REOUVERTURE DE ROOD WOKO : Quand les mesures d’hygiène contre Coronavirus embarrassent

Le marché Rood Woko a été fermé pendant 3 semaines dans le cadre des mesures visant à limiter la propagation du Coronavirus dans notre pays. Cette fermeture, à l’instar de celle des autres marchés, a fait jaser plus d’un commerçant dans la capitale burkinabè. Tiraillé entre garder le marché fermé et être l’objet de virulentes critiques, le Maire de la Commune de Ouagadougou, Armand Pierre Béouindé, a pris sur lui  la responsabilité de l’ouverture et d’édicter de nouvelles mesures. Toutefois, entre ces mesures et leur application sur le terrain, les écarts sont perceptibles. Le jeu en valait-il la chandelle ? Quatre jours après cette réouverture officielle, nous avons voulu faire le constat du comportement de ceux qui animent cet espace.

Suite à la prise des mesures barrières pour stopper la propagation de la Covid-19, Rood woko avait été fermé le 26 mars 2020. Mais cette mesure n’a pas tardé à être décriée par les usagers de ce marché et les commerçants.

Samedi 25 avril 2020. Il est 6h40 au marché central de Ouagadougou, le plus grand de la capitale. Les larges portes en grille ne sont toujours pas ouvertes. Il n’est pas encore l’heure de l’ouverture de cet «œuf» en plein cœur de Ouagadougou. Mais, nous apercevons des groupes formés tout autour, attendant de toute évidence que Rood woko s’ouvre à eux. Rood woko a effectivement repris du service et ce, depuis le 21 avril 2020. Selon certains, cela l’a  été sous la pression de commerçants et autres acteurs, malgré que le Coronavirus sévit toujours dans le pays.

A l’une des portes, nous observons deux groupes de personnes. Dans  le  premier, ils sont revêtus chacun d’un gilet orange. Eux, ce sont les jeunes volontaires engagés pour la lutte contre la Covid-19. Très vite, ils commencent à se disperser. Chacun devait rejoindre son poste avant l’ouverture. Que faites-vous ici vêtus de la sorte, demandons-nous à l’un d’eux. «Nous sommes là pour sensibiliser les commerçants et veiller à l’application des mesures de distanciation sociale, du port du cache-nez et du lavage des mains», répond-il. Dans le second groupe, l’engagement est différent. Ce sont des commerçants qui, l’air désabusés et angoissés, attendent la réouverture des portes. Un commerçant nous lance en langue nationale mooré : «ya ban yooka ying lab tar neeba n namsden» (NDLR : c’est à cause de la sale maladie qu’on fatigue les gens).

A une autre porte, c’est toujours le même constat. Le matériel de lavage des mains est visible et les volontaires, devant les portes, attendent les commerçants. Matériel de lavage des mains par-ci, thermo flash par-là, chaque prétendant à l’intérieur du marché devra passer par là. A 7h24mn, nous voici au poste de police du marché. L’Assistant de police municipale, Abdoulaye Sawadogo, responsable zone du marché, rappelle les mesures à ses hommes avant de les envoyer devant les entrées pour appuyer les volontaires déjà sur le terrain. Il est 7h30mn,  le marché est ouvert. Les visages des commerçants se «dilatent». Le soulagement est perceptible. L’Assistant de police, Abdoulaye Sawadogo himself, interpelle les uns et les autres sur les mesures de distanciation sociale dans les différents rangs. «Ecartez- vous !» «Après le lavage des mains, c’est la prise de température !», dit-il. «Que faites-vous quand un individu n’a pas de masque ou a une température élevée, l’interrogeons-nous ? Sans ambages, notre interlocuteur nous répond que «les consignes sont claires; pas de cache-nez, pas d’accès au marché. Quant à celui qui viendrait à avoir une température au-dessus de la normale, il est mis à côté, puis une deuxième prise de température est effectuée, si sa température est toujours élevée, il est automatiquement référé à l’infirmerie pour suite à donner».

A chaque entrée, il y a deux lave-mains, deux volontaires pour la prise de température et quelques volontaires pour surveiller les lavages des mains. Les volontaires veillent également sur le port du cache-nez et les policiers municipaux interpellent les éventuels contrevenants. Toutefois, à observer de près, les mesures ne sont appliquées qu’à tous ceux qui veulent accéder à l’intérieur du marché. Les alentours sont bondés de monde sans aucune mesure de distanciation, ni de lave-mains, encore moins des cache-nez. Certains commerçants qui ne sont pas à l’intérieur du marché interrogés sur le port obligatoire du cache-nez ne sont d’ailleurs pas contents. Leurs réponses sont sans appel : «Pourquoi allons-nous porter des cache-nez ? Et si nous ne voulons pas accéder au marché ?» Ils ne se sentent donc pas concernés et pour eux, les mesures ne s’appliquent qu’aux commerçants qui vont à l’intérieur du marché.

«Je n’ai pas porté le cache-nez, et après ?»

Et même à l’intérieur, le cache-nez s’est vite mué en «cache-menton» pour les uns et «cache-front» pour les autres. Le précieux sésame à l’entrée du marché est devenu dérangeant, à 5 mètres à peine à l’intérieur et certains ne se souviendront de son utilité que quand la présence policière se fait sentir ou quand vient l’envie de faire une course hors du marché.

Certains commerçants n’hésitent pas à proclamer, «je n’ai pas porté le cache-nez, et après ?» D’autres évoquent des problèmes respiratoires en des termes comme «le cache-nez m’étouffe, c’est pourquoi je l’ai enlevé pour prendre un peu d’air». C’est le cas de Kader Ouédraogo. Devant certaines boutiques, des commerçants ont transformé leur cache-nez en genouillère, tant que la police n’est pas à côté et avec des explications qui laissent à désirer. Après quelques minutes d’échanges avec un commerçant d’habits du nom de Ouédraogo, il  affirme, «j’ai compris».

Toutefois, il convient de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, car des commerçants ont compris la nécessité des mesures et les appliquent. C’est le cas de Abdoulaye Sawadogo, vendeur  de chaussures, qui, depuis sa boutique, porte le cache-nez. Mieux, il a du gel hydro-alcoolique dans sa boutique et le fait savoir : « Moi, je respecte les mesures barrières, c’est pour notre propre bien», dit-il, fièrement.

Pour la police municipale du marché, l’Assistant Abdoulaye Sawadogo dit se remettre à sa hiérarchie pour aviser, quant aux difficultés que ses hommes rencontrent. «Sinon, notre rôle consiste à veiller à l’application des mesures édictées par l’autorité municipale, les exceptions sont relevées et c’est à elle de donner des dérogations».

Salomé SIMPORE  et  Sié KAMBOU (Stagiaires)

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