PRESIDENTIELLE ET LEGISLATIVES 2020 : Une reconfiguration de l’échiquier politique en perspective

C’est désormais acté ! Qu’il pleuve ou qu’il neige, les Burkinabè seront appelés aux urnes le 22 novembre prochain pour élire leur président et les 127 députés de la 8e législature. En attendant l’ouverture des campagnes électorales, c’est la saison des investitures et des intrigues de toutes sortes, mais aussi des discours politiques démagogiques et irréalistes, voire surréalistes. C’est aussi la saison des calculs, des ralliements et autres alliances tant naturelles que contre-nature. Le mois de juillet a enregistré 3 congrès d’investiture de candidats à l’élection présidentielle : Roch Kaboré, président sortant et candidat à sa propre succession ; Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition politique et challenger n°1 en 2015 ; Eddie Komboïgo, candidat de l’ancien parti au pouvoir ou de ce qu’il en reste. Il a enregistré également la prestation de serment du Professeur Abdoulaye Soma, nouveau venu sur la scène avec son parti Soleil d’Avenir. D’autres avaient été investis avant. D’autres encore le seront après. Pendant ce temps, les états-majors des partis politiques s’activent pour le choix des candidats à la députation. La bataille s’annonce âpre et certains partis risquent de payer cher leur gestion des ressources humaines. Pourvu que le Burkina s’en sorte avec moins de casse.

La scène politique retrouve progressivement son animation des veilles de campagnes électorales. Des posters géants de candidats par ci, des congrès et des assemblées générales et d’autres rassemblements par là. C’est parti pour quatre mois de bataille entre des vieux briscards avec leurs vieilles recettes fades et leurs stratégies de roublardise, leurs apprentis qui veulent tenter leurs propres chances et de nouveaux venus qui prétendent apporter l’alternative à la crise des valeurs et du sens de l’Etat.

Comme la présidentielle et les législatives couplées de 2015, le double scrutin du 22 novembre s’annonce comme l’un des plus ouverts de la 4e République. En effet, pour l’une des rares fois, la victoire du président sortant n’est pas une simple formalité. Presque tous ses challengers se mettent à rêver d’un second tour. L’opposition voudrait même se doter d’un accord pour soutenir le candidat le mieux placé à cet éventuel second tour face au président. D’autres, plus utopistes, évoquent une possible élimination du Président Kaboré dès le premier tour.

Cependant, il convient de le relever, tous ces discours et affirmations ne reposent sur aucune base scientifique objective. Chacun prend ses propres désirs pour la réalité. Il ne serait donc pas surprenant que le Président Kaboré soit réélu dès le premier tour. En l’état actuel des rapports de force sur le terrain et en dehors d’un travail scientifique irréfutable, tout porte à croire que l’on est plus proche de ce coup KO.

Au risque de susciter le courroux de certains politiciens se plaisant dans leur suffisance infantile et incapables de reconnaître et essayer de corriger leurs insuffisances, l’on peut affirmer sans crainte que le Président Kaboré a une longueur d’avance sur ses challengers. Il dispose d’une grosse machine électorale dont aucun de ses challengers n’a pu encore se doter sur toute l’étendue du territoire. Il aura également des moyens financiers et logistiques largement au-dessus de presque tous ses adversaires.

Enfin, et c’est bien malheureux, il a l’appareil d’Etat et tout ce que cela confère comme avantages, qui sera sans doute mis à contribution pour préserver le fauteuil présidentiel. Toutefois, il sera mal inspiré de dormir sur ses lauriers ou ses acquis. Sa gouvernance au cours de son premier mandat ne plaide pas trop en sa faveur. Les nombreuses déceptions et les   innombrables attentes non comblées des citoyens peuvent neutraliser tous ses avantages et acquis, si bien sûr ses opposants sont porteurs d’une offre alternative.

Malheureusement jusque-là, ils font preuve d’une extraordinaire timidité et semblent reproduire les mêmes offres et schémas en total décalage avec les défis auxquels le pays fait face. Leurs arguments phares restent encore l’échec du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), le parti présidentiel, et de ses alliés et la nécessité de mettre fin à leur règne. Pour le reste, ce sont les mêmes vieilles recettes inspirées des politiques importées et inadaptées aux réalités et aux potentiels du Burkina Faso et de l’Afrique.

C’est aussi et surtout le culte de la personnalité à l’endroit des leaders des partis présentés comme les nouveaux timoniers des temps modernes. Ce qui a été donné de constater lors des congrès d’investiture de Roch Kaboré par le MPP, de Zéphirin Diabré par l’UPC (Union pour le progrès et le changement) et d’Eddie Komboïgo par le CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès) indique clairement l’absence de ligne réelle de démarcation politique entre ces candidats et leurs partis. Quoi de plus normal ?

Malgré les discours parfois inutilement discourtois, ils sortent tous du même moule du système fondé par Blaise Compaoré. Tout va se jouer entre ces trois candidats. Toutefois, l’ancien Premier ministre et candidat déclaré du Mouvement Agir Ensemble peut jouer les trouble-fêtes. Il peut bénéficier du jeu trouble de Blaise Compaoré dont le soutien au candidat Eddie Komboïgo fait l’objet de plus en plus de doute.

L’impossible victoire solitaire aux législatives

En somme, il est possible de contraindre le Président Kaboré à un second tour, voire le battre loyalement. Mais pour y arriver, il faut un ou des challengers capables d’essayer d’autres recettes et de faire preuve d’un minimum d’innovation et de créativité dans l’action et le discours politique, de lucidité, d’humilité et surtout de sens élevé de la responsabilité dans leurs sorties régulières.

