PRESIDENTIELLE 2020 : Un rendez-vous de tous les possibles !

La perspective de la présidentielle de 2020 agite déjà le landerneau politique burkinabè. Les candidatures s’annoncent déjà. Après le Président Kaboré, qui a annoncé son intention de briguer un deuxième mandat depuis ses 100 jours à la tête du pays, c’est son successeur à la Primature en 1996, Kadré Désiré Ouédraogo, qui a annoncé son intention de le remplacer à Kosyam en 2020. L’histoire va-t-elle se répéter ? En politique, tout est possible, dit-on ! Mais, l’on semble très loin de ce scénario pour l’instant. Dans les mois à venir, d’autres candidatures s’annonceront. Va-t-on vers une présidentielle âprement disputée comme au Sénégal où le président sortant devrait l’emporter au premier tour de peur d’être emporté en cas de second tour ? Va-t-on assister à une bataille entre dinosaures politiques de la vieille garde (Roch Kaboré, Zéphirin Diabré, Kadré Désiré Ouédraogo, Eddie  Komboïgo) accompagnée d’une flopée de figurants et autres plaisantins ? Ou alors surgira-t-il un homme neuf (ou une femme neuve) porteur d’un discours en phase avec les fortes attentes sociales et d’un projet d’espoir. Pour l’instant, la première hypothèse colle plus à la réalité. Mais sait-on jamais !

La candidature de Roch Kaboré à sa propre succession est sans conteste,  l’un des plus grands chantiers de son parti depuis leur accession au pouvoir. Pour autant, à moins de deux ans de l’échéance, elle n’est pas mieux engagée que les autres candidats déclarés ou potentiels. Bien au contraire, au plan politique, son parti, le MPP, doit solder ses comptes avec ses nombreux déçus et désabusés en interne. Ça grogne beaucoup dans les rangs, partout, à travers le pays, tantôt, à travers des crises ouvertes, tantôt, à travers des bouderies des instances et des déclarations dans les médias. Le MPP doit donc régler ses innombrables contradictions et les conflits de leadership pour espérer remobiliser la troupe. La mort de son maître à penser, Salifou Diallo, a laissé des trous assez profonds que le parti à du mal à boucher.

Mieux, comme au CDP sous Blaise Compaoré, le parti est aujourd’hui traversé par plusieurs courants (au moins deux) qui se disputent le leadership et les premiers rôles. Le Président Kaboré doit se rendre à l’évidence que la première opposition à sa reconduction se joue à l’intérieur de son propre parti. Si ses principaux leaders ne parviennent pas à aplanir leurs divergences et ambitions à bonne date, cela risque de compromettre ses chances de passer dès le premier tour et d’être réélu tout simplement. Malheureusement, plus l’échéance avance, plus les divisions s’accentuent. Le coup de gueule du président de l’Assemblée nationale, Balla Sakandé, lors de la cérémonie d’ouverture de la foire du 11 Décembre à Manga boycottée par des membres du gouvernement en décembre 2018, les humiliations subies par le président intérimaire du parti à Ouahigouya le mercredi 13 mars, les sorties médiatiques  de certains militants qui dénoncent les dysfonctionnements  du parti et même la gouvernance du pays ne sont que les manifestations visibles de cette guerre de leadership interne qui pourrait porter de sérieux coups à la cohésion indispensable pour faire élire le candidat Kaboré dès le premier tour.

Que dire de ces crises larvées dans plusieurs sections à travers le pays qui divisent les militants en plusieurs camps qui s’affrontent pour le leadership local au sein  du parti? D’autres militants et pas des moindres, déçus, boudent silencieusement les instances du parti et n’entendent plus mouiller le maillot pour faire triompher le parti. Le MPP n’est donc pas à l’abri de la déchirure. Si l’on y ajoute les fissures dans la coalition formant la majorité avec certains partis ou leaders qui prennent progressivement leurs distances avec le pouvoir, l’on peut dire sans risque de se tromper que le Président Kaboré a de sérieux soucis à se faire.

