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RECRUDESCENCE DES ATTAQUES TERRORISTES: Un plan diabolique de harcèlement des FDS

L’actualité nationale a été particulièrement marquée en ce mois d’août 2018 par la recrudescence de l’insécurité avec le glissement des attaques terroristes des régions du Nord et du Sahel vers celle de l’Est et des incursions dans le Sud-Ouest. Ces nouvelles attaques meurtrières interpellent la communauté nationale au regard de leur impact sur le fragile équilibre sociopolitique qui caractérise la gouvernance au  Burkina depuis l’insurrection populaire d’octobre 2014. Malheureusement, les pratiques et comportements des Burkinabè, avec les autorités en tête, laissent entrevoir qu’ils n’ont pas encore pris toute la mesure des menaces qui pèsent sur le vivre  ensemble. Comme si les intérêts particuliers ont le des- sus sur tout,  l’on avance progressivement vers le précipice, avec la  mal  gouvernance au sommet  mais  aussi l’incivisme et le laxisme généralisés. Si l’on n’y prend garde, les comportements et les attitudes des uns et des autres risquent de compromettre tous les efforts pour la défense de l’intégrité du territoire et des populations.

Vendredi 31 août 2018, dans l’après-midi, le cimetière municipal de Gounghin  à  Ouagadougou  a été une fois de plus le théâtre d’une émouvante cérémonie. Malheureusement,  ces cérémonies mortuaires  commencent à devenir coutumières. Dans une atmosphère lourde d’incompréhensions, de tristesse et de révolte à peine contenue de certains proches des victimes, la nation a, une fois de plus, enterré de jeunes soldats tombés sur le champ d’honneur. Victimes d’une embuscade alors qu’ils tentaient d’apporter un renfort à leurs frères d’armes de la  gendarmerie  de  Pama  qui étaient attaqués par des individus non encore identifiés (le seront-ils un jour ?), ces soldats tombés allongent ainsi la liste des familles endeuillées par les forces du mal. Leur véhicule a sauté sur une mine. d’autres éléments blessés, dont deux dans un état critique, sont actuellement en soins au Centre hospitalier universitaire de Tengandogo (ex-Hôpital national Blaise Compaoré).

Quelques jours plutôt, d’autres éléments des Forces de défense et de sécurité ont été également tués dans l’explosion de leur voiture sur une mine dans la même région. Une autre patrouille de police a été attaquée dans la province du Lorum (région du Nord) faisant un mort. dans la même nuit, un poste de douanes est attaqué dans la région du Sud-Ouest, avec à la clef un agent tué. Ces attaques ressemblent fort à une entreprise coordonnée de harcèlement des Forces de défense et sécurité.

Curieusement, elles ne sont pas revendiquées. Une autre curiosité dans ces attaques, c’est cette nouvelle coïncidence avec la grève des routiers qui avait paralysé la capitale et occupé le gouvernement à une négociation inutile et inopportune. Et malgré la situation, ces derniers ont refusé de lever le blocus des corridors de desserte de la capitale et l’intérieur du pays. L’on se souvient qu’en août 2017, presqu’à la même période (juste une dizaine de jours de décalage), l’attaque du Café Aziz Istanbul à Ouagadougou  a été perpétrée dans un contexte de grève des routiers. Sauf méprise de notre part, cette attaque n’a toujours pas été revendiquée.

Cette nouvelle escalade interroge sur l’efficacité de l’action publique en matière de sécurité et interpelle la communauté nationale sur l’impératif d’une mobilisation générale, au-delà des intérêts partisans,  de clan ou de réseaux. Elle sème davantage la confusion et la crise de confiance entre Burkinabè et risque  d’attiser  les  tensions  si l’on n’y prend garde. Ces actes commencent à produire les effets escomptés par les terroristes, notamment en termes de panique dans les rangs des FdS pour les pousser à des actes de représailles  sur les populations. Toute chose qui ternirait leur image et susciterait le rejet des populations. Ce qui s’est passé au Commissariat central de police de Ouagadougou  dans la nuit du 30 au 31 août en est une illustration. deux jeunes gens y ont été pris pour cibles à une barrière policière par des éléments de garde. L’un a reçu deux balles à la poitrine et est actuellement en soins.

