PROJET VILLE APPRENANTE DE SOURGOUBILA : Le rêve risque de virer au cauchemar

L’affaire est en train d’entrer dans un cycle infernal qui risque de finir mal. Dans plusieurs de nos éditions, nous avons fait cas de ce projet dénommé «ville apprenante» dans le village de Song-Naba, Commune rurale de Sourgoubila. Ce projet, qui semble ne pas requérir l’accord de tous les acteurs du village, est en train de prendre une tournure très dangereuse. Les derniers développements n’augurent rien de bon. Le ton monte. La violence se pointe à l’horizon. Le Maire Alexandre Zagré semble avoir embarqué son Conseil  municipal dans un projet tiré par les cheveux. Les promoteurs, Yacouba Ouédraogo en tête, dos au mur, n’entendent pourtant pas lâcher l’affaire. Il faut vite rétablir la vérité avant que le pire n’arrive.

Sourgoubila retient son souffle ! La Commune vit au rythme d’une affaire mal ficelée et aux contours insaisissables. Personne ne peut prédire ce qui pourrait arriver les jours, semaines et mois à venir. Le projet ville apprenante est devenu un engrenage pour ses initiateurs et le Conseil municipal. «A l’origine, tout semblait beau. Ça faisait rêver. Un beau matin, des fils de la localité se sont présentés aux anciens du village pour leur faire une belle annonce : l’imminence d’un projet qui va contribuer au développement socioé-conomique du village de Song-Naba. Certains habitants s’en souviennent encore comme si c’était hier. Voici l’histoire à ses débuts racontée au village. «Un fils du village est rentré des études avec un projet en main et a décidé de l’implanter chez lui à Song-Naba. Il s’agit de la création d’usines, d’une voie bitumée de la RN 2 (route nationale Ouaga-Ouahigouya) à Song-Naba, des périmètres irrigués pour les cultures de contre-saison, des logements pour dédommager les propriétaires terriens, des centres de santé, etc.» Confie un habitant de Sourgoubila.

Une telle offre ne peut que faire rêver les habitants de cette localité. Au départ, «ils sont venus effectivement au village pour rencontrer les habitants, surtout les vieux. L’information qu’ils avaient à donner est qu’il y a un jeune originaire du village qui est rentré de ses études avec des diplômes d’ingénieur. Ce dernier avait le choix entre rester, y travailler ou rentrer chez lui, monter un projet qui sera financé et mis en œuvre au Burkina. C’est  alors  que le fils prodige du village a opté de rentrer auprès des siens et y implanter son projet.» Tout est donc parti de là. Ainsi commence l’histoire et ainsi rendions-nous compte de l’affaire dès le départ. Malheureusement, pour les initiateurs, la tournure de leur projet va faire voir clair aux populations de Song- Naba. Très vite, les populations se rendent compte qu’il s’agit ni plus ni moins qu’une arnaque en règle. Les inquiétudes commencent, les doutes aussi.

Certains propriétaires terriens à qui l’on avait fait miroiter la beauté et l’utilité du projet se rebiffent. Rien n’est clair. D’abord, les promoteurs de la ville apprenante expliquent qu’ils ont une délibération et un Arrêté du Conseil municipal. Faux ! Retorquent certaines personnes à Sourgoubila. A propos de délibération, elle ne fait nullement cas de l’octroi d’espace par le Conseil municipal à Yacouba Ouédraogo et à ses amis. En effet, la délibération fait cas d’une autorisation d’implantation de la structure MOREDA-ECF dans la Commune. Nulle part, il n’est question d’espace. Quant au prétendu Arrêté du Conseil municipal, les acteurs sont formels. Même au sein du Conseil municipal, en aucun moment, les conseillers n’ont eu, au cours d’une  session, à examiner un projet octroyant un quelconque espace.

Selon un Conseiller municipal, l’unique occasion au cours de laquelle, le Conseil a traité d’une question en lien avec MOREDA-ECF Sarl a été l’autorisation d’implanter la société dans le village. Qui a donc signé l’Arrêté en question ? Le Maire ? Si ce n’est lui, qui ? Mystère !

