diendere

PROCES DU PUTSCH MANQUE : Vivement que l’on en finisse enfin !

Le procès du putsch manqué de septembre 2015 tire inexorablement vers sa fin. Plus l’on avance, plus il perd de son intensité et son intérêt aux yeux de l’opinion nationale. L’on avait espéré que les Avocats de la défense sortent l’artillerie lourde avec des arguments et des révélations de choc qui, à défaut de changer l’opinion que les Burkinabè se font déjà du procès, contribueraient du moins à nuancer certaines perceptions d’avant procès. Mais finalement, jusque-là, rien de nouveau du côté de la salle des banquets de Ouaga 2000 ; les Avocats se succèdent et pas vraiment grand-chose à se mettre sous la dent. Les prévenus persistent à jongler entre demande de pardon et rejet systématique de leur responsabilité dans ce coup d’Etat. Bien des Burkinabè espèrent qu’on en finisse au plus vite pour que le tribunal puisse livrer son verdict.

Ce procès aura été, jusqu’au bout, celui de toutes les contradictions et tous les usages du droit pour défendre les droits des accusés ou des victimes. Les débats publics et contradictoires ont donc caractérisé ce procès. Entre exceptions d’inconstitutionnalité de certains textes de loi en lien avec la procédure (Code de justice militaire et certaines dispositions du Code pénal), des remises en cause de l’instruction et même de la légalité du pouvoir de la Transition, de dénonciations de manœuvres dilatoires pour gagner du temps et discréditer la juridiction et le jugement qui en sera issu, les acteurs auront tout tenté, jusqu’à cette étape des plaidoiries. Après les parties civiles dont les Avocats ont réaffirmé leur conviction de la culpabilité de certains prévenus, notamment deux généraux, Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé, et d’autres officiers et sous-officiers, c’était le tour du Parquet militaire d’enfoncer le clou en requérant contre eux, les deux premiers, la prison à vie et la déchéance de leur grade de Général.

Depuis, les prévenus et leur défense tentent, par tous les moyens, de déconstruire et de démonter les arguments du Parquet. Pour eux, le Parquet n’a pas réussi à apporter la moindre preuve de leur culpabilité. Dans ce registre, l’on peut noter, entre autres, le cas du cerveau présumé du putsch manqué, le Général Gilbert Diendéré, et sa défense. Une fois de plus, et avant l’entame de leurs plaidoiries, ils ont introduit un recours en inconstitutionnalité de l’article 67 du Code pénal, entraînant une suspension du procès pendant une dizaine de jours. Ce recours a été déclaré mal fondé par les sages. A la reprise de l’audience, le Général et ses conseils ont tenté de faire encore feu de tout bois. Pendant une semaine, les Avocats ont tenté de démontrer que leur client n’a effectivement ni commandité, ni planifié, ni exécuté le coup d’Etat du 16 septembre 2015. Il serait plus victime de la clameur populaire, de l’opinion et non en conflit avec la loi. Or, de leur point de vue, l’opinion ne fait pas le droit et la justice.

Curieusement, à peine ont-ils fini leur démonstration au prétoire, ils organisent une conférence de presse pour alerter la même opinion sur les manquements dans la procédure. Pourtant, ils l’avaient déjà dit au tribunal. Pourquoi ont-ils eu encore besoin de prendre l’opinion à témoin si tant est qu’elle ne peut pas et ne doit pas influencer la décision du tribunal ?

Devant le tribunal,  la défense de Gilbert Diendéré a tenté de justifier son rôle dans le putsch en réitérant la thèse selon laquelle, le général a assumé la vacance du pouvoir pour éviter le chaos. Mais les faits sont là, têtus : le chaos n’a été évité qu’a- vec la fin du putsch. Pendant une semaine, le pays a été mis à feu et à sang à cause de cette prise irresponsable du pouvoir par les armes. Si l’intention du Général était d’éviter le chaos, alors, il doit admettre qu’il a lamentablement échoué, parce qu’il n’a fait qu’encourager les putschistes dans leurs égarements, aggravant ce risque de Chaos dans le pays. La vérité est que le calme est immédiatement revenu après qu’il a été contraint à la reddition. En tant qu’officier supérieur, il devrait assumer sa responsabilité d’avoir au moins mal apprécié la situation. Mais non, il considère qu’il n’a commis aucune faute. Mieux, il l’a fait  parce qu’on le lui a demandé.

