MINISTERE EN CHARGE DE L’ARTISANAT : Le rattachement des villages artisanaux au SIAO fait des gorges chaudes

Le Burkina Faso compte actuellement trois villages artisanaux à Ouagadougou, à Bobo- Dioulasso et à Kaya. Jusque-là, ces trois villages tentent tant bien que mal de jouer leur partition dans la promotion, la valorisation et l’exportation de l’artisanat burkinabè. Le Village artisanal de Ouagadougou (VAO), le plus ancien, reste l’une des vitrines à l’extérieur de l’artisanat burkinabè. Celui de Bobo-Dioulasso, après le départ de la Taïwan qui en était le bras financier, tente de trouver sa place, son opérationnalisation n’étant pas encore très efficace. Quant à celui de Kaya, sauf la question organisationnelle et l’emprise du terrorisme dans la zone, certains lui promettent un avenir certain.

Outre ces trois villages artisanaux, d’autres villages artisanaux sont dans les starting-blocks; l’objectif étant de doter toutes les 13 régions administratives de villages artisanaux. Les études de faisabilité sont toujours en cours. C’est dans ce contexte qu’en 2020, le ministère en charge de l’artisanat a entrepris de rattacher ces villages au Salon international de l’artisanat de Ouagadougou. Selon l’équipe de la Direction générale de l’artisanat, il n’en est rien. La Directrice générale explique qu’il s’agit d’une volonté du ministère de mieux organiser le secteur en lien avec le Plan national de développement économique et social (PNDES) en son axe 3.

En plus, elle soutient qu’il y a en arrière-plan, un objectif qui est de trouver un statut juridique aux différents villages artisanaux du Burkina. Puis elle ajoutera qu’il s’agit tout simplement d’une réflexion en cours. De ce fait, rien de bien clair n’est encore arrêté.

Les textes d’application semblent prêts

Et pourtant, un projet d’arrêté a été élaboré. Certains n’hésitent pas à s’en féliciter. Nous avons d’ailleurs pu consulter le projet d’arrêté, intitulé «Arrêté portant rattachement des villages artisanaux au Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO) ». Son article 1 est d’ailleurs bien précis : «Le village artisanal de Ouagadougou ainsi que les villages artisanaux du Burkina Faso, réalisés ou qui viendraient à être réalisés sont, par le présent arrêté, rattachés au Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO)». Au-delà du rattachement, les responsables du ministère entendent réorganiser le village artisanal de Ouagadougou, ainsi que les autres villages artisanaux et ceux qui viendraient à voir le jour.

Un groupe de travail qui fait jaser

Actuellement, sous la coupe de la Direction générale de l’artisanat du ministère du Commerce, le Village artisanal de Ouagadougou (VAO), par exemple, ainsi que les autres villages devraient être mis sous la tutelle de la Direction générale du SIAO, un Etablissement public de l’Etat (EPE).

C’est d’ailleurs dans cette optique qu’un groupe de travail a été mis en place par arrêté du ministre du Commerce, Harouna Kaboré. Ses missions étaient essentiellement de réfléchir et de faire des propositions en vue de l’éventuel rattachement. Il se trouve que la régularité d’un tel groupe de travail pose problème. En effet, afin de trouver un cadre légal et permanent de réflexion sur les questions de l’artisanat, il a été décrété la création du Cadre national de concertation des acteurs (CNCA) en 2018. Ce décret du 1er février 2018 venait abroger celui de 1994 portant création de la Commission nationale pour la promotion de l’artisanat (CNPA), une structure de réflexion et d’orientation du secteur de l’artisanat.

Mais à y voir de très près, les attributions du Cadre national de concertation des acteurs (CNCA) et celles du groupe de travail créé en 2020 par le ministère du Commerce sont identiques. Alors, pourquoi avoir ignoré l’existence du CNCA pour créer ce groupe de travail? La Direction générale de l’artisanat a sa réponse. Pour la Directrice générale de l’artisanat, le CNCA n’est mis en branle que quand il s’agit de questions transversales. Mieux, se défend-elle, soumettre la question du rattachement au CNCA serait bien lourd : ce serait trop. Le rattachement des villages artisanaux étant une question stratégique, le CNCA n’avait pas besoin d’être convoqué. Mais il y a plus curieux. Il nous revient que depuis sa création en 2018, le Cadre national de concertation n’a jamais été convoqué. Pourquoi ?

Quid de la Chambre des métiers ?

Il nous est revenu que les responsables de la Chambre des métiers de l’artisanat du Burkina Faso (CMA-BF) ne partagent pas ce projet. Nous avons voulu avoir le point de vue des responsables de la CMA-BF. Cela n’a pas pu se faire. Les premiers responsables estiment être toujours dans les rendez-vous et les discussions avec le ministère et ne souhaitent pas se prononcer pour l’instant. Mais, dans le cadre de ce projet de rattachement, quels rapports existera-t-il entre la Chambre des métiers de l’artisanat,  le SIAO et le ministère ? Pour certains, le vrai projet est d’arriver à réorganiser les villages, les contrôler ; toute chose que le ministère n’arrive pas à faire depuis de longues années.

Au ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, certains évoquent également la circulaire du Premier ministre invitant les membres du gouvernement à fusionner les EPE évoluant dans le même registre, et ce, afin de réduire le train de vie de l’Etat. Et jusqu’à preuve du contraire, les villages artisanaux ne sont pas des EPE. Mais la Directrice générale de l’artisanat estime que si le rattachement des villages artisanaux peut aider à la réduction du train de vie de l’Etat, ce serait bon à prendre. Cependant, au regard du contexte, une réduction du train de vie de l’Etat est difficilement envisageable avec ce projet de rattachement. Affaire à suivre.

Aimé NABALOUM
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