pr charlemagne

PLAINTE DE L’ORDRE DES MEDECINS CONTRE LE PR MARTIAL OUEDRAOGO : Que fera maintenant le Pr Charlemagne Ouédraogo ?

L’affaire de l’essai clinique sur l’apivirine a pris une tournure inattendue. Le Professeur Charlemagne Ouédraogo, alors président de l’Ordre national des médecins du Burkina Faso et auteur de la plainte contre les personnes physiques et morales impliquées dans l’essai clinique de l’apivirine sur les humains, a changé de camp. Désormais ministre de la Santé, il se retrouve dans la peau de ceux contre qui il a intenté l’action. L’affaire est pendante en Justice. Les protagonistes évitent d’en parler à la presse. Le Professeur Martial Ouédraogo, principal accusé, dit être serein et promet des rebondissements dans l’affaire. Mais à y regarder de près, il y a de fortes chances que l’initiateur de la plainte prenne désormais la posture d’un accusé dans le dossier. Quelle affaire !

Le dossier de l’apivirine est très loin de livrer tous ses secrets. La dernière actualité en date de ce dossier est la plainte portée par l’Ordre des médecins le 28 décembre 2020 contre toutes personnes physiques et morales impliquées dans l’essai clinique qui a conduit à l’utilisation de l’apivirine sur des personnes humaines au Burkina Faso. Cela fait suite à la publication des résultats révélés par le Professeur Martial Ouédraogo, investigateur principal dans l’essai clinique. A en croire les termes de la plainte, l’essai clinique n’a pas respecté les dispositions du Code de santé publique et du décret n°2010-243/PRES/PM portant essai clinique au Burkina Faso. En effet, la disposition du décret imposant une autorisation délivrée par le ministère de la Santé avec l’avis d’un comité technique d’examen des demandes d’autorisation avant tout essai a été violée.

Aussi, le fait que l’équipe de recherche prenne connaissance du statut des malades de la Covid-19 afin de réaliser leur expérience clinique est vu par l’Ordre national des médecins comme une violation des données individuelles de santé de ces patients atteints de Covid-19. Pour toutes ces raisons, l’Ordre des médecins, à travers le Professeur Charlemagne Ouédraogo, a demandé au Procureur du Faso d’appliquer la loi pour protéger les populations. Du reste, la plainte est dirigée contre toutes les personnes physiques et morales impliquées dans l’essai. Pour le compte des personnes physiques, le Professeur Martial Ouédraogo, investigateur principal de l’expérience, vient en tête. Selon nos informations, le Pr Martial indique n’avoir pas été entendu par l’Ordre national des médecins dans le dossier apivirine. Ainsi, déplore-t-il le fait que l’Ordre puisse arriver à ce stade sans chercher à l’entendre d’abord. Il aurait été entendu que les choses se seraient passées autrement avec une autre tournure.

Il y a également un professeur du nom de Sylvain Ouédraogo, celui-là même qui a dirigé la recherche incriminée. Bien d’autres personnes, notamment, les membres de l’équipe de recherche, pourraient voir leur responsabilité
engagée. Les personnes morales qui pourraient être visées par la plainte sont l’hôpital Yalgado Ouédraogo, le ministère de la Santé, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, l’Agence nationale de régulation pharmaceutique, l’Institut de recherche en science de la santé et bien d’autres. Toutes ces structures citées ont, à un moment donné, posé des actes dans l’affaire de l’apivirine. Le hic, c’est la nouvelle position du Pr Charlemagne Ouédraogo, lui qui entendait faire rendre gorge au ministère de la Santé, il en devient le premier responsable. Répondra-t-il des agissements du ministre de la Santé dans ce dossier ? Quoiqu’il en soit, les agissements des acteurs impliqués dans le dossier renferment des incongruités qu’un procès pourra contribuer à éclaircir.

La genèse

En rappel, parmi les mesures prises pour lutter contre les premiers cas de Coronavirus, il y a deux essais cliniques pour évaluer l’efficacité et la sécurité de trois produits dans le traitement de la maladie à Coronavirus au Burkina Faso, dont l’apivirine gélule 500mg. Cet essai clinique est porté par le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation (MESRSI). L’on se souvient également du tollé suscité par l’utilisation de l’apivirine. Alors que dans les coulisses, l’on racontait que des autorités du Burkina avaient même été soignées par ce produit vivement contesté un peu partout, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, AlKassoum Maïga, confirmait les doutes et a fait savoir, au cours d’une conférence de presse, que certains malades confirmés de Covid-19 avaient déjà eu recours avec succès à la molécule apivirine durant leur maladie. Bien avant lui, le ministre de l’Education nationale, le Professeur Stanislas Ouaro, affirme sur un plateau télé être guéri de Covid-19 grâce à un traitement à base d’apivirine.

Cette situation a vite fait de susciter l’indignation dans le milieu de la pharmacie. Dans un communiqué en date du 2 avril 2020, la Direction générale de l’Agence nationale de régulation pharmaceutique (ANRP) du Burkina Faso a invité les populations à s’abstenir d’utiliser ce produit dans le traitement de la Covid19 parce qu’il serait nuisible. A
l’appui de cette fatwa contre l’utilisation du produit, le manque d’autorisation de mise sur le marché et d’autorisation dérogatoire d’importation. La cacophonie autour de ce produit va encore perdurer au Burkina Faso. Finalement,
malgré cette sortie de l’Agence nationale de régulation pharmaceutique (ANRP), elle va recevoir le dossier de
demande d’essai clinique sur l’apivirine introduit en avril 2020.

Selon ce qui est révélé, l’ANRP a transmis le dossier de demande au comité technique d’examen des demandes d’autorisation d’essai clinique (CTEC). Et c’est cette instance qui a donné un avis de rejet à l’ANRP. Des pièces règlementaires ont été demandées au promoteur pour combler les défaillances relevées, sans succès. Selon certaines indiscrétions, une rencontre s’est même tenue sous la houlette du Secrétaire général du ministère de la Santé, en septembre 2020. Au cours de cette rencontre, ce dernier a demandé à l’ANRP d’alléger le cadre règlementaire actuel
afin de prendre en compte l’apivirine parce que API-BENIN n’était pas à mesure de fournir les pièces règlementaires autorisant son ouverture, son exploitation et le certificat BPF prouvant que la structure est régulièrement inspectée par l’organe de régulation de son pays d’origine et attestant de la qualité pharmaceutique du produit. C’est dans ces conditions que l’essai clinique a été réalisé et les résultats publiés. Le procès à venir devra contribuer à éclairer beaucoup de zones d’ombre autour de l’apivirine. Affaire à suivre !

Avatar
Ecrit par
Simplice Zongo
Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Avatar Ecrit par Simplice Zongo