mine

NEGOCIATIONS DE CRISE A LA MINE DE YOUGA : La délégation turque claque la porte

Le bras de fer entre les travailleurs et l’Administration de la mine a finalement atteint un niveau inquiétant. Dans notre parution n° 263 du 1er au 14 juin 2019, nous décrivions les contours de cette affaire de licenciement déguisé, symptomatique d’un mépris sans précédent des lois et règlements en matière de droit de travail au Burkina. Cette situation a fini par entrainer un arrêt de fonctionnement de la Mine, suivi de multiples négociations initiées par des acteurs divers. Ces tentatives de concertations et de conciliation ont accouché d’une souris, et pour cause !

Les choses sont allées très vite après la parution de notre premier article. Les démarches des travailleurs pour éviter l’exacerbation de la crise n’ont pas connu les résultats espérés. Après moult tentatives et correspondances pour rencontrer les autorités, c’est finalement, le 13 juin 2019, que les travailleurs ont pu échanger avec les responsables du ministère en charge des mines. A l’issue de cette rencontre, en présence du directeur de cabinet, de la Secrétaire générale et du directeur de la géologie, les délégués de personnel ont été informés de l’arrivée d’une délégation d’autorités sur le site de Youga, le lendemain 14 juin.  Avant l’arrivée de cette délégation, l’Inspection du Travail de Tenkodogo y a aussi effectué une visite pour, dit-on, tenter d’apaiser les cœurs. Les travailleurs ont aussi eu une rencontre avec le chef exécutif des opérations de AVESORO, un haut responsable du groupe AVESORO avec qui ils ont des problèmes de management sur la mine.

L’arrêt de travail a donc ameuté tous les responsables. La délégation conduite par le Haut-Commissaire de la province du Boulgou et composée du Maire, du Préfet, du Directeur régional de la police, du commandant de brigade de la gendarmerie de Tenkodogo, du commandant de brigade de la gendarmerie de Zabré, d’un conseiller du ministre des Mines, de l’Inspecteur des mines a pu effectuer le déplacement de Youga. Malheureusement, les négociations vont connaître des incidents, plombant, du même coup, la suite. Cette lueur d’espoir suscitée par la visite des autorités a vite été douchée. Le principal point d’achoppement, un document synthétisant les préoccupations des travailleurs de BMC et ex-travailleurs a été mis sur la table pour servir de base de discussions. Cela n’a pas du tout plu aux représentants de la société turque qui ont claqué la porte au nez des autorités sur place. Face à cette réaction surprenante, nous apprenons que les délégués de personnel de BMC SA ont aussi, à leur tour, demandé à se retirer et les discussions concernant les préoccupations légitimes des employés et ex-employés seront renvoyées aux calendes grecques. Mais des sources concordantes, l’attitude de cette délégation est due à une entente entre ces derniers et les chefs coutumiers qui se sont invités aux négociations, mais de la mauvaise manière, car les intérêts s’opposaient à ceux des travailleurs dans cette foire de négociations.

Les coutumiers ont-ils vendu la lutte ?

En effet, les responsables de la mine d’or de Youga ont tenté d’utiliser toutes sortes de subterfuges pour se dérober des obligations qu’imposent les licenciements pour motif économique. Après avoir licencié environ 631 travailleurs du site, ils ont entrepris, par le biais de Orkun Group Sarl, la nouvelle société sous-traitante du garage et du service de la mine, une tentative de ré-embauchage d’environ 2/3 des licenciés, avec des contrats aux conditions précaires qui, naturellement, ont été littéralement refusés par les travailleurs. Ces derniers, du fait d’un système de rémunération horaire et du temps de repos de deux jours par mois jugés insignifiants au vu de la distance à parcourir et cela sans incidence sur les salaires proposés, vont opposer une fin de non-recevoir qui occasionnera une cessation des activités au niveau de la mine d’or, puisque l’extraction des minerais a été interrompue par manque d’opérateurs.

Selon des témoignages concordants, des chefs coutumiers de la localité se seraient invités à  cette affaire de négociations, en adoptant une stratégie suspecte et en total décalage avec le combat que mènent les travailleurs. Ils ont, de façon unilatérale, entamé, de leur côté, une négociation avec le patronat de la nouvelle société sous-traitante Orkun et la Direction de BMC SA. Ce qui, selon nos sources, a complètement altéré les négociations que devraient entreprendre les autorités venues sur place. Plus grave, ils seraient parvenus même à un accord sur les salaires et le temps de repos dans le dos des travailleurs directement concernés. Des informations qui nous parviennent, il ressort que des coutumiers ont tenté d’imposer ces conditions  aux travailleurs tout en leur faisant savoir que s’ils n’acceptaient pas, eux trouveraient des gens pour faire le travail. Tout était donc déjà calé avant l’arrivée des autorités. Celles-ci ont dû se contenter finalement de discuter avec les coutumiers, les OSC de la région et certains ex-travailleurs pour le réembauchage de la nouvelle société. Qu’est-il ressorti de cette rencontre finalement ? Est-on parvenu à des accords ? Les ententes souterraines entre chefs coutumiers et responsables de la nouvelle société ont-elles été actées ?

Toujours est-il que la société sous-traitante Orkun va procéder, sur le site de Youga, à des tests de recrutement le lendemain des concertations. Il nous revient également que la mine va commencer à fonctionner mais avec des travailleurs inexpérimentés, en majorité des autochtones, dont 70% sont nouveaux. En outre, rien que la semaine dernière, une première vague de 18 Turques a atterri sur la mine, visiblement, pour occuper les postes vacants. Nous y reviendrons !

Simplice ZONGO

Avatar
Ecrit par
Le Reporter
Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Avatar Ecrit par Le Reporter

Nous suivre sur…