Le Président Kaboré n’est pas à l’abri d’une surprise désagréable

A cela s’ajoute une situation sociopolitique et économique nationale plus marquée par le désarroi, la déception, la hantise de lendemains qui déchantent.  Arrivé  au pouvoir après une élection reconnue comme la plus transparente et la plus ouverte depuis l’avènement de la 4e République, le pouvoir MPP avait toutes les opportunités pour redonner confiance et espoir au peuple. Il lui suffisait d’avoir l’audace et le courage d’oser la rupture avec le clientélisme, la politisation de l’administration et la cleptomanie au sommet de l’Etat pour instaurer l’éthique du bien commun, une culture des résultats et de la recherche de l’efficacité dans l’action publique, la sanction des abus et des dérives. Il lui fallait rompre avec l’impunité des crimes économiques et de sang. Il lui suffisait seulement d’une petite dose de courage et de lucidité pour ne pas reprendre les tares du système politique de la prédation et de la compromission qui a permis à Blaise Compaoré  de régner pendant 27 ans sur le Burkina et qui a fini par le perdre. Il lui suffisait de mettre l’homme ou la femme qu’il faut à la place qu’il faut. Et il  avait  les  compétences qu’il faut aussi bien en son sein qu’en dehors et même dans les autres formations politiques.

L’objectif étant de mobiliser les compétences sans tenir compte des couleurs et appartenances politiques. Toute chose qui aurait permis de renforcer la légitimité et les capacités de l’administration à assurer ses missions régaliennes au service des citoyens et de produire des dividendes politiques certaines pour le pouvoir. Cela aurait permis de lui conférer toute la légitimité d’apporter des réponses courageuses, justifiées au regard des capacités réelles de l’Etat et de l’exemplarité des comportements des dirigeants aux revendications des syndicats. Ce qui implique également une rationalisation des institutions à travers des réformes courageuses mettant l’accent sur l’essentiel en se passant des institutions non indispensables à l’instauration d’une gouvernance légitime, vertueuse et efficiente.

Malheureusement, ce pouvoir s’est constitué autour de beaucoup de bras cassés incapables de porter les charges d’espoirs nés de l’insurrection populaire et d’intellectuels qui refusent d’exprimer leurs potentiels. Du point de vue donc de la gouvernance, le pouvoir MPP est une véritable déception. Son bilan, au regard des fortes attentes sociales du moment, est catastrophique en matière de gouvernance vertueuse et efficiente. Certes, il y a beaucoup d’acquis sur le plan des réalisations sectorielles (eau, infrastructures routières et socioéconomiques, santé, etc.). Mais ces acquis sont loin des attentes placées au pouvoir à son avènement en fin 2015.

Finalement, plus que son bilan, le MPP comme le CDP à l’époque, compte plus sur sa position de parti au pouvoir avec les opportunités de promotion de cadres à des postes de responsabilités, de promesses de récompenses des militants et des amis pour se maintenir au pouvoir. Le Président Kaboré doit commencer à se faire des soucis et revoir sa machine pendant qu’il est  encore temps. S’il compte sur le fait qu’un parti au pouvoir ne peut pas organiser les élections et les perdre, il se fout dangereusement le doigt dans l’œil. Le réveil pourrait être très douloureux. Il doit très rapidement œuvrer à mettre fin à ces sentiments d’injustice chez bien des militants de première heure du parti qui estiment avoir été trahis et abandonnés au profit d’une bande de copains, de coquins, d’arrivistes et autres profiteurs propulsés dans les hautes sphères du pouvoir, une fois le combat terminé. Autrement, il n’est pas à l’abri de surprises désagréables. D’autant plus qu’en face, il y a des adversaires qui ont des moyens colossaux et prêts à investir pour conquérir ou reconquérir Kosyam.

Eddie Komboïgo cédera-t-il au deal des revanchards

Pour la présidentielle de 2020, le Président Kaboré doit se rendre à l’évidence qu’il y aura le face-à-face avec son ancien mentor, Blaise Compaoré. Ce face-à-face, évité en 2015, aura bel et bien lieu à la prochaine présidentielle, par personnes interposées. Blaise Compaoré et bien de ses lieutenants pour qui les tenants du pouvoir actuels sont des traîtres, n’ont pas encore digéré la claque que Roch Kaboré, Salifou Diallo, Simon Compaoré et plus de 70 autres cadres du CDP leur ont administrée un certain 4 janvier 2014 en démissionnant avec fracas du parti présidentiel. Ils leur en veulent surtout d’avoir contribué à leur chute brutale et leur fuite en plein midi. Ils tiennent à leur revanche et veulent aussi revenir au pouvoir par tous les moyens. La présidentielle de 2020 semble être une occasion en or qu’ils entendent saisir. Pour sûr, ils mettront les moyens.

