SOCIETE IMMOBILIERE WEND-PUIRE : Des milliers de parcelles vendues dans l’illégalité totale !

La société de promotion immobilière Wend-Puiré Distribution est dans de sales draps. L’activité de promotion immobilière (vente de terrains et de villas) à laquelle elle s’adonne depuis sa création, risque de prendre un
grand coup. Et c’est peu dire. Depuis donc son arrivée tonitruante sur la place et surtout dans le secteur de la promotion immobilière, beaucoup n’ont pas hésité à lui accorder leur confiance. Mais depuis quelques temps, la sérénité a foutu le camp. Publicité mensongère, désillusion des souscripteurs… En somme, c’est une arnaque grandeur nature pour certains.

Poudrière ! Tout le monde s’accorde, de plus en plus que c’est l’autre nom de la promotion immobilière au Burkina. A la société Wend Puiré Distribution, les choses semblent ne pas trahir cette idée de poudrière en perspective. Nous sommes dans la commune rurale de Saaba. Là, comme d’autres dizaines de sociétés immobilières, Wend Puiré y a installé ses pénates. C’est dans cette commune que cette société a entamé et mène ses activités de vente de terrains et de villas. Les populations n’hésitent pas à s’inscrire.

Mais l’aventure de cette société, sans sortir de l’ordinaire des centaines d’autres bien présentes au Burkina, tourne progressivement au vinaigre.
Selon les documents du ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat, c’est en 2018 que le promoteur a acquis son agrément pour exercer. Comme
l’atteste l’arrêté n°2018-0034/MUH/SG/DGESS du 31-07-18 portant octroi d’agrément pour l’exercice d’activité de promotion immobilière à ladite société. L’arrêté précise qu’Idrissa S. Maiga est le promoteur de cette société. Mais, déjà à cette étape, il y a problème ! Si les documents du ministère font cas du sieur Maiga comme le promoteur, sur le terrain, la réalité est tout
autre. L’interlocuteur, sinon le « boss » n’est personne d’autre que Vincent de Paul Kaboré, un enseignant de profession reconverti en promoteur
immobilier.

Depuis donc que les promoteurs (car on ne sait pas à qui appartient réellement la société, NDLR) ont acquis l’agrément, ils ont engagé une course contre la montre. Le sieur Vincent de Paul Kaboré, natif de la Commune rurale de Saaba, dit être lui-même propriétaire terrien, ce qui lui
a permis de disposer de terres pour mener son activité. La société a donc lancé des souscriptions pour obtenir des parcelles. Aujourd’hui, des plaintes se font entendre. Mais selon Vincent de Paul Kaboré : «Je ne suis pas au courant». Il précise que même s’il y a des plaintes, il ne saurait d’ailleurs
avoir d’unanimité autour d’une activité. Et d’ajouter qu’il est difficile d’empêcher les clients d’exprimer leur ressenti.

Pourtant, que de clients ont exigé de voir les parcelles pour lesquelles ils ont souscrit. Pour ce faire, des visites de sites ont été organisées pour ceux qui le désiraient sur le site dit « Saaba 2000 ». Ces visites ont, d’ailleurs, été organisées sous la pression de la clientèle. Pourquoi ? Selon des sources, c’est à la veille de la visite que des terrassements ont été faits, faisant croire aux clients qu’un boulot est en cours.

Aux origines du projet « Saaba 2000 », Wend Puiré a introduit une demande auprès du Conseil municipal de Saaba, tout comme les autres sociétés. Cependant, le Conseil municipal de cette localité faisait grise mine. Il fallait « arroser » la chaîne de décision. Chose que Wend Puiré n’avait visiblement pas encore fait. Selon certaines indiscrétions, c’est le Maire Joseph Dipama
qui mettait le pied sur le dossier de Wend Puiré. Toutes les tentatives même les plus indécentes ont été entreprises pour l’amener à lever le pied sur le
dossier. Certains évoquent même la méthode russe, le « Kompromat » (une stratégie consistant souvent à avoir des informations, images ou vidéos compromettantes sur un adversaire pour lui faire du chantage).

Finalement, les promoteurs auront le quitus du Conseil municipal de Saaba, à travers la délibération n°2019-45/RECEN/PKAD/CRS portant avis sur les demandes de la société Wend Puiré Distribution Sarl pour la réalisation des activités de promotion immobilière. L’ensemble du Conseil a donc donné son avis favorable. 118,7820 ha lui ont été ainsi octroyés dans le village de Zakin. Le Maire aurait expliqué, au cours de la session, que « la société a déjà signé des accords avec les propriétaires terriens, accords visés par un notaire pour lui permettre de réaliser des activités ». C’était les 25 et 26
juillet 2019.