Voici ce que dit le fameux protocole signé, à la limite aux forceps, entre les «vieux» de Song-Naba, le principal promoteur et le Maire. «Suite à des pourparlers avec des propriétaires terriens, la Commune de Sourgoubila a octroyé à la structure MOREDA-ECF Sarl, un terrain d’une superficie de 358ha14a03ca dans le village de Song-Naba, pour la réalisation du projet de création d’une ville apprenante à l’issue d’une délibération n°2019-006/RPCL/PKW/CSGBL et d’un Arrêté n°2019-008/ RPCL/PKW/CSGBL pris en Conseil municipal portant autorisation d’implantation du projet MOREDA-ECF Sarl le 1er avril 2019». Le Conseil municipal cherche alors, en vain, le fameux Arrêté.

Quoi qu’il en soit, Yacouba Ouédraogo et ses amis vont foncer dans leur affaire. C’était sans compter avec la ténacité des populations de Song-Naba. Courant mars avril, période chaude de la maladie du Coronavirus, le gouvernement avait mis en quarantaine Ouagadougou. Curieusement, c’est en cette période que l’équipe de Yacouba Ouédraogo a choisi pour  quitter Ouagadougou et se rendre à Song-Naba en vue de poursuivre le projet : la pose des bornes. Mal leur en a pris. Les populations ayant constaté leur présence sont sorties opposer un non catégorique. Le feu allait être mis aux poudres.

Les coutumes entrent dans la danse

Dans tous les cas, les bornes n’ont pu être posées ce jour-là. Puis, les concertations se poursuivent au village au sein de la population. Selon les informations en notre possession, le chef de village, celui qui a donné sa bénédiction au projet et l’occupation des terres, est dans une mauvaise position. Selon les propos rapportés, ce dernier aurait entrepris des démarches de demande de pardon aux véritables chefs de terre dans deux villages. Cette démarche a été initiée justement parce que son initiateur aurait compris qu’il n’est pas le vrai propriétaire des terres cédées au projet. Mais pas seulement. En réalité, la situation commençait à tourner au vinaigre. Les vrais dépositaires des terres sous l’emprise du projet auraient fait des sacrifices sur leurs terres, tendant à dire que la personne qui estime que les terres lui appartiennent aille s’y implanter ou les occuper.

Ça sent le roussi ! Les ardeurs vont-elles se calmer autour de ces terres ? Le projet sera-t-il implanté en ces lieux ? Personne ne saura répondre. Toujours est-il que les initiateurs du projet ont porté l’affaire en Justice. Pour eux, ils ont été l’objet de menace de mort de la part de trois jeunes de Song-Naba qui seraient les meneurs. Les choses sont allées vite à ce niveau. Bien que déconseillés par des personnes ressources, au prétexte qu’il faut éviter de mettre de l’huile sur du feu, les plaignants vont mettre leur menace de plainte en Justice en exécution. C’est ainsi que l’on  apprend que les trois jeunes, convoqués pour être entendus par le Procureur du Faso près le Tribunal de Grande instance (TGI) de Ziniaré, ont été déférés sur- le-champ après audition.

Une session du Conseil municipal houleuse

Ne comprenant rien finalement dans les agissements du Maire et de son Conseil municipal, les populations de Song-Naba ont exigé de ce dernier des explications. Lors de la dernière session du Conseil municipal, les habitants de Song-Naba se sont ébranlés à Sourgoubila pour demander des comptes sur le projet. Selon les témoins, le Maire de la Commune avait voulu négliger la détermination des habitants massés dans la cour. Il aurait même tenté de refuser de les recevoir. Mais face à leur ténacité, ils seront finalement reçus par le Conseil. C’est à cette occasion que certains Conseillers municipaux seront mis au parfum de certaines informations qui leur étaient cachées. L’affaire risque de prendre des proportions insoupçonnées si rien n’est fait.

Aux dernières nouvelles, nous apprenons qu’il est prévu une marche de protestation contre ce projet dont la finalité n’est pas dans l’intérêt vrai des populations. Affaire à suivre !

Aimé NABALOUM
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