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PROJETS ROUTIERS AU BURKINA : Des marchés octroyés à des entreprises à capacités douteuses selon le REN-LAC

Le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) a organisé le vendredi 21 février 2020, un atelier de restitution d’étude, le suivi citoyen de trois projets routiers du ministère des Infrastructures. Ce suivi citoyen a concerné depuis 2018, les travaux d’aménagement et de bitumage de la RN4 jouxtant l’hôpital Yalgado Ouédraogo au Centre, de la route Manga-Zabré dans le Centre-Sud, et ceux de la route Kantchari-Diapaga-Tansarga-Frontière du Bénin dans l’Est du Burkina. Il ressort qu’aucun projet ne connait un niveau d’exécution conforme aux prévisions pour diverses raisons.

Pour le REN-LAC, le suivi citoyen apparaît comme un regard externe critique, du processus de mise en œuvre des infrastructures publiques, routières en l’occurrence, depuis leur conception jusqu’à la réception et à l’utilisation des infrastructures. Ce suivi avait pour objectif de contribuer à améliorer la qualité des infrastructures routières réalisées par l’Etat. C’est dans ce cadre que depuis 2018 et conformément à son plan stratégique 2017-2020, une restitution est faite pour communiquer sur l’ensemble des projets suivis. Pour l’année 2019, trois projets routiers ont été passés à la loupe du REN-LAC. Le suivi citoyen de ces trois projets routiers a surtout mis l’accent sur le respect des procédures de passation des marchés ; le respect des délais d’exécution des travaux ; le respect des dimensions des routes en lien avec le dossier technique et le respect des engagements de l’Etat vis-à-vis des personnes affectées par les projets.

D’une manière générale, pour l’ensemble des trois projets, à savoir les travaux d’aménagement et de bitumage de la RN4 jouxtant l’hôpital Yalgado Ouédraogo, la route Manga-Zabré et celle de Kantchari- Diapaga-Tansarga-Frontière du Bénin, aucun ne connait un niveau d’exécution conforme aux prévisions. En effet, les délais d’exécution des projets ne sont pas respectés. Le summum, selon les acteurs du suivi, est atteint par l’aménagement et le bitumage de la RN4 jouxtant l’hôpital Yalgado Ouédraogo, qui connait un retard de plus de deux ans. Censés prendre fin depuis le 31 décembre 2017, les travaux ne sont encore qu’à 75,76% de taux d’exécution physique à la date du 28 octobre 2019.

L’entreprise COGEB International, malgré les deux (02) avenants sans incidence financière sur le budget des travaux mais avec incidence financière sur le budget du bureau de contrôle AGEIM dont il a bénéficié, un troisième avenant a de nouveau été introduit par l’entreprise pour espérer finir en février 2020. Parmi les raisons invoquées, il ressort que COGEB International connait un gros problème de trésorerie. En outre, l’entreprise procède par transfert de ressources financières d’autres chantiers à sa charge pour réaliser certains travaux du chantier en question.

Le REN-LAC accuse l’Etat burkinabè d’être en partie responsable de cet état de fait. En effet, c’est lors d’un appel d’offres restreint que l’Etat burkinabè a proposé quatre (04) entreprises, estimées capables d’exécuter le chantier. Selon les responsables du suivi, l’Etat burkinabè a justifié cet appel d’offres restreint par  : « …la complexité du projet (comprenant un mini-échangeur), sa particularité en raison du fait qu’il draine un trafic international d’une part, et de qualité ainsi que de la célérité recherchée, d’autre part … ».

A la lumière de toutes ces difficultés, les contrôleurs, quant à  eux, ont conclu que cette procédure exceptionnelle justifiée par la recherche de la célérité n’était pas pertinente. Mieux, selon eux, cet appel d’offres a permis à une entreprise à capacités «douteuses» de bénéficier d’un marché qu’elle n’était pas  en mesure de terminer.

Pour ce qui est des travaux de bitumage de la route Manga-Zabré dans le Centre-Sud, il ressort que le Groupement d’entreprise ATB/SGTI/KF n’était qu’à 42,92% de taux d’exécution globale des travaux pour un délai consommé à 95,20% à la date du 24 octobre 2019. Les travaux débutés le  26 novembre 2017, devraient prendre fin le 27 novembre 2019. Les difficultés rencontrées par le Groupement dans l’exécution des travaux demeurent le manque criard de personnel.

La route Kantchari-Diapaga-Tansarga-Frontière du Bénin, à l’Est du Burkina, connait également la même réalité. Cette composante concerne la construction et le bitumage de 145 km de route répartis en deux lots distincts : lot 1 : Kantchari — Diapaga (70 km) assuré par l’entreprise SOROUBAT et lot 2 : Diapaga — Tansarga — Frontière du Bénin (75 km) assuré par l’entreprise CSE.

Pour le Lot 1, il était à un taux d’exécution globale d’environ 35% pour un délai consommé de 46,24% à la date du 17 octobre 2019. Quant au lot 2, il était, quant à lui, à 0% d’exécution pour un délai consommé à 26% et aucune trace d’installation de la base matérielle n’a été constatée sur les lieux, à la même date du 17 octobre 2019, ont souligné les acteurs du suivi. La situation d’insécurité est la raison invoquée par l’entreprise. Elle avait demandé une suspension de six mois, mais l’Etat lui avait finalement accordé deux mois. Cette suspension ne lui a pas permis de débuter les travaux.

Pour le REN-LAC, avec la dégradation avancée de la voie, il revient à l’Etat de trouver une solution pour l’entretien de la route en attendant le démarrage effectif des travaux. Il préconise, par ailleurs, la suspension pure et simple du contrat (de commun accord avec le bailleur) pour permettre le choix d’une entreprise plus performante. Le  ministère des Infrastructures a promis que les recommandations issues de l’atelier de restitution feraient l’objet d’un examen sérieux afin d’améliorer l’exécution des projets routiers.

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Salifou OUEDRAOGO
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