MONDE DES AFFAIRES : Deux ex-partenaires à couteaux tirés sur une affaire de 200 millions

L’affaire parait assez ambiguë et dégage une forte odeur de duperie. C’est l’histoire d’un partenariat entre, d’un côté, les frères Nana, et de l’autre, Tapsoba Euloge, promoteur de l’entreprise Adam’s leadership pour l’écoulement des produits agricoles (ALEPA). Au début, un plan d’affaires est proposé par Tapsoba Euloge à Nana Issa, inspecteur des Douanes avec qui, il était déjà en relation d’affaires. Ce plan d’affaires visait à mettre en place une unité industrielle d’une valeur d’environ 190 millions FCFA. Une Société à responsabilité limitée (SARL) est créée avec deux associés à bord, Tapsoba Euloge et Nana Tasseré, frère de Nana Issa. L’unité industrielle a été construite et financée par les Nana. En cours de route, la confiance entre les partenaires va s’effriter. Le promoteur Tapsoba Euloge veut mettre fin à la collaboration. La voie amiable proposée ne semble pas rencontrer l’assentiment des autres associés. Et l’affaire atterrit en Justice. La jeune entreprise, qui affichait pourtant déjà un avenir assez prometteur, est au bord de l’implosion.

L’entreprise Adam’s leadership pour l’écoulement des produits agricoles (ALEPA) existait depuis 2009  sous la forme d’entreprise individuelle, à en croire son promoteur, Euloge Tapsoba. Par la suite, la structure s’est vite taillé une place dans le domaine de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles. Un besoin d’augmenter la capacité de production s’imposait avec son corollaire de besoin crucial de financement. Explique-t-il. Entre-temps, il a été mis en relation avec une banque de la place par le truchement de programmes mis en œuvre par l’Ambassade de Danemark pour le financement de son activité. Nous sommes en juin 2016. Las d’attendre ce financement, Euloge Tapsoba soutient avoir décidé, sous la pression des engagements pris envers ses clients, de proposer un partenariat à Nana Issa, un douanier avec qui il entretenait déjà des relations d’affaires, car écoulant déjà sa production de maïs. Ce dernier, aux dires de Euloge Tapsoba, avait pour mission de financer en nature et en espèces, sous forme de prêt, l’installation intégrale d’une unité industrielle. En contrepartie, soutient Euloge Tapsoba, il s’engage à lui donner 50% du bénéfice net à la fin de chaque exercice pendant 5 ans et ce, après règlement total du prêt avec intérêt, selon un échéancier clairement établi.

Le cercle des paradoxes

Tout cela étant basé sur une relation de confiance, précise-t-il. Ainsi serait né un partenariat informel qui ne tardera pas à montrer ses limites. Euloge Tapsoba confie qu’après un moment de collaboration, l’inspecteur des Douanes, Nana Issa, a posé des préoccupations tendant à garantir sa situation car, pour lui, s’il arrivait quelque chose à l’un d’entre eux, l’accord verbal pourrait tomber dans l’eau. Pour régler cette question, la société ALEPA est passée de la forme individuelle à une Société à responsabilité limitée (SARL) avec les deux associés, à savoir Tapsoba Euloge et Nana Issa. Mais il y a un hic. Nana Issa étant un agent public, fonctionnaire des Douanes de son état. Cette situation l’a amené, explique son ex- partenaire, à ne pas mettre son nom sur les actes constitutifs de ALEPA SARL. Finalement, il aurait proposé le nom de son petit frère, Nana Tasseré. Ce dernier ne connaissant pas grand-chose du fonctionnement et de l’organisation de la société, encore moins du contenu du partenariat, son nom est en réalité le nom d’emprunt pour le fonctionnaire des Douanes qui avait grand besoin de dissimuler sa participation à cette société. Faux, rétorque Nana Issa, qui dit n’avoir été qu’un intermédiaire pour amener ses frères à accepter d’engager des fonds dans ce partenariat, parce qu’en plus de la relation de confiance qui existait entre lui et Tapsoba, l’affaire était, à tout point de vue, rentable. Ce sont ces deux frères, dont l’un vivant en Côte d’Ivoire et l’autre au Burkina qui ont financé intégralement l’unité. Lui, n’aura aidé ses frères dans ce partenariat que par un terrain de 3 ha qu’il avait acquis à Loumbila en 2012.

Dans le camp des Nana, l’on bat en brèche l’affirmation tendant à parler de garantie consistant à inscrire un nom sur les actes constitutifs de la société. Pour ce qui est du remboursement de l’investissement, les Nana disent avoir poursuivi, en vain, Tapsoba Euloge pour signer devant le notaire, une reconnaissance de dette et ce dernier arguant de certains prétextes pour ne pas le faire. Aussi, les frères Nana  soutiennent n’avoir jamais eu connaissance d’une ancienne société qui existait en la forme individuelle.

La déchirure

En mai 2017, l’investissement pour l’unité industrielle est évalué à 190 millions FCFA. Des contestations ne tarderont pas à naître sur certains montants déclarés, jugés souvent surévalués, surtout que, à en croire le gérant de la société, aucune facture des dépenses ne lui a été remise. Il a même fallu une réaction de la banque à la demande de financement déposée depuis 2016 pour terminer l’essentielle des travaux. Explique-t-il.

Depuis lors, ce n’est plus l’entente cordiale entre les deux. Il trouve en outre que l’associé « souterrain », Nana Issa, mettrait en cause les  accords de départ et compromettrait son projet et sa vision. Il se comporterait comme s’il était aussi propriétaire de l’entreprise et veut souvent lui imposer des employés, lui met la pression pour qu’il puisse prendre un commissaire aux comptes. Toutes  ces raisons analysées par Euloge Tapsoba et ajoutées à d’autres types d’ingérences incompréhensibles ont fini de le convaincre que son partenaire avait l’intention de faire main basse sur sa structure.

Après deux années, Euloge Tapsoba veut en finir avec cette collaboration. Pour cela, un règlement à l’amiable à travers un protocole d’accord est proposé. De commun accord, souligne Euloge Tapsoba, les deux «vrais partenaires» ont convenu, à coup de réaménagements, des modalités de la séparation. Le capital financier a été revu à 200 millions FCFA au lieu de 190 millions FCFA au départ et le remboursement se fera de la façon suivante : 55 millions FCFA au 31 décembre 2018 et 110 millions FCFA du 1er janvier 2019 au 31 juillet 2019. Le tout assorti d’un intérêt de 30 millions FCFA qui est prévu pour être payé du 1er août au 31 décembre 2019.  35 millions FCFA ayant été déjà remis à Nana Issa au titre du remboursement. Mais cet accord ne sera finalement pas consolidé par la signature des Nana.

Nana Tasseré veut voir clair dans la gestion

Pendant que Euloge Tapsoba s’active pour un règlement à l’amiable, il est cueilli dans son élan par une sommation d’huissier de Nana Tasseré, détenteur de 50% des parts de l’entreprise.  A en croire ce dernier, le gérant de la société n’a présenté aucun bilan financier et aucune instance n’a été convoquée malgré les interpellations. Ainsi, il demande au Tribunal de commerce de commettre un expert pour faire l’état de l’activité sociale ainsi que la situation économique et financière de la société. L’ayant suivi en partie dans sa demande, le tribunal a ordonné une expertise de gestion portant sur les contrats signés par la société ALEPA SARL avec les tiers ainsi que sur les opérations bancaires et les opérations de production et d’achat-vente effectuées par la société. Mais depuis lors, l’expert commis par la Justice peine à avoir les documents nécessaires pour faire son travail. Pour le camp Nana, il n’a jamais été question de s’approprier la société. Le gérant doit remplir ses obligations. Mais Tapsoba Euloge dit être surpris par l’action de Nana Tasseré avec qui il n’a jamais discuté des affaires de la société. La procédure est toujours  pendante en Justice. Jusqu’où ira-t-elle ? Affaire à suivre !

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Frédéric YAMEOGO
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