MINISTERE DES RESSOURCES ANIMALES : Une série d’affaires louches à la Direction générale des Ressources halieutiques ?

Structure technique et centrale du ministère des Ressources animales et halieutiques, la Direction générale des Ressources halieutiques (DGRH) a pour mission de veiller à l’application de la politique nationale en matière de développement des ressources halieutiques. Depuis un certain temps, cette Direction, et en première ligne, son Directeur général, fait l’objet d’accusations à travers des tracts distillés dans les services du ministère et sur les réseaux sociaux. Il y est évoqué des soupçons de fraude dans la vente aux enchères d’un véhicule à 67.800 FCFA, de deal autour de l’exécution d’un marché de fourniture de produits de pêche, d’exercice d’activités génératrices de revenus. Les griefs soulevés ont-ils un fondement? Comment tout cela est-il arrivé ? Jetons-y un coup d’œil !

Commençons d’abord par cette affaire de vente aux enchères d’un véhicule qui a tenu en haleine les réseaux sociaux. Le Directeur général des Ressources halieutiques, Henri Zerbo, est accusé dans des tracts d’avoir sciemment organisé la mise en vente aux enchères d’un véhicule en bon état de la DGRH pour finalement l’acquérir pour lui-même. Comment cela s’est-il passé? Déjà, il convient de noter que le véhicule, une Peugeot 307, immatriculé 11 A 2808 BF, a effectivement été mis aux enchères et est devenu la propriété du Directeur général. Ce dernier ayant même changé d’immatriculation. Au-delà de ce simple constat, certains faits permettent de se faire une idée de ce qui s’est réellement passé.

L’opération de vente aux enchères publiques du véhicule s’est déroulée du 17 au 21 septembre 2018. A l’issue du processus, Yaméogo Nanawendin, un étudiant, a été adjudicataire dudit véhicule. Ce dernier résidant à Koudougou dit avoir postulé pour le compte de son père, vendeur de véhicules d’occasion à Ouagadougou. Au départ, la DGRH a dégagé trois véhicules pour cette vente aux enchères : un camion frigorifique, une Toyota Pick up 11 A 5631 IT et une Peugeot 307 Berline 11 AA 2808 BF. Après l’identification de ces véhicules sous cale depuis un bon moment, selon la DGRH, la liste a été transmise à la Direction de la comptabilité matière du ministère qui s’est chargée de faire la synthèse à la Direction générale des Affaires immobilières et de l’équipement de l’Etat (DGAIE) du ministère des Finances. S’en est suivie la mise à prix par la DGAIE.

Après cette phase, la DGRH a voulu annuler la procédure concernant l’un de ces véhicules, la Peugeot 307. A en croire le Directeur général des Ressources halieutiques, une des pièces défectueuses a pu finalement être trouvée. Il était alors opportun de trouver des fonds pour réparer ce véhicule, surtout en raison des régulations importantes qui ne permettent pas de nouvelles acquisitions. La réparation a été faite. Mais cette importante réparation ne servira pas à la Direction et pour cause, la volonté de retrait du véhicule de la procédure de vente aux enchères déjà enclenchée ne sera pas suivie.

Pourtant, le Directeur général, Henri Zerbo, dit avoir contacté, au téléphone, le directeur de la comptabilité matière du ministère pour lui demander de retirer ledit véhicule de la vente. Ce dernier devait, conformément aux sollicitations du DG, faire annuler la procédure de vente du véhicule. Il confie avoir contacté un agent de la DGAIE pour lui demander le retrait, car la DGRH en a encore besoin. Dans cette même veine, le Directeur de la comptabilité matière soutient que l’agent saisi lui a promis de retirer le véhicule de la vente. Ce qui ne sera pas fait, puisque le véhicule sera adjugé le 22 septembre 2018 au nom de Yaméogo Nanawendin, au prix de 67.800 FCFA.

A ce qui se dit dans le milieu, au moment des opérations de vente aux enchères, des agents participant à l’organisation de cette vente laissent fuiter des informations sur l’état des véhicules de sorte que leurs proches, collègues puissent miser sur le bon véhicule. Toujours est-il que c’est au moment où l’étudiant, nouveau propriétaire du véhicule, voulait procéder à l’enlèvement du véhicule que la DGRH va réaliser que sa décision n’a pas été suivie.

Dans une lettre du DGRH en date du 26 novembre 2018 adressée à la Directrice générale des affaires immobilières et de l’équipement de l’Etat, il manifeste sa surprise de constater que le véhicule n’avait pas été retiré de la liste. Selon la même lettre, il ressort que le Directeur général a négocié avec le nouvel acquéreur, le remplacement du véhicule adjugé par un autre véhicule, la Toyota PICK-UP 11 A 5631 IT proposée à la vente également. Le bénéficiaire était même d’accord pour opérer ce changement. Mais impossible, selon la DGIAE. La Directrice générale de la structure, Edith Belem/Damiba, soutiendra dans un premier temps, que cet échange n’est pas réalisable avant de faire remarquer que pour qu’un véhicule en mauvais état puisse être enlevé, il faut qu’il fasse l’objet de soumission et qu’il soit ensuite adjugé.

Le véhicule réparé sera donc remis à son nouveau propriétaire. Ce dernier, après acquisition, décide de le remettre sur le marché au coût de 1 500 000 FCFA. Henri Zerbo saisit l’occasion et entre en négociation avec le nouvel acquéreur pour acheter le véhicule. Il va finalement le payer pour lui-même à un million FCFA et procéder à la ré-immatriculation du véhicule. Dès lors, certains agents vont murmurer leur surprise et ce, jusqu’aux tracts. Ces derniers y voient un montage dont l’objectif final était d’attribuer le véhicule au Directeur général. Ont-ils raison de le penser ? Malgré tout, les tracts continuent de circuler.

