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PROCÈS DU PUTSCH MANQUE : Tous embarqués par la crainte des insoumis?

Le procès du putsch manqué de septembre 2015 avance lentement mais sûrement vers son épilogue. Depuis le lundi 5 novembre dernier, c’est la dernière liste d’accusés avec de grosses têtes, dont les deux généraux Diendéré et Bassolé à l’affiche. Deux sont déjà passés à la barre du Tribunal militaire. Une fois de plus, leur audition, malgré quelques contradictions mineures, indique clairement que l’Armée burkinabè, héritée de Blaise Compaoré, surtout la haute hiérarchie militaire, était un désastre pour le pays. L’honneur, la dignité et la discipline n’y étaient pas des valeurs cardinales. Et Diendéré le savait bien ! Ce putsch n’aurait pas eu lieu si cette haute hiérarchie avait été capable de fermeté et de responsabilité.

A plusieurs reprises et relativement au putsch manqué du Général Gilbert Diendéré et compagnie, nous l’avons écrit. L’absence de la haute hiérarchie militaire dans le box des accusés peut légitimement paraître injuste aux yeux de certains accusés et de biens des observateurs. Car, pensons-nous, ne serait-ce que par inaction, les chefs militaires ont contribué à rassurer les éléments incontrôlés (mais, en réalité, contrôlés par des officiers à qui profitait leur indiscipline) du RSP qu’ils pouvaient se permettre impunément tout. Tous semblaient avoir une peur bleue du RSP et de ses hommes. Le Colonel-Major Boureima Kiéré, l’un des officiers poursuivis dans ce procès, a clairement affirmé son impuissance face à des hommes censés pourtant lui devoir obéissance et respect en tout ce qu’il leur commande, puisqu’il a été chef de Corps de cette garde prétorienne de Blaise Compaoré. Il semble en vouloir aux autres de n’a- voir pas été plus courageux que lui. Car, dit-il, «si le CEMGA (Général Pingrenoma   Zagré) s’était montré ferme en dénonçant le coup d’Etat, le général Gilbert Diendéré   aurait peut-être reculé». Oui peut-être! Mais le CEMGA s’est sans doute laissé guider comme lui, par l’instinct de survie. On l’a loupé une fois. Il n’a certainement pas voulu donner une occasion à ceux qui l’ont raté en 1988 d’attenter à nouveau à sa vie.

Bref, des auditions du Commandant Aziz Korogo (chef de Corps du RSP au moment des faits) et du Colonel-Major Boureima Kiéré (chef d’Etat-Major particulier à la Présidence du Faso, imposé comme successeur de Diendéré à ce poste par des éléments du RSP au début de la Transition), il ressort clairement que le commandement de l’armée n’a pas été à la hauteur. Le premier affirme avoir voulu rendre sa démission (si c’est vrai, l’on peut dire qu’il est un homme d’honneur et digne du galon qu’il portait) mais a été instruit par la haute hiérarchie de rester pour jouer les médiateurs et contrôler ses hommes. L’Etat-Major a donc préféré jouer à la médiation en lieu et place d’exercer l’autorité qu’il incarnait. Certains militaires, comme le Médecin-Colonel Mamadou Bamba, diront que c’est le terrain qui commande la manœuvre. Mais tout de même ! Malheureusement, ce choix a valu à un jeune officier de se retrouver devant la barre du Tribunal  militaire où sa carrière est en jeu.

Qui est fou ?

Quant au Colonel-Major, il a été rattrapé par tant d’années d’obéissance aveugle au Général Diendéré sous les ordres de qui il a pratiquement fait l’essentiel de sa carrière. A moins que lui aussi, comme les autres officiers, ne tremble comme une feuille morte à la vue de son chef. Tout semble indiquer qu’il  est plutôt dans la seconde hypothèse. En effet, à la barre du Tribunal militaire, il affirme avoir été contre le putsch mais ne pouvait affronter son chef. Le Général Diendéré n’aurait même pas eu le moindre respect pour ces longues années de compagnonnage en l’informant de son initiative. Il aurait appris l’arrestation des autorités de la Transition après le fait accompli. Il était contre mais il n’a eu d’autre choix que d’accompagner Diendéré à toutes les rencontres et négociations pour l’instauration de son pouvoir usurpé. Il est même allé jusqu’à la signature de la déclaration de création du Conseil national de la démocratie et qui consacrait le Général Diendéré, chef de l’Etat.

Que pouvait-il faire, surtout quand le chef d’Etat-Major général des armées, en personne, a accepté d’accompagner le putschiste. A ce sujet d’ailleurs, comme pour montrer qu’il avait raison d’avoir peur, il note qu’à l’arrivée du Général Diendéré à une réunion le 17 septembre 2015 après la proclamation du putsch, c’est le CEMGA himself qui a annoncé «le président du CND» et lui a cédé sa place pour diriger la séance. Qui est fou ? Si le CEMGA lui-même cède son fauteuil au Général putschiste, lui Kiéré n’est pas fou pour prendre le risque de rejeter le putsch.

Un autre élément qui a imposé la peur aux officiers, c’est la présence d’un élément armé, en l’occurrence le Caporal Sami Da, lors de la première rencontre des officiers avec le Général Diendéré, dans la soirée du 16 septembre 2015, au cours de laquelle, l’information  de l’arrestation des autorités de la Transition leur a été officiellement portée. Tous notent que cette présence visait à les tenir en respect. Et c’est réussi. Tous affirment que le rapport de forces était du côté des insoumis avec à leur tête, le Général Diendéré. Si les officiers du RSP se sont sentis en insécurité, ne faut-il pas donner raison au Colonel Bamba qui a avoué, lors de son interrogatoire, avoir une peur bleue du RSP ?

L’on a une armée commandée par des officiers incapables d’exercer leur autorité sur des bandes d’insoumis qui ont été fabriqués et instrumentalisés pour les tenir en respect et au besoin, leur faire subir la loi de la terreur. En plus de leur insubordination, ces éléments incontrôlés savaient obéir aux chefs qui les gratifiaient de temps en temps de quelques gestes de générosité. Là encore, presque tous les officiers qui sont passés à la barre l’ont reconnu. Le Colonel-Major le confesse d’ailleurs quand il accuse son ancien adjoint devenu chef de l’Etat, puis Premier ministre de la Transition, le Général Yacoubla Isaac Zida (alors Lieutenant-Colonel), d’avoir été à la base de tous leurs malheurs. «Comme s’il (Zida) avait beaucoup d’argent, il en a utilisé pour diviser le RSP et avoir des éléments acquis à sa cause».

L’on comprend donc pourquoi l’argent a circulé dans le cadre de ce coup d’Etat. En l’espace de deux semaines, ce sont plusieurs centaines de millions de francs CFA qui ont été mobilisés pour distribuer aux soldats et à des hommes politiques pour contribuer à asseoir le pouvoir usurpé.

Finalement, ce procès, au-delà du putsch manqué pour lequel les accusés comparaissent, permet, comme nous l’avions déjà relevé, de lever un coin du voile sur la réalité de l’armée que Blaise Compaoré a fabriquée pendant ses 27 ans de règne. Un commandement qui ne commande pas et des soldats insoumis, devenus de véritables menaces pour leurs chefs, les institutions et pour la sécurité des personnes et des biens. En attestent les mutineries de 2011, dont celle du RSP le 14 avril qui avait fait fuir  Blaise Compaoré de Kosyam pour revenir le lendemain et au cours de laquelle, des soldats auraient attenté à la vie de certains officiers, dont le Général putschiste.

Quand on analyse froidement ce qui se dit au procès du putsch manqué, l’on comprend aisément les difficultés que l’armée dans son ensemble a aujourd’hui pour apporter des réponses fortes et bien organisées à la situation sécuritaire précaire actuelle. Malheureusement, bien des jeunes soldats et officiers, parfois militairement bien formés, ont été formatés pour exceller dans l’indiscipline, tant qu’ils servent des intérêts et des ambitions des princes et leur cour. L’armée républicaine à la hauteur des défis actuels est totalement à reconstruire avec un nouveau type d’officiers non formatés dans le moule de la peur et de l’embourgeoisement, plus proches de leur troupe qui, en retour, se soumet à leur autorité. Ce procès doit au moins servir à enseigner l’ordre et la discipline, le patriotisme, le respect des institutions et de l’autorité pour que plus jamais, il n’en vienne encore dans la tête de certains militaires (officiers et hommes du rang) de vouloir arbitrer le jeu politique ou d’usurper le pouvoir d’Etat.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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