Plus de 1000 parcelles vendues avant l’accord du conseil municipal

Pourtant, bien avant cette date, Wend Puiré exerçait déjà ses activités sur le site. Elle vendait déjà des parcelles depuis 2018. Précisément depuis le 20 août 2018, la société avait déjà ses premiers clients. Un décompte rapide fait ressortir que la société a vendu en août, 86 parcelles, 220 en septembre, 164 en octobre, 115 en novembre, 248 en décembre. Soit au total, 833 parcelles vendues en 2018.

En 2019, toujours avant la délibération du Conseil municipal, 175 parcelles ont été vendues courant janvier, 22 en février et 30 en mars et 27 en avril 2019. Ce sont donc 1.087 parcelles qui ont déjà été vendues à des clients avant la délibération du conseil municipal de Saaba. Sur quelle base légale ? Seuls les promoteurs de Wend Puiré poeuvent répondre. Pour l’ensemble de ces 1.087 parcelles, la société s’en sort avec la rondelette somme de
21.700.000 FCFA représentant uniquement les souscriptions. Et la société continue d’opérer. A la question de savoir combien de clients la société compte aujourd’hui, Vincent de Paul dit n’en avoir aucune idée. Mais selon une source interne, Wend Puiré frôle le millier de clients avec des situations de payement diverses : des payements cash, des traites mensuelles, ou des
paiements au-delà de la moitié du montant de la souscription. Et ce millier attend toujours.

Selon certaines sources, le terrain sur lequel évolue la société poserait problème, car il ne lui appartient pas encore. Mais Vincent Kaboré se défend. Il dit être natif de Saaba et cela lui suffit pour disposer de terres. Soit ! Mais les choses ne sont pas aussi faciles qu’elles le paraissent. Certains clients n’entendent pas les choses de cette manière. Ils ont déjà plié bagages et abandonné leur projet d’acquisition de parcelles ou de villas chez Wend Puiré. Vincent Kaboré évalue leur nombre à une dizaine de clients «essoufflés financièrement» par la traite mensuelle indiquée dans le Contrat.

Cela n’est pas de l’avis d’un des anciens clients que nous avons rencontrés. L’un d’entre eux s’insurge contre cet argument d’essoufflement financier et
révèle qu’il a volontairement mis fin à son contrat avec Wend Puiré, car les termes du contrat n’étaient pas suffisamment clairs. En effet, après avoir souscrit en juillet 2018 pour un terrain de 240 mètres carrés, il sentait le projet prendre d’autres tournures. Il dut donc repasser par celui qui l’avait convaincu de rejoindre Wend Puiré pour exiger le remboursement de son
argent.

Une amende de 10 millions FCFA comme sanction

Alerté par les récriminations des clients, le ministère de l’Urbanisme va initier une visite dans les locaux de l’agence Wend Puiré à Ouagadougou. A ce qu’on dit, les missionnaires issus de la Direction de l’aménagement du ministère n’ont pas pu rencontrer les responsables de la société qui auraient filé à l’anglaise. Mais l’affaire ne finira pas si facilement. Une convocation est laissée ce jour-là pour les dirigeants afin qu’ils se présentent au ministère.

Dans la foulée, un contrôle se fera sur le site de Saaba. A l’issue de cette visite, le résultat est clair : la société est dans l’irrégularité et la sanction
tombe. Selon une source au sein du ministère, la société Wend Puiré devra payer la somme de 10 millions FCFA d’amende pour l’irrégularité de son activité, selon la règlementation. L’une des fautes est que la société n’aurait pas encore acquis la pleine possession des terres déjà en vente.

Mais Wend Puiré ne s’avoue pas vaincue. Elle initie une campagne de séduction. Très vite, les assistantes de la société sont commises à une tâche : appeler les clients afin de les rassurer. Y arriveront-elles ? Actuellement, ça chauffe dans la société. Elle manquait déjà de liquidité pour assurer certaines démarches administratives quand l’amende de
10.000.000 FCFA est tombée.

De Saaba à Bobo-Dioulasso et de Wend Puiré à SITRAF SARL

Et ce n’est pas tout ! En plus de cette société, les promoteurs de Wend Puiré ont trouvé le génie de s’implanter dans la seconde ville du pays : Bobo Dioulasso. Là-bas, ils créent une société de promotion immobilière, SITRAF (Société immobilière Traoré et Frères Sarl). Cette fois-ci encore, ils entament le processus d’acquisition d’un agrément qui a été signé le 31 décembre 2018. Interrogé, Vincent de Paul Kaboré explique qu’il s’agit de deux sociétés différentes. Curieusement, l’agrément a été donné au même Idrissa
S. Maiga qui avait déjà endossé la demande d’agrément de Wend Puiré. Une autre curiosité est que la société porte le nom de Traoré et Frères. D’où viennent ces « Traoré » dont il est question ? Mystère !

