Quand le MPP politise la sécurité !

Le parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), a organisé une conférence de presse le vendredi 14 septembre dernier à son siège à Ouagadougou, pour annoncer sa rentrée politique. Au cours de cette conférence de presse, le ministre de la Sécurité, par ailleurs deuxième vice-président du MPP, a annoncé que dans le cadre de la lutte contre le terroriste, plus de 400 suspects avaient été interpellés par les Forces de défense et de sécurité (FDS), dont une centaine dans la région de l’Est! Certains ont été relâchés (une cinquantaine) et les autres sont actuellement sous la main de la Justice. Il a, par ailleurs, affirmé que d’anciens dignitaires du régime déchu étaient derrière ces attaques terroristes qui relèvent plus de velléités de déstabilisation du pays que l’œuvre de djihadistes. Enfin, on apprend également qu’il y aurait des éléments de l’ex-RSP impliqués dans ces entreprises criminelles. Et de terminer en appelant tous les Burkinabè de bonne foi à l’union sacrée contre les forces du mal. Naturellement, ceux qui accusent le gouvernement d’être incapable de répondre efficacement aux menaces et attaques terroristes sont de mauvaise foi, selon lui.

A priori,  ce sont des informations capitales que le ministre de la Sécurité a communiquées aux Burkinabè. Malheureusement, il a mal choisi son canal. De telles informations capitales ne devraient pas être communiquées au peuple au cours d’une conférence de presse d’un parti politique, fût-il le parti au pouvoir. C’est le gouvernement qui devrait s’en charger. En effet, depuis les attaques, le ministre de la Sécurité et tout le gouvernement sont restés muets comme des carpes quand les populations avaient besoin d’être rassurées sur les initiatives de l’Etat pour assurer leur protection. Mais le gouvernement a brillé par son silence. Ni au terme du Conseil de défense convoqué par le président, ni au cours du Conseil des ministres tenu eu vent de ces informations essentielles. Le ministre de la Sécurité a préféré attendre une conférence de presse de son parti pour donner le scoop. C’est à ne rien comprendre.

Curieusement, ce même ministre et ses camarades du MPP, en l’occurrence le président intérimaire Simon Compaoré,  appellent à ne pas politiser les questions de sécurité. Qui plus qu’eux politisent les questions de sécurité quand les actions des Forces armées nationales sont communiquées à l’opinion publique nationale au détour des activités de leur parti politique ?

En faisant ces annonces au cours de la  conférence de presse d’un parti politique, le ministre leur enlève leur caractère stratégique en mettant l’accent sur les dividendes politiques escomptés. Finalement, ne donne-t-il  pas raison à ceux qui pensent que le portefeuille de la sécurité ne doit pas être tenu par un politique mais par un technicien ou tout autre compétence indépendante qui ne s’encombre pas des retombées politiques de son action ou de celle des FDS ?  Mieux,  en  accusant, sans preuve (il n’en a pas présenté), les anciens dignitaires dans le cadre d’une activité du MPP, il ne fait que donner raison à ceux qui pensent que le pouvoir manipule les questions de sécurité pour pouvoir régler ses comptes à ses adversaires.

Par cette sortie, le MPP donne raison à l’opposition qui l’accuse de politiser la gestion des questions de sécurité. Une fois de plus , le parti au pouvoir fait preuve d’un manque d’inspiration et d’une incapacité à se doter d’une stratégie de communication qui informe, rassure et motive. On ne rassemble pas en clivant. Décidément, ce pouvoir ne finira pas de surprendre par sa constance dans les incohérences. Il faudra impérativement dépolitiser les questions de sécurité. Et le président du Faso doit se rendre à l’évidence qu’il n’a pas l’homme qu’il faut à la tête du département de la Sécurité.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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