Les alevins à problèmes

Dans le cadre de la mise en œuvre du programme «Développement des productions halieutiques et aquacoles», le PADELB, un projet financé par la Banque mondiale, a décidé d’appuyer les promoteurs privés avec les kits dans le domaine de la pêche. L’acquisition de ces kits de production et de transformation a fait l’objet d’un appel d’offres national ouvert lancé par le ministère des Ressources animales et halieutiques. L’entreprise Will Telecom, spécialisée dans la vente du matériel informatique, a été retenue. Mais ce choix va faire jaser. Quelles expériences et quelle expertise dispose Will Telecom pour exécuter un tel marché ? C’est à ne rien comprendre. Toujours est-il que Will Telecom va signer un contrat de 57 613 500 FCFA, le 12 septembre 2018, pour la fourniture des différents kits.

Mais l’exécution du marché va traîner. La cause, l’attributaire du marché ne connaîtrait pas le domaine; il va rencontrer des difficultés dans la livraison des alevins. Il va demander de l’aide à la DGRH qui va prendre sur elle la responsabilité d’exécuter cette partie. Le Directeur général des Ressources halieutiques, Henri Zerbo, justifie cette intervention par le fait que l’attributaire du marché «s’est révélé peu outillé pour le transport de poissons vivants». Aussi, souligne-t-il, l’alevin étant un organisme vivant, les conditions particulières nécessaires pour procéder à leur livraison directement sur les sites d’accueil des pisciculteurs n’ont pas pu être réunies. Il s’agit de l’identification des sites et des bénéficiaires qui devront payer au préalable 20% du montant du kit, de l’existence chez les bénéficiaires d’infrastructures fonctionnelles pour l’élevage de poisson et bien d’autres.

Cette situation, à en croire le DG, risquait d’allonger excessivement les délais liés au marché et de pénaliser l’attributaire du marché. Ainsi, poursuit-il, tout cela va amener l’entreprise Will Telecom, de concert avec la Commission de réception, a approché la DGRH pour trouver une solution. Ce qui a conduit à l’intervention technique de la DGRH et pour cela, le DG dit avoir reçu un chèque de 5 000 000 FCFA. Au même moment, la réception définitive sera prononcée. La coordinatrice du PADEL-B, Dr Somé/Bountou lougou Mwinyel Jocelyne Rolande, confie avoir procédé au paiement complet sur la base de la réception du marché.

Aussi, explique-t-elle, il y a eu une première tentative de réception et la Commission de réception avait émis des réserves. C’est une fois les réserves levées que le projet a procédé au paiement. Mais la coordonnatrice dit ne pas être au courant de l’exécution du marché par la DGRH. Il importe de noter que l’exécution se poursuit. Il ressort que la DGRH a facilité la livraison de 20.000  alevins acquis au Centre lassalien d’initiation aux métiers de l’agriculture (CLIMA) pour un montant total  de 1 000 000 FCFA, dans la région des Cascades, des Hauts-Bassins au profit des producteurs. Et la DGRH entend poursuivre la livraison dans les autres régions.

Outre le paiement des alevins, le DG dit avoir procédé au paiement de l’oxygène, du carburant pour le véhicule de l’Etat qui transportera les alevins et bien d’autres dépenses. Tout cela est-il normal ? Cette Direction technique, qui ne dispose pas de régie de recettes, peut-elle exercer de telles activités ? A-t-on respecté les règles en la matière ? L’initiateur des tracts a-t-il raison ? Pour le DG, Henry Zerbo, il fallait l’intervention technique de la DGRH pour sauver une situation qui risquait d’être préjudiciable pour les producteurs. Affaire à suivre !

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Qui  prend les loyers du Centre d’approvisionnement  ?

Une autre situation délicate suscite des indignations. Les infrastructures du Centre d’approvisionnement et de distribution des produits de pêche (CADIPP) mis en place sur financement de la Taïwan ont été mises en location à des prestataires privés par la DGRH. Des logements devant servir à héberger les acteurs de la pêche de passage à Ouagadougou sont actuellement mis en location pour un montant de 500 000 FCFA par mois à un prestataire privé et ce dernier en a fait une auberge. Il y a également la chambre froide mise en location pour un montant de 200 000 FCFA jusqu’en 2019. A en croire certaines informations, toutes ces recettes sont reversées à la DGRH. Cependant, selon le DG Henri Zerbo, ses services n’ont pas encore encaissé des recettes relatives à la location de la chambre froide et ce, depuis 2015. Seulement, elle avait été mise gratuitement à la disposition d’un acteur de pêche pour un essai.

Et pourtant, nos sources martèlent qu’un  loyer était versé chaque fin du mois pour la location de cette chambre froide. Quant aux logements, le DG des Ressources halieutiques précise que c’est depuis 2009 que les logements ont été mis en location conforment à un contrat de bail pour montant de 200 000 FCFA et non 500 0000 FCFA. Mais il dit ne s’être rendu compte que récemment que le locataire paie à la DGRH la somme de 500 000 FCFA, contrairement au terme du contrat qui impose 200 000 FCFA. Pourquoi le décalage entre le montant prévu dans les clauses contractuelles et ceux réellement perçus par la DGRH ? Où  sont passés alors les 300 000 FCFA par mois depuis 2009 ? D’ailleurs, à quoi sont affectés ces sous versés à la DGRH?

A ce que dit le DG, les recettes issues de la location des logements servent à payer les factures d’électricité et d’eau d’une Direction de la DGRH. Quelle affaire !

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Simplice Zongo
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