Le secteur de  la sécurité souffre surtout de  sa gouvernance

L’on avait pourtant cru, avec l’identification formelle suivie de l’arrestation de certains présumés terroristes  dans  la  région du Sahel, le renforcement progressiste  des capacités  opérationnelles  des forces anti-terroristes tant dans les interventions que dans les renseignements et le déploiement massif sur le terrain, que l’on avait enfin trouvé le bon bout vers la victoire contre ces forces du mal. Mais manifestement, la réalité est tout autre.  D’autres  groupes  semblent avoir pris le relais.  Le Burkina Faso se retrouve face à un sérieux souci de maillage du territoire par ses Forces de défense et de sécurité. Mieux, il manque de moyens pour faire face aux nouvelles méthodes des groupes terroristes. Ce glissement territorial des régions du Nord et du Sahel vers celle de l’Est  semble être bien mené et vise particulièrement les Forces de défense et de sécurité.

Malheureusement, le commandement ne semble pas bien préparé à cette  nouvelle forme d’attaque. En effet, pour le cas de l’embuscade du 29 août sur la route de Pama,  certains experts évoquent une erreur de commandement. De leur point de vue, dans une zone où une patrouille a déjà été piégée par une mine, stratégiquement, il aurait fallu un véhicule de tête avec le strict minimum de soldats. L’on aurait alors pu réduire le nombre de victimes.

Mais au-delà de cette erreur sans doute liée à l’urgence, il y a le fait que jusque-là, l’on a encore du mal à assurer une couverture aérienne des régions les plus exposées. L’armée de l’Air est-elle impliquée comme il se doit dans la lutte contre le terrorisme ? Le Burkina a-t-il les moyens aériens nécessaires ? Que  deviennent les deux hélicoptères offerts par Taïwan pour lutter contre le terrorisme ? Depuis leur réception en grande pompe au temps où le Burkina et Taïwan étaient encore en instance de divorce, l’on n’a plus entendu parler de leur usage dans la lutte contre le terrorisme. L’on  apprend  avec le président du Faso lors de sa rencontre avec ses compatriotes de Chine, le jeudi 30 août dernier, l’envoi prochain d’une mission militaire pour discuter de la surveillance aérienne du territoire avec l’appui de l’Empire du milieu. Le 21 août dernier, le ministre de la défense nationale et des Anciens combattants, Jean-Claude Bouda, a signé un accord avec la Russie  dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

En dehors des déclarations du ministre Bouda publiées par l’agence de presse russe «Sputnik » affirmant que le Burkina apprécie le matériel russe qualifié de «robuste et de bonne qualité», rien a filtré de cet accord. Cet accord prend-il en compte les moyens aériens ?

En attendant, les hélicoptères disponibles servent-ils seule- ment à l’évacuation des Blessés ou des corps ou encore aux déplacements  des autorités  de la hiérarchie militaire ?

Bref, l’on a l’impression que malgré la recrudescence des actes terroristes, le gouvernement burkinabè ne semble pas encore avoir une vision claire et un projet structuré de l’action à déployer et l’équipement qui va avec. Sans être un expert en la matière, l’on peut affirmer qu’il y a un sérieux problème de gouvernance du secteur de la sécurité, à l’image d’ailleurs de la gouvernance globale de l’Etat. C’est regrettable de constater que le président du Faso a du mal à trouver les hommes et les femmes qu’il faut pour occuper les postes stratégiques de gestion de la sécurité et de la défense.  Ses ministres  de la Sécurité et de la défense sont loin de rassurer les acteurs. A ce sujet, l’on évoque un « incident » lors de la dernière rencontre du cadre de concertation des acteurs de la sécurité. Pour une rencontre prévue pour se tenir à 15h, les deux ministres se sont emmenés au lieu de la réunion après 16h. Las d’attendre, certains diplomates, en l’occurrence les Ambassadeurs  de France et des Etats-Unis, ont quitté les lieux après une heure d’attente. Et ils n’étaient pas les seuls. Il ressort également que le ministre de la défense a assisté à la rencontre sans placer le moindre mot. Comme quoi, il n’avait rien à dire. C’est peut-être une banale anecdote mais pour bien des acteurs qui étaient à la rencontre, cette situation traduit un état d’esprit : l’insouciance et le manque de rigueur sur des questions aussi sensibles que stratégiques.

