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SAABA : Il accuse son petit frère d’être un sorcier

C’était une famille sans histoire qui vivait une parfaite entente. De Ouagadougou à la Commune rurale de Saaba, les deux demi-frères, Barthélemy et Aubin, se fréquentaient sans problèmes. Mais un malheur surviendra dans la famille. Le fils aîné de Barthélemy va succomber à un accident de la circulation. Cet événement malheureux va marquer un tournant dans les relations entre les deux frères. L’aîné accuse son cadet de sorcellerie et d’être à la base du décès de son fils. Une réunion de famille terminée dans la bagarre va accentuer les dissensions au sein de la famille. Le jeune frère a été accusé de coups et blessures volontaires. Désormais à couteaux tirés, les deux se livrent à une bataille judiciaire. L’affaire a été jugée. Aubin a été condamné. Mais, il estime qu’il est victime d’une injustice. Quid de l’accusation de sorcellerie ?

La famille vivait en harmonie et sans histoire. Aubin et Barthélemy sont des frères d’une même fratrie mais de mères différentes. Barthélemy, le grand frère, réside à Ouaga, et son jeune frère, lui, est resté au village avec sa mère dans la Commune rurale de Saaba, à quelques encablures de Ouagadougou. Les deux se côtoyaient régulièrement. Ils se rendaient visite. Il en était de même pour les enfants des deux frères. Selon les dires du jeune frère Aubin, une réunion de famille a été l’occasion pour eux de se rencontrer une fois encore au village. Bathélemy y a fait venir son fils aîné. Ce jour-là, les échanges étaient cordiaux et l’ambiance était bon enfant entre les deux frères. Après la réunion, les deux frères se sont séparés dans une atmosphère cordiale. Environ un mois après cette rencontre fraternelle, la brouille va commencer. Un malheur viendra compliquer les relations, jusque-là meilleures entre les deux frères.

Le malheur de la discorde

En effet, le fils aîné du grand frère Barthélemy a perdu la vie au cours d’un accident de la circulation. Cela a été un choc pour la famille. Selon le témoignage du jeune frère, deux semaines après l’enterrement du fils aîné de Barthélemy, il se rendit à Ouagadougou pour rendre visite à son grand frère. Au cours des échanges, le grand frère Barthélemy lui fera savoir que la mort de son fils ne serait pas fortuite. Il soutient que la mère de Aubin y serait pour quelque chose. En clair, il accuse la mère de Aubin d’être à la base de l’accident mortel de son fils. Aubin tombe des nues. Sur-le-champ, il demande à son grand frère de venir au village pour que l’histoire soit tirée au clair, en présence de sa mère. Chose que Barthélemy accepta.  Quelques  jours plus tard, Barthélemy  se rendit effectivement au village avec une petite délégation qui l’accompagnait. Pendant la rencontre, les échanges se sont déroulés dans une atmosphère surchauffée.

Selon Aubin, ce jour-là, «les vieux du village ont pris la parole et ont fait savoir à leurs hôtes qu’ils voudraient rencontrer la source ou l’auteur qui soutient que la mère de Aubin serait à  l’origine  de l’accident mortel du jeune ». Barthélemy et ses hommes vont s’y opposer. Ils soutiennent qu’il n’est pas question pour eux de fournir une source quelconque. Pour Barthélemy, il n’y a pas de doute, Aubin et sa mère sont à l’origine du décès de son fils. Selon les témoignages, Barthélemy et ses acolytes ont commencé à asséner des coups à sa mère. Aubin affirme que, c’est en observant la scène devenue électrique, et craignant pour sa vie et celle de sa mère, qu’il a voulu se lever. L’assistance lui intima alors l’ordre de se rasseoir. Chose qu’il refusa. Il se dirigea vers son vélo. Barthélemy et ses hommes, voulant l’empêcher de partir, il chercha à se défendre. Il se saisit alors de la machette accrochée à sa bicyclette et blesse son frère Barthélemy et un autre jeune. Une bagarre s’engage alors entre eux. Il réussit à s’échapper et dans sa fuite, il trouva refuge au commissariat de Koubri, où il est allé se livrer en réalité.

La parcelle, véritable nœud de l’affaire ?

Mais pour Barthélemy et son Avocat, cette version est à balayer, car elle est loin d’être ce qui s’est réellement passé. En effet, des dires de l’Avocat et des témoignages de Barthélemy, toute cette histoire serait liée à la parcelle familiale où habite Barthélemy à Ouagadougou et qui serait un legs du défunt père. Barthélemy soutient que Aubin aurait mille et une fois mis la pression pour que la parcelle soit vendue. Mais, il s’y est toujours opposé. Il ajoute qu’après le décès de son fils aîné, Aubin aurait affirmé que ce malheur serait lié à la parcelle, car, la cour serait hantée. Pour Barthélemy, il était incompréhensible qu’après un tel malheur sur sa famille, Aubin insiste sur la parcelle, sinon qu’il veut profiter de la situation pour régler la question de la parcelle.

C’est dans ce sens qu’il a proposé alors à Aubin, qu’ils se retrouvent au village pour régler l’affaire. L’Avocat de Barthélemy poursuit en expliquant que c’est une fois au village, en présence de témoins, lors de la  séance d’explications, que Aubin, qui aurait pris le soin de dissimuler une machette dans son pantalon, l’a fait sortir et a commencé à asséner des coups à Barthélemy. Un ami de Barthélemy, voulant s’interposer, a également reçu un coup à la tête, avant de s’enfuir à Koubri, explique l’Avocat de Barthélemy. C’est ainsi que Barthélemy et son ami ont décidé de porter la plainte pour coups et blessures contre Aubin qui était jusque-là, en garde à vue à Koubri. Aubin sera par la suite libéré du commissariat, un mois après, faute de transfèrement à cause de la grève des gardes de sécurité pénitentiaire (GSP). C’est  une fois libéré que Aubin fut informé de  sa convocation au  procès. Une citation à comparaître lui a été transmise.

Mais selon Aubin, il y a quelque chose qui cloche. Il s’insurge contre l’explication donnée par l’Avocat de son frère : l’affaire ne se serait pas passée de la sorte. Pour lui, Il y a eu des antécédents qui ont occasionné cet incident. C’est d’ailleurs l’antécédent qui doit être connu du juge. Il décide aussi de porter une plainte contre son grand frère Barthélemy au commissariat de Saaba pour accusation de sorcellerie. Ignorant les contours des procédures judiciaires et sans Avocat, Aubin se rend au procès pour répondre des faits qui lui sont reprochés. Au cours de l’audience et à la question du  juge de savoir si Aubin était prêt à être jugé, Aubin rétorque qu’il souhaite que le juge joigne les deux affaires, à savoir l’affaire de sorcellerie  qui fait encore objet d’interrogatoire à Saaba et l’affaire pour coups et blessures. Pour lui, il faut donc reprogrammer l’audience, le temps que les interrogatoires finissent à Saaba.

Le  juge  trouve l’argumentaire de Aubin peu convaincant et décide de juger l’affaire sans tenir compte de la préoccupation. Sentant une condamnation imminente, Aubin décide alors de s’attacher les services  d’un Avocat pour plaider sa cause. Mais il était trop tard. Son Avocat explique qu’il a été saisi par Aubin, certes, mais au moment où le procès avait été déjà bouclé. Aubin fut condamné à deux ans de prison ferme et d’une amende d’un million FCFA. Pour son Avocat, s’il avait été saisi plutôt avant que le jugement ai eu lieu, le dossier pour coups et blessures pouvait connaitre un autre traitement, puisque les circonstances dans lesquelles la violence a eu lieu pouvaient être discutées lors du procès.

Aubin estime aujourd’hui être victime d’une injustice, car sa condamnation ne reflète pas la vérité des faits. Les interrogations demeurent légion. Pourquoi le juge n’a pas tenu compte de la plainte du petit frère avant de procéder au jugement ? Se disant victime d’accusation de sorcellerie, Aubin et sa mère entendent également que la Justice puisse se prononcer sur cette affaire afin que leur point de vue soit aussi pris en compte pour un procès équitable. En outre, cela permettra de savoir les raisