Procès du putsch manqué: connexions explosives entre mysticisme, pouvoir et argent

Décidément, le procès du putsch n’a pas fini de livrer des révélations parfois inattendues. Depuis le passage à l’audition des écoutes téléphoniques, les histoires
invraisemblables et surprenantes se succèdent les unes aux autres. L’on entend du tout. Des histoires les plus causasses aux plus effrayantes. En effet, c’est effrayant d’entendre une voix présumée être celle du Général Bassolé promettre le feu sur le pays et sur la tête de certains de ses compatriotes, juste pour le pouvoir. Il est
aussi effrayant d’entendre une autre voix, celle supposée de Fatou Diendéré, ancienne députée, suggérer à son époux, le général Gilbert Diendéré, de replier dans la zone de Pô pour créer une rébellion. Il est également affligeant de savoir que des chefs d’Etat africains, au mépris de la douleur du peuple burkinabè, ont soutenu ce coup de force barbare des éléments de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Oui, on a parfois froid au dos d’entendre des gens suggérer au Général Diendéré de persister dans la félonie et parfois de faire le maximum de victimes pour s’imposer dans la terreur. C’est dire jusqu’où certains individus, Burkinabè et non Burkinabè, étaient prêts à brûler le Burkina Faso pour restaurer, dans le sang, le pouvoir que le peuple a repris les 30 et 31 octobre 2014. Malheureusement pour eux, au lieu de la restauration, ils ont créé les conditions de la fin du rêve du retour aux affaires.

Pour revenir aux écoutes téléphoniques, l’on note aussi que derrière l’expression de puissance de certaines personnalités, se cache un mysticisme incroyable. C’est le cas de Guillaume Soro, alors président de l’Assemblée nationale ivoirienne, qui suggère à
Diendéré un sacrifice «d’un œuf de poule africaine» et lui rassurant qu’il aura déjà payé, en son nom, un cheval et un chameau pour les besoins de la cause. Et de tenter en plus de le rassurer que le sacrifice est imparable : il sera président du Faso. Cette affaire d’œuf suscite, depuis quelques jours, les railleries à Ouagadougou comme
à Abidjan. Sur les réseaux sociaux, Soro est la risée de biens d’internautes. On attend que son chargé de communication vienne à la charge pour nous situer sur l’état psychologique des membres du tribunal, des internautes et tous ceux qui se
moquent de son demi-dieu d’ancien rebelle, lui pour qui devient fou lorsqu’on évoque l’implication de son mentor dans le putsch le plus bête du monde.

Tout semble indiquer que Guillaume Soro est mouillé jusqu’au coup dans ce coup d’Etat. Il est resté en contact permanent avec Diendéré jusqu’à l’arrestation de ce dernier par la gendarmerie à la Nonciature, le 1 er octobre 2015. Il doit sa mise hors cause aux Présidents Kaboré et Ouattara qui ont réglé son cas «diplomatiquement». C’est d’ailleurs l’une des grandes erreurs politiques et diplomatiques du Président Kaboré. Mais aujourd’hui, la vérité a rattrapé le mensonge. Tous ces audios ne peuvent pas avoir été fabriqués pour accabler Soro. Il y a au moins un fond de vérité.

Du reste, certains Avocats avaient annoncé leur impatience de pouvoir démontrer le caractère truqué et illicite de ces interceptions de conversations téléphoniques. Mais
lorsqu’est venu le moment de tenir promesse, ils ont disparu de la salle
d’audience. Comme dans un enchaînement heureux pour la justice, la haute Cour de
justice de la CEDEAO a rendu, le 29 mars dernier, sa décision sur la saisine des Avocats de Djibrill Bassolé qui estimaient que ces écoutes étaient illégales. Dans sa décision, la Cour a estimé que « les écoutes téléphoniques ne sont pas en soi illégales ». Elle a
donc débouté les plaignants sur le prétendu « conflit entre le droit à la vie privée, les libertés individuelles et la sûreté de l’État ». La Cour va plus loin en affirmant qu’on ne saurait critiquer la simple existence des écoutes téléphoniques mais plutôt apporter la preuve qu’elles violent la vie privée de monsieur Bassolé. Fin donc des débats
sur la régularité des écoutes.

En tous les cas, les écoutes ont été maintenues dans le dossier et sont actuellement diffusées au procès. Il appartient maintenant au tribunal d’apprécier, au moment de prendre sa décision finale. En attendant donc, l’opinion s’en délecte allègrement à travers les réseaux sociaux et les médias traditionnels. Et l’on apprend beaucoup sur certains éléments sonores, surtout les connexions dangereuses et explosives entre pouvoir, argent et mysticisme. C’est déjà ça de gagné.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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