats l’a d’ailleurs reconnu à demi-mot en affirmant qu’après avoir rusé avec le Général pendant des jours, la hiérarchie militaire a bombardé le camp pour montrer «patte blanche» au peuple burkinabè.

Les témoignages de Monseigneur Paul Ouédraogo et de Jean-Baptiste Ouédraogo ont confirmé l’essentiel de la position et de la stratégie de la hiérarchie militaire. De même, Chérif Sy, président du Conseil national de transition, qui s’est auto-proclamé président par intérim après l’arrestation et donné une caution institutionnelle à la résistance, a confirmé resté en contact avec le chef d’Etat-Major. La démarche n’est pas forcément «réglo». Mais à la guerre comme à la guerre, chacun a utilisé les armes et ses cours de stratégie en fonction des circonstances. Ne dit-on pas chez les « Milos » que le terrain commande la manœuvre ? D’autant plus que tous reconnaissent que les rapports de force n’étaient pas du côté de la hiérarchie militaire. Plusieurs fois confondu par les témoins, le Général Diendéré a fini par jeter l’éponge. Sa stratégie de défense montre de sérieux signes de limites. L’on a le sentiment qu’au lieu de se défendre, il se bat plus pour faire plonger les autres officiers qui l’ont poussé dans la déchéance.

Il a même demandé leur inculpation ainsi que celle des deux sages. Chose qu’il n’a pas osé répéter en leur présence. Bien au contraire, il a remercié les deux sages pour la sincérité de leurs témoignages qui ne sont pas pourtant différents, fondamentalement, du message principal des officiers qui se sont succédé à la barre.

Finalement, comme nous l’avait affirmé un confrère le jour de sa reddition, «le Général est cuit. Il a joué, il a perdu». Il ne reste qu’à assumer et plaider la clémence du tribunal pour tous ces jeunes qu’il a embarqués dans cette aventure. En aura-t-il enfin le courage et la dignité ? La suite du procès nous en dira longuement. Mais il appartient à chacun des accusés de se rendre à l’évidence que l’heure de la vérité a sonné. Pour ceux qui savent, en leur âme et conscience, qu’ils ont posé des actes répréhensibles, il faut passer de la stratégie du déni à celle de la recherche de la clémence. Il ne sert à rien de jouer les durs ou à protéger des chefs qui n’ont rien à cirer de leur petite vie et pire, qui ont suffisamment abusé d’eux. Déjà, le Président Jean-Baptiste Ouédraogo, surpassant son rôle de témoin, a commencé le plaidoyer pour eux en demandant la clémence du tribunal  pour tous ceux qui ont exécuté des ordres militaires. Finalement, si l’on doit le suivre, il ne restera que le Général seul dans les geôles, puisque tous les accusés ont prétendu n’avoir exécuté que les ordres.

 

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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