Pour y arriver, ils semblent avoir jeté leur dévolu sur l’ancien Premier ministre Kadré Désiré Ouedraogo (KDO). Mais ce choix semble déjà mal engagé. KDO part avec une grande faiblesse. Il a du mal à avoir le soutien du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) dont le Président Eddie Komboïgo caresse le rêve légitime de porter les couleurs à la prochaine présidentielle et pourquoi pas accéder à la magistrature suprême. Il n’est pas pire que Blaise Compaoré ou Roch Kaboré. Si eux ont pu être présidents, pourquoi pas lui ? Bref, Eddie veut être candidat et se battra pour y parvenir. D’autant plus que contrairement à KDO, au sein du CDP d’aujourd’hui, il incarne le renouveau, un nouveau leadership soutenu par une proximité avec la jeunesse du parti et par une puissance financière qui aide beaucoup à faire des courtisans et des obligés. Il semble avoir le soutien aussi bien de vieux briscards que de jeunes loups aux dents longues qui pensent que leur heure a sonné. Il n’a donc pas forcément besoin du soutien et du parapluie de Blaise Compaoré pour obtenir l’onction du parti. Sauf donc revirement de dernière minute (ce qui n’est pas à exclure), Eddie  se portera candidat. Il sera au moins candidat à la candidature. Il invite d’ailleurs  tous les militants du CDP qui ont des ambitions présidentielles à s’inscrire dans la discipline en soumettant leur candidature à la validation des   instances du parti.

S’il n’est donc pas seul à prétendre porter les couleurs du CDP à la présidentielle de 2020, le parti va certainement organiser des primaires ou tout au moins un processus interne de désignation de son candidat. Eddie  Komboïgo ne cache pas ses ambitions de briguer le fauteuil présidentiel. Il a l’avantage d’être plus jeune que KDO, son aîné de 11 ans. Il met progressivement en place son dispositif de campagne. Il y a déjà longtemps qu’ont été lancées plusieurs pages Facebook consacrées à sa propagande politique. Il s’appuie également sur plusieurs profils animés par des jeunes qui ne jurent que par lui, et certainement par son argent.

En somme, il a «ses boxeurs en dessous de la ceinture» sur les réseaux sociaux. Du reste, une non-candidature du président du CDP risque fort de briser l’élan de remobilisation autour du parti qu’il suscite depuis qu’il a été blanchi dans le procès du putsch manqué du Général Diendéré et de l’ex-RSP (Régiment de sécurité présiden- tielle). La non-candidature de Eddie ne sera pas non plus forcément profitable à KDO.

KDO veut faire du neuf avec une vieille garde fatiguée, déconnectée et revancharde

Il y a donc de fortes chances que la candidature de l’ancien président de la Commission de la CEDEAO, Kadré Désiré Ouédraogo, ne prospère pas à l’intérieur du CDP. Parmi les griefs que lui font les partisans de Eddie, l’on peut retenir au moins trois principalement. Le premier est qu’il n’est pas très attaché au parti et n’y milite pas activement au point de pouvoir prétendre en être le candidat à la présidentielle. Le deuxième est qu’il a décliné une offre du parti (en 2015) au moment où celui-ci avait le plus besoin de lui. Le troisième se rapporte à sa décision d’annoncer sa candidature en dehors des instances du parti.

L’on pourrait y ajouter un quatrième, notamment le fait que sa candidature ait été suscitée par une aile plus ou moins «dissidente» (qui a du mal à accepter le leadership de Eddie à la Direction du parti) qui ne pèse pas véritablement dans le parti. Sont de ceux-là, Boureima Badini, ancien ministre de la Justice, ancien Représentant spécial du Facilitateur Blaise Compaoré en Côte d’Ivoire de 2007 à 2012, candidat malheureux à la présidence du parti lors du congrès de mai 2018 (battu par Eddie) ; Léonce Koné, ancien Directeur général de la Banque agricole et commerciale du Burkina (BACB), ancien ministre et surtout ancien président du directoire qui a géré le parti pendant la détention de son président pour son implication présumée dans le putsch de septembre 2015 ; et enfin, Salia Sanou, l’ancien Maire de Bobo-Dioulasso, en quête d’opportunité de retour sur scène après ses déboires lors de l’insurrection populaire, une longue traversée du désert qui n’en finit pas.

Il s’est donc appuyé sur une vieille garde à la recherche d’un nouveau souffle. L’on comprend donc que le processus d’annonce de sa candidature ait été naturellement engagé par une bonne vieille méthode bien connue des Burkinabè et qui ne fait pas de bonnes recettes. Il s’agit d’abord, de se faire solliciter par des courtisans qui à coups de conférences de presse et autres manifestations publiques, chantent sur tous les toits qu’il est l’homme de la situation et que le bon peuple a besoin de ses compétences et qualités pour le sortir de la misère dans laquelle il baigne ; ensuite apparaître comme le messie qui a entendu l’appel du peuple et sa soif de changement. En acceptant d’être candidat, il répond à l’appel du peuple, ou du moins une partie assez représentative. Son mentor, Blaise Compaoré, l’avait fait en 2005. Ça lui avait réussi. Malheureusement, il a essayé de le rééditer en 2014. Echec et mat. Il a dû fuir en plein midi pour échapper à la colère de son peuple pour se réfugier enbelle famille.