A Bobo, les habitudes ne vont pas changer. Les promoteurs vont s’adonner à des pratiques très douteuses sur plusieurs sites. D’abord, le site de Léguema, le Conseil municipal de l’Arrondissement 3 de Bobo a pris la délibération le 14 octobre 2019. Curieusement, tout comme à Saaba, des parcelles avaient déjà été vendues depuis janvier 2019 sans aucune possession foncière, sans levée topographique. Là encore les incidents vont également naître.

SITRAF a enrôlé la mutuelle des travailleurs de la SONABHY à Bobo pour mettre à leur disposition des terrains et des villas. Les travailleurs de cette société ont adhéré au projet. Les souscriptions dans leur ensemble allaient bon train. Malheureusement, comme il fallait s’y attendre, le site va poser problème. A Kodeni, une autre localité où tente de s’implanter SITRAF, le terrain n’est visiblement pas encore un acquis. Alors, la société opte de faire changer de site aux membres de la mutuelle.

Mais cela ne se fera pas sans conséquences pour eux. Ils devront payer plus cher. Jusque-là, aucune solution n’est encore connue trouvée. De toutes les façons, le seul site où SITRAF peut se taper la poitrine reste Léguema. «Pour le reste, les clients ont souscrit pour des sites fictifs et ils espèrent opposer aux clients l’autorisation d’étude du consommateur.» affirme, une source au fait du dossier.

A propos de cette fameuse autorisation d’étude du consommateur, aussi bien à SITRAF qu’à Wend Puiré, les clients ont signé un document qui autorise la société à procéder à un transfert de terrain, de site, de région… ». Si fait qu’un client ayant souscrit pour un terrain à Ouagadougou pourrait se retrouver sur un site dans une autre région du pays si «Wend Puiré en jugeait l’utilité» comme mentionné dans ledit document.

Finalement, les clients souscripteurs ne sont pas encore au bout de leurs peines. Affaire à suivre !

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Qui est Salomon M’Butcho ?

Vincent de Paul n’est pas seul patron de Wend Puiré. Au cours de l’enquête, l’on a découvert qu’il travaille en tandem avec une autre personne du nom de Salomon M’Butcho. Mais qui est donc ce partenaire de Vincent de Paul Kaboré ? Selon des sources bien concordantes, Salomon M’Butcho est un Sénégalais et qui a la nationalité camerounaise par sa mère. Dans son pays au Sénégal, il crée SCAC Afrique qui lui a valu tous les problèmes avec ses clients. Aujourd’hui, « il est poursuivi par quelques 7 000 personnes pour escroquerie. Des personnes à qui sa société SCAC Afrique doit beaucoup
d’argent, versé pour s’offrir des parcelles à usage d’habitation sans rien recevoir en retour. (Cf.https://www.dakaractu.com/AffaireScac-Afrique-Les-faits-d-armes-deSalomon-Mbutcho-un-escroc-parrainepar-le-president-Wade-qui-crie-a-del_a178659.html). Lire également :
https://senego.com/litige-foncier-les-victimes-du-groupe-scac-afrique-interpellent-macky-sall_505609.html.

C’est dans ce contexte que Salomon va quitter son Sénégal natal et se retrouver au Burkina Faso. Il atterrit donc avec un beau projet sous les aisselles : « Un Burkinabè, un toit ». Ses premiers pas au Faso l’ont conduit directement au palais présidentiel, Kosyam. De là, il fera un tour à la Primature. Toutes les deux institutions ont accueilli le projet immobilier de
Salomon et lui ont donné un blanc-seing pour mener son activité. Il ne tardera donc pas à être conduit, par la suite, vers le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme, où il a vanté les mérites et les avantages de son projet. Très vite, la mayonnaise va prendre. « Un Burkinabè, un toit » est né et fait courir dans tous les sens pas mal de souscripteurs.

Mais l’aventure va tourner court. Salomon M’Butcho va faire la prison pour escroquerie. Sur ce fait, seul Vincent Kaboré semble ne pas savoir que Salomon a fait la prison. « Son casier judiciaire est vierge », dit-il. Mais une fois sorti, il va rebeloter. Dans sa traversée du désert dans un quartier de Ouagadougou, il fait la connaissance de Vincent de Paul Ouédraogo. Cet enseignant dans la zone de Kombissiri va prendre sa disponibilité et s’investir dans la promotion immobilière dans son village (Saaba). Voilà comment Vincent de Paul Kaboré et Salomon M’Butcho sont devenus deux partenaires inséparables.

Aujourd’hui, selon Vincent de Paul, Salomon M’Butcho est un expert en immobilier et son conseiller. « Faux », rétorque une source à l’interne.
« Salomon est le véritable patron de Wend Puiré », précise-t-on. Mieux, le sieur Kaboré ne peut décider de quoi que ce soit à propos de la société, c’est Salomon qui mène la baraque. Nous avons sollicité une rendez-vous Salomon M’Butcho qui a promis nous revenir. Nous attendons toujours !

AKN

Aimé NABALOUM
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