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OPPOSITION POLITIQUE BURKINABE : Une mission presqu’impossible pour Eddie Komboïgo

Depuis la réélection du Président Kaboré, l’opposition politique enregistre des saignées importantes au point que l’on se demande si d’ici la fin du mandat, il en restera quelque chose. Jusque-là, il n’y a que le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) (dont le président est désormais le chef de file) et l’Alliance pour la démocratie et la Fédération, Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA) de Me Gilbert Noël Ouédraogo qui se sont publiquement affichés dans l’opposition. Bientôt un mois après la formation du gouvernement et le départ avec armes, bagages et militants de l’ex-patron de l’opposition à la majorité, il n’y a toujours pas de passation de charges du côté du chef de file de l’opposition. De même, le chef de file entrant n’a pas encore cédé son siège à l’Assemblée nationale. Pendant que la majorité prend son envol, scrutant déjà l’horizon des municipales de mai 2021, l’opposition se cherche.

Qui l’eût cru avant l’élection présidentielle du 22 novembre 2020 ? L’Union pour le progrès et le changement (UPC) à la mouvance présidentielle ? C’était impensable pour certains, même des militants du parti pour qui le Président Roch Kaboré et son régime étaient l’incarnation de l’incompétence et de la mal gouvernance. Son élection en 2015 était une grosse erreur historique que le peuple se devait de réparer en les propulsant, eux, à la tête de l’Etat. Mais au sortir du scrutin couplé législatif et présidentiel, le peuple électeur a confirmé son choix.

Cette réélection de Roch Kaboré semble les avoir enfin réveillés. Ce sont eux qui se sont lourdement trompés en croyant que le peuple ne savait pas ce qu’il faisait. Eux, ils ont choisi cette fois de rejoindre le choix du peuple. Car, comme l’a affirmé Zéphirin Diabré, « par leur vote, à l’occasion de ces élections législatives, les Burkinabè ont exprimé clairement leur volonté de ne plus voir notre parti, l’UPC, diriger le chef de file de l’opposition politique. Ils ont donc choisi d’opérer une alternance au niveau du CFOP… L’UPC ne siège plus au CFOP ». Avec son parti, militants et vuvuzelas, Zéphirin Diabré a donc plié bagages et rejoint la majorité où le Président Kaboré lui a fait l’honneur de conduire la mise en œuvre de l’un des points phares de son nouvel engagement avec ses compatriotes : la réconciliation nationale.

Ceux qui voulaient donc sauver le Faso du Président Kaboré et de son MPP (Mouvement du peuple pour le progrès) ont donc finalement décidé de renforcer son pouvoir et de participer à la mise en œuvre d’un projet politique qu’ils
jugeaient inopérant et inefficace quelques semaines plus tôt. Du chef de file de l’opposition, tirant sur tout ce qui bouge et bougeant sur tout ce qui tire, voilà, Zéphirin Diabré est devenu le monsieur réconciliation nationale, chargé de créer les conditions pour désarmer les esprits et pacifier le jeu politique au Burkina Faso. Pour ceux qui doutaient
encore, les discours des hommes politiques ne valent que pour ceux qui y croient. Ce n’est que du vent. Et ça peut donc changer au gré des vents. D’ailleurs, Zéphirin Diabré ne disait-il pas lui-même qu’il ne faut pas croire à tout ce que l’on dit dans les meetings ?

Une opposition réduite et à peine audible

Après les discours véhéments et parfois inquisiteurs, les opposants retrouvent les dures réalités du champ politique au Burkina Faso. Dans ce marécage boueux, il est très difficile de faire carrière dans l’opposition. C’était valable hier pour bien des acteurs politiques, c’est valable aujourd’hui pour Zéph. Bref, les élections de novembre 2020 marquent un tournant décisif dans la carrière de beaucoup d’hommes politiques, dont Zéphirin Diabré et presque tous les anciens opposants candidats à la présidentielle. C’est la fin pour beaucoup d’entre eux.

D’autres tenteront de se relancer soit en allant dans la majorité, soit en restant dans l’opposition. Ce qui est certain, il y aura moins d’acteurs qui quitteront la mouvance pour l’opposition. Du reste, l’on peut se demander combien resteront dans l’opposition qui semble désormais réduite à sa plus simple expression. Pour le moment, sur les 15 partis politiques ayant obtenu au moins 1 siège à l’Assemblée nationale, seule l’ADF/RDA et le CDP ont officiellement pris position pour l’opposition. Pour les autres, il faudra attendre encore. Apparemment, les négociations ne sont pas terminées et l’on peut s’attendre à ce que d’autres quittent le navire opposition pour rallier la majorité.

Le nouveau chef de file, Eddie Komboïgo, risque donc de se retrouver à la tête d’une opposition faible et instable. D’abord, le plus dur pour lui sera de maintenir la cohésion dans son parti. C’est là que jailliront ses premières et principales difficultés. Les rivalités et guéguerres d’avant les élections risquent de reprendre de plus belle. L’on verra
aussi quel rôle le fondateur Blaise Compaoré va pouvoir jouer désormais. Va-t-il continuer à s’afficher comme l’Alpha et l’Oméga d’un CDP désillusionné et qui se rend à l’évidence de l’impossible retour au pouvoir ? Où va-t-il enfin avoir la sagesse d’enfiler son costume d’ancien chef d’Etat en difficultés et qui devrait négocier un retour honorable au pays ? Tout porte à croire que la seconde option est la plus avantageuse pour lui et qu’il risque fort de s’y accrocher. Et dans ce cas, Eddie Komboïgo risque d’être le dindon de la farce. Les vieux loups de la politique qui partagent 26 ans de compagnonnage politique peuvent toujours trouver un terrain d’entente, même s’il faut sacrifier quelques apprentis politiques qui ont cru en leur jeu.

Ensuite, Eddie Komboïgo aura-t-il le tempérament et le sens du management politique nécessaires pour coordonner l’action de plusieurs partis politiques affiliés au chef de file ? La question mérite bien d’être posée quand on regarde tous les clivages qui se sont développés dans son parti et qui ont provoqué des inimitiés personnelles, notamment, avec les dissidents du CDP comme Agir Ensemble de Kadré Désiré Ouédraogo. Par ailleurs, les élections locales de mai prochain risque de renforcer davantage la majorité au détriment des partis d’opposition. Si la mouvance présidentielle parvenait à ravir la quasi-totalité des Conseils municipaux et régionaux, il est fort à parier que l’opposition risque de sombrer définitivement pour le reste du quinquennat de Roch Kaboré.

Enfin, la perspective de la réconciliation risque de déboucher, entre autres, sur un consensus politique et un gouvernement d’union nationale. Ce qui fera entrer toutes les tendances politiques dans l’Exécutif. L’opposition sera de fait dissoute ou mise en berne au nom de la réconciliation nationale.

En tout état de cause, Roch Kaboré n’a plus à s’inquiéter de son opposition. Sa voix risque d’être inaudible, elle ne pèse pratiquement pas dans la balance politique. Du reste, aussi bien le CDP que l’ADF/RDA entendent s’affirmer en une opposition constructive et engagée pour la réconciliation nationale. A cette allure, l’on risque donc d’avoir affaire à une opposition de pure forme, qui accompagne la majorité. Finalement, le chantier de la construction d’une opposition politique forte et crédible face au poids écrasant de la majorité risque d’être une mission impossible pour
Eddie Konboïgo.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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