Mais il n’y  a pas que cet incident. Beaucoup d’acteurs de la sécurité ont des sérieux doutes sur la capacité des politiques portés à la tête des départements de la Sécurité et de la défense nationale, à rassurer et à motiver la troupe. Quand on entend des railleries faites à leurs égards par certains acteurs de la sécurité, l’on ne peut que douter du sérieux qu’ils accordent à leur autorité. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on est surpris que ce soit sur eux que le président du Faso et le PM ont porté leur choix pour gérer cette matière névralgique de la vie de la nation. Au-delà des politiques, la hiérarchie militaire semble avoir du mal à mobiliser toute l’expertise disponible au sein des Forces de défense et de sécurité du Burkina en matière de stratégies de lutte contre le terrorisme. Est-elle, elle-même, à la hauteur des défis ?

En somme, il n’y pas que les moyens matériels, tech- niques et logistiques qui font défaut. La gestion des ressources humaines  pose également problème. Il y a un sérieux doute sur les compétences des hommes qui pilotent la gouvernance de la sécurité au plan aussi bien politique que technique. Un terreau fertile  pour les forces du  mal.

Beaucoup d’observateurs  commencent à se poser légitimement des questions sur les choix politiques en matière de lutte contre le terrorisme. Le pouvoir a-t-il véritablement pris conscience que la sécurité  est une matière plus technique   que politique ? Va-t-il enfin faire appel à toute l’expertise  nationale en la matière (nous ne parlons pas des putschistes) ? A-t- on mis les hommes qu’il faut à la place qu’il faut ?

L’opposition politique n’a pas manqué d’interpeller le gouvernement sur sa responsabilité et son devoir de protéger le peuple et l’intégrité du territoire national contre toutes formes de menaces. d’aucuns soutiendront que l’opposition dans son ensemble devrait d’abord faire preuve d’une franche collaboration avec le pouvoir dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Malheureusement, il se trouve que dans cette matière, la confiance est loin d’être la chose la mieux partagée entre le pouvoir et l’opposition. D’autant plus que le pouvoir suspecte certains anciens dignitaires de l’ancien régime, à commencer par Blaise Compaoré himself, d’être derrière ces attaques ou du moins  de connivence avec les groupes terroristes qui attaquent son pays.

Au-delà de la lutte contre le terrorisme, le gouvernement burkinabè fait face à des tentatives de déstabilisation. Car tout semble indiquer que sur le front de la lutte contre les « terroristes  classiques », il y a des acquis, sur- tout au Sahel. Les nouvelles attaques semblent le fait de groupuscules  ayant pour  visée la déstabilisation du pays à travers un harcèlement des Forces de défense et de sécurité pour les  désorganiser   et  fragiliser davantage le pouvoir en place. Ces attaques terroristes semblent le fait de Burkinabè qui ont fait le choix, au nom d’obscurs intérêts égoïstes, de rendre le pays ingouvernable en versant le sang de leurs propres frères. A cela s’ajoute un contexte national  marqué  par un incivisme et une défiance systématique de l’autorité de l’Etat. Une telle situation ne fait que renforcer le déficit de confiance entre Burkinabè. Globalement, le climat socio-politique actuel au Burkina Faso en fait un terreau fertile pour les terroristes.

En tout état de cause, il est urgent de créer les conditions d’un retour à la sérénité. Il appartient au président du Faso et au gouvernement de montrer enfin qu’ils ont pris toute la mesure de la menace. Il faudra, enfin,  commencer  par  mettre les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. Il faudra ensuite mobiliser toute l’expertise nationale et tous les moyens  logis- tiques adéquats pour redonner à la troupe la confiance. Il faudra aussi rassurer les Burkinabè que la situation n’a pas échappé au contrôle des FdS. Cela les encouragerait à une franche collaboration. Il ne reste plus à espérer que les Burkinabè ne vivront plus de sitôt ces scènes insoutenables au cimetière de Gounghin. Trop, c’est trop !

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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