KDO réussira-t-il également son premier essai ? Rien n’est moins sûr. En tout cas, depuis le dernier trimestre 2018, un mouvement est né pour «accompagner KDO à Kosyam». Ce n’est donc pas à l’intérieur du parti qu’il entend obtenir la légitimité d’être candidat. Il semble plutôt vouloir bien faire porter sa candidature par d’autres partis et des organisations non partisanes, car, dit-il, l’élection présidentielle c’est le rendez-vous entre un homme et son peuple. Pour lui, le plus important, ce sont «les idées, le contenu plutôt que les jeux d’appareils politiques». Mais lui-même est issu des appareils qui l’ont formaté, politiquement. Mieux, il est déjà dans ce jeu des appareils. Les appareils, ce ne sont pas seulement les partis mais aussi les hommes qui les façonnent et les manipulent à leur guise. Bien de ceux qui soutiennent  sa candidature sont pièces maîtresses de ces appareils.

Du côté du CDP donc, les choses semblent mal engagées pour la présidentielle. Entre le gros lot de la troupe et des leaders restés fidèles au Président Eddie Komboïgo et la vieille garde revancharde et d’autres mouvements satellites qui soutiennent Kadré Désiré Ouédraogo, la ligne de fracture semble se dessiner.

Zéph réussira-t-il à se sortir des conséquences de son management de l’opposition?

L’on risque de se retrouver sur les startingblocks avec deux candidatures (ou plus) qui diviseront les militants du parti. Sauf si dans un dernier sursaut de lucidité, l’un des camps accepte de renoncer au non de l’objectif de prendre la revanche sur le Président Kaboré et son MPP. Quid du chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré, président de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), arrivé deuxième en 2015 et qui rêve certainement d’arriver premier en 2020 ? Le moins que l’on puisse dire est que le lion (l’emblème du parti) semble avoir perdu des forces. Contraint de naviguer entre le devoir moral de solidarité, de rassemblement de l’opposition dans  toutes ses composantes et son ambition personnelle de diriger un jour le Faso, Zéph (comme on l’appelle) et son parti semblent avoir perdu du terrain. L’impression qui se dégage est que le chef de file de l’opposition politique s’est noyé dans un équilibrisme et une absence de ligne politique claire qui profitent plus à d’autres partis politiques qu’au sien. Et si les choses ne changent pas d’ici là, l’on peut parier qu’en 2020, Zéphirin risque fort de ne même pas arriver deuxième.

Sans doute que «ses boxeurs en dessous de la ceinture» nous tomberont encore dessus. Mais le constat est là : leur champion ne fait plus rêver. Si ça peut leur faire plaisir. Aucun leader politique d’ailleurs ne fait rêver aujourd’hui les Burkinabè. Zéph va donc devoir revoir sa stratégie et construire une offre alternative sérieuse à la crise de la gouvernance de l’Etat. Pour le moment, son discours relève de la rhétorique commune à tous les partis et à tous les détracteurs du MPP. Il faut créer la différence et revoir le management de ses hommes. Mais, il donne l’impression d’un essoufflement, voire de la résignation. Alors que tout porte à croire qu’il vaut beaucoup mieux que ce qu’il laisse voir aujourd’hui. Il est capable de faire cette différence. Curieusement, il évolue en dessous de son potentiel réel. Aura-t-il enfin l’inspiration et l’audace d’oser autre chose d’innovant avec des propositions concrètes réalistes et pratiques en lieu et place du jonglage et du discours empreint parfois d’un opportunisme pas toujours heureux et d’un narcissisme qui ne fait pas rêver cette jeunesse ?

Il doit avoir le courage politique d’assumer pleinement son leadership dans l’insurrection populaire dont il donne parfois le sentiment de regretter. Bref, pour 2020, si Zéph veut retrouver sa rayonnante image des années 2008 à 2014, il n’a d’autre choix que de changer sa posture et son discours politique maissurtout son projet et sa communication. Il doit se rendre à l’évidence que tout comme Roch et les autres, il joue ses dernières cartouches. Attention à ne pas les gâcher et se mettre définitivement hors jeu.