Le camouflet de Jean-Baptiste Ouédraogo

Dans sa plaidoirie Me Jean Dégli, l’un des Avocats du Général, a affirmé que c’était sur recommandation de l’ancien Président Jean-Baptiste Ouédraogo que son client a pris la responsabilité de combler la vacance du pouvoir en se proclamant président du Conseil national pour la démocratie (CND), président du Faso. Faux ! Rétorque ce dernier dans un entretien accordé à nos confrères de RFI : «Je n’ai jamais tenu de tels propos», clame, formellement, Jean-Baptiste Ouédraogo, allant même jusqu’à qualifier ces propos de «délirants». Jean-Baptiste Ouédraogo va plus loin pour affirmer qu’en tant que médiateur, Monseigneur Paul Ouédraogo et lui-même, avec la hiérarchie militaire de l’époque, ont  tenté, en vain, de faire entendre raison au Général Diendéré et sa «horde d’insoumis». Du reste, ils l’avaient clairement affirmé, lors de leur passage en tant que témoins à la barre du Tribunal militaire. Et même si le Président Jean-Baptiste Ouédraogo lui avait effectivement dit de prendre le pouvoir, cela peut-il constituer un argument de droit pour justifier son acte ? Le tribunal saura certainement répondre et apprécier ces arguments de la défense du Général Diendéré.

Quid de la  vengeance ? Durant tout ce procès, l’on a entendu des accusés, le Général Diendéré en tête, crier à une volonté de vengeance qui aurait entaché la procédure et même le procès. Qui veut se venger de qui et pourquoi? Qui peut embarquer l’appareil judiciaire, forcer l’Etat à mobiliser autant de ressources humaines et financières, à mobiliser une bonne partie de l’opinion nationale pour juste se venger des accusés ? Se venger de quoi ? Qu’ont-ils bien pu faire et à qui pour mériter une telle vengeance collective ?

Sans doute conscients de leur passé peu glorieux, des torts qu’ils ont causés à bien de leurs compatriotes, certains accusés semblent avoir des problèmes de conscience. Du fond  de leur cellule et de leur être, ils savent ce qu’ils ont fait à certains fils et filles de ce pays dont les familles souffrent encore le martyre. Mais ces familles sont-elles devenues subitement assez puissantes pour utiliser l’appareil d’Etat, notamment l’institution judiciaire, pour prendre leur revanche ? Comme le cerveau présumé, la plupart des prévenus continuent de clamer leur innocence et leurs Avocats ont plaidé pour l’acquittement pour infraction non constituée. Peu de prévenus se reprochent de quelque chose dans ce coup d’Etat. Là encore, le tribunal appréciera, le moment venu, tous les arguments de droit qu’ils ont fait valoir au cours de ces longs mois.

L’extraordinaire sérénité du président du tribunal

Le procès tire vers sa fin, même si certains donnent l’impression qu’ils veulent le voir durer encore aussi longtemps que possible. Chaque partie, surtout les prévenus et leur défense, s’est battue avec toutes les armes dont elle dispose pour faire valoir ses arguments de droit. Jamais un tribunal n’aura été autant soumis à toute la rigueur et tous les principes et exigences du droit que celui présidé par Seydou Ouédraogo qui, avec une extraordinaire sérénité, un calme et une grande dose de sagesse, dirige les débats. Il a constamment veillé au respect des droits de chaque partie. Chaque fois que de besoin, il n’a pas manqué d’interpeller chaque intervenant sur les manquements ou les dérives dans les débats. Parfois, il a laissé passer des sorties de route pour permettre à certains acteurs de se défouler et de se rendre eux-mêmes compte de leurs exagérations. Malgré tous les agissements des acteurs (prévenus, Avocats, auditoire ou témoins), le président du tribunal s’est élevé jusque-là à la dignité et à la hauteur de la tâche qui lui incombe. Grâce, entre autres, à son attitude et son professionnalisme, les choses avancent lentement mais sûrement vers la fin. Il ne reste plus à espérer que la même sagesse l’habitera, lui et les membres du tribunal, jusqu’à la décision finale.

Tous les Burkinabè épris de justice rêvent que le droit soit dit dans toute sa rigueur. Il ne s’agit pas de condamner X ou Y pour ce qu’il est ou a été, mais de rendre justice et dire le droit. Le procès a permis à tous ceux qui aspirent à la justice, loin des passions et des jeux d’intérêts, d’être suffisamment édifiés sur bien des pans de cette affaire de putsch manqué, sur les acteurs et leur état d’esprit avant, pendant et après les faits. Pour le reste, la justice finira sans doute sa part du boulot, en acquittant ceux qui doivent l’être et en condamnant à la hauteur de leurs actes, ceux qui doivent l’être. Vivement que l’on y arrive le plus tôt possible et qu’on en finisse avec ce procès qui n’a que trop duré et qui perd de plus en plus son intérêt auprès des Burkinabè. Tous les regards sont désormais tournés vers le verdict.

Boureima OUEDRAOGO
Ecrit par
Boureima OUEDRAOGO

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Nunc rhoncus sagittis tortor, a posuere tellus cursus suscipit. Pellentesque euismod aliquam lectus vel aliquet.

Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Boureima OUEDRAOGO Ecrit par Boureima OUEDRAOGO

Nous suivre sur…