Il faut déjà bannir les discours qui préparent les esprits à une crise post-électorale. Certains discours tendant à affirmer péremptoirement que sans fraude, aucun candidat ne peut remporter la présidentielle dès le premier tour, sont de nature tendancieuse et dangereuse. Ils peuvent préparer et conditionner les esprits à refuser toute victoire, même loyale et régulière, au premier tour. Le discours politiquement correct devrait tendre à expliquer les opportunités qu’offre l’échiquier politique actuel en termes d’équilibre entre les forces en présence, à motiver les Burkinabè à adhérer massivement à son programme.

A force de passer le temps à s’occuper de leur adversaire plutôt qu’à réfléchir à des offres de rupture réelle et d’occuper le terrain, l’opposition risque elle-même d’offrir la victoire sur un plateau d’or à Roch Kaboré. Si l’on y ajoute la multiplication des candidatures en son sein, l’on peut craindre un émiettement des voix des déçus de la gouvernance du Président Kaboré. L’un dans l’autre, l’opposition risque elle-même de se tirer une balle dans le pied et pourrait en payer cash les conséquences.

Des combats trop serrés en perspective

Quid des législatives ? Là encore, rien n’est joué d’avance. L’on pourrait même dire que ce sera plus difficile. Comme en 2015, le président élu n’aura certainement pas la majorité au Parlement. Ce sera une grosse surprise s’il y arrivait. L’on est parti pour avoir les élections les plus serrées de ces deux dernières décennies. Déjà, la majorité actuelle et surtout le parti au pouvoir risque d’enregistrer des saignées après le choix des candidats. Dans plusieurs provinces, les querelles internes pour le leadership local et les bagarres de positionnement laissent entrevoir sur les listes des déchirures préjudiciables au parti présidentiel.

Dans le même ordre d’idée, certains partis alliés comme l’UNIR/PS (Union pour la renaissance/ Parti sankariste), le NTD (Nouveau temps pour la démocratie), le RDS (Rassemblement pour la démocratie et le socialisme) risquent de perdre du terrain. A voir l’érosion, apparente ou réelle du poids du MPP et de ses alliés sur le terrain, la faiblesse du leadership dans plusieurs provinces du pays, l’on est fondé à penser que la majorité actuelle ne pourra pas se renouveler. Presque tous ces partis, y compris le MPP, risquent de voir le nombre de leurs élus à l’Assemblée maigrir comme une peau de chagrin.

Mais la majorité n’est pas la seule à craindre une baisse drastique du nombre de ses élus. L’UPC également a très peu de chance d’obtenir la trentaine de sièges qu’il a eue en 2015. Certains observateurs estiment même qu’elle risque de perdre le poste du chef de file de l’opposition au profit d’Eddie Komboïgo du CDP. Bien sûr, dans l’hypothèse où aucun d’eux n’a pu se faire élire président du Faso. Ce qui risque fort d’arriver. En 5 ans, l’UPC a perdu plus de cadres qu’il en a recruté ou maintenu. 13 de ses députés ont déjà abandonné la maison mère. Certains d’entre eux se retrouveront sur le terrain face à leurs anciens compagnons dans les mêmes circonscriptions électorales. Ce qui est certain, pour beaucoup de députés de l’UPC, le renouvellement du mandat ne sera pas chose aisée. Malheureusement, l’on  n’a pas vu d’autres cadres émerger durant ces 5 ans. Zéphirin n’a pas pu faire le mercato politique (recrutement entre deux campagnes électorales) nécessaire pour la victoire.

Une incertitude totale

Il en est de même pour le CDP dont certains cadres ont rejoint le Mouvement Agir Ensemble de Kadré Désiré Ouédraogo. Les dirigeants actuels du parti ont beau négliger l’impact de ces départs sur ses résultats aux prochaines échéances électorales, le terrain pourrait fort bien leur apporter un cinglant rappel à la lucidité. Dans plusieurs provinces, le CDP risque, comme l’UPC, d’avoir d’énormes difficultés à trouver les hommes et les femmes qu’il faut pour engranger des victoires. Une chose est d’avoir le potentiel électoral, une autre est de trouver les hommes et les femmes capables de mobiliser ce potentiel. Mieux, certains petits partis politiques et les regroupements d’indépendants vont également recruter dans leurs rangs tout comme dans ceux de la majorité.

En tout état de cause, les combats pour les législatives seront encore plus disputés que la présidentielle. L’incertitude y est totale. L’on peut même espérer une cohabitation, à savoir qu’une coalition d’opposition obtient la majorité au détriment du parti du président élu. Ce qui obligerait ce dernier à nommer un Premier ministre issu des rangs de la majorité parlementaire comme prévu par la Constitution du Burkina Faso. A contrario, l’on pourrait avoir des alliances inattendues. Ce qui est certain, les résultats des législatives du 22 novembre vont, à coup sûr, engendrer une situation politique inédite. Sur ce plan au moins, l’on peut affirmer que les choses ont changé. Les résultats des élections ne sont pas connus d’avance. Plusieurs partis ou regroupements de partis ou d’indépendants pourraient surprendre plus d’un à l’arrivée. La bataille risque donc d’être sans concession. Ces élections couplées pourraient également sonner définitivement le glas de certains partis politiques. Pourvu qu’au final, le processus démocratique se retrouve renforcé et que le Burkina Faso s’en sorte dans la paix et la stabilité.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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