La surprise pourrait venir de là où l’on l’attend le moins

En plus de ces quatre «grands» qui se positionnent, d’autres candidatures vont émerger d’ici là. L’on parle de plus en plus de l’ancien ministre et actuel député, Tahirou Barry, dont la candidature est requise par un nouveau parti politique, le Mouvement pour le changement et la renaissance (MCR), créé en janvier dernier. Il y a aussi ces nouveaux partis politiques qui se créent et qui vont certainement secréter des candidatures.  L’on ne peut passer sous silence, les agitations autour du nom de Yacouba Isaac Zida, le Premier ministre de la Transition, dont la candidature est revendiquée par une organisation dénommée «Génération Zida pour la patrie». Mais avant d’être candidat, celui-ci va devoir solder ses comptes avec l’armée et la Justice militaire qui le recherchent pour désertion en temps de paix, sans compter toutes les casseroles dont il est suspecté de traîner depuis la fin de la Transition. S’il débarque de son exil canadien, il risque plus de se retrouver à la MACA (Maison d’arrêt et de correction des armées) qu’à Kosyam.

Globalement, l’on ne sent pas encore l’avènement de nouvelles figures politiques capables de bousculer l’oligarchie établie qui reste encore la principale pourvoyeuse de candidatures sérieuses. La bataille va se jouer entre le président sortant, Roch Kaboré (62 ans), Kadré Désiré Ouédraogo (66 ans, donc doyen pour le moment des candidats), Zéphirin Diabré (60 ans) et Eddie Komboïgo (55  ans). Les autres feront sans doute de la figuration. Pourtant, le changement tant attendu semble  impossible avec ces acteurs qui traînent leur bosse sur l’échiquier politique, institutionnel et  économique depuis plus de 30 ans.

La présidentielle 2020 est une grosse opportunité d’amorcer le renouvellement de la classe politique. Le changement par les urnes est possible mais à deux conditions : l’émergence d’un nouveau leadership politique à la hauteur de l’enjeu et la prise de conscience des jeunes de cet impératif de mettre définitivement à la retraite, tous ces vieux briscards de la politique qui ont pris en otage le pays, ses ressources et ses chances de sortir de la misère économique et sociale, et surtout leur avenir. Si en 2020, les Burkinabè se retrouvent à devoir choisir entre le Président Roch Marc Kaboré, Kadré Désiré Ouédraogo, Zéphirin  Diabré, Eddie Komboïgo et autres anciens CDR (Comité de défense de la révolution) mal reconvertis, ce sera un véritable échec pour la communauté nationale mais surtout pour la jeunesse.

Le Burkina Faso a encore des femmes et des hommes de talents capables de porter les espoirs de ses filles et fils et d’engager des actions dans le sens de restaurer l’ordre, la discipline et l’intégrité indispensable à la construction des bases du renouveau. Mais il appartient au peuple burkinabè et surtout à la jeunesse de prendre ses responsabilités. L’on constate, depuis l’année dernière, des agitations dans certains cercles où de nouveaux acteurs tentent de s’organiser en vue de construire de nouveaux fronts antisystème et un nouveau leadership politique. Des jeunes ou des personnalités porteuses d’alternatives pourraient donc sortir du bois et impulser une nouvelle dynamique capable de drainer  du  monde, y  compris tous ceux qui boudent générale- ment les processus électoraux.A défaut de parvenir à un chan- gement radical, la présidentielle de 2020  offre  l’opportunité  de faire émerger une nouvelle élite qui pourrait bousculer la vieille garde et commencer à prendre place sur l’échiquier politique.

Cette nouvelle élite pourrait déjà se traduire plus tard par des candidatures sérieuses aux législatives. Si après la présidentielle, de nouveaux acteurs indépendants ou porteurs d’une nouvelle façon de penser d’agir, une autre approche de la gouvernance de l’Etat et de ses ressources parviennent à se faire élire comme députés en nombre suffisant pour constituer un groupe parlementaire, il est fort à parier que les débats politiques vont changer et vont impacter la vie publique. Ça pourrait préparer la présidentielle de 2025 avec plus de lisibilité. Ce début de changement est à portée de main. En tous les cas, le renouvellement de la classe politique est impératif. Autrement, l’on fonce tout droit dans le chaos. Cette classe politique a montré toutes ses limites. Elle est essoufflée et est incapable de faire autrement que ce qu’elle fait depuis des décennies. Il faut la pousser à la porte. Le plus tôt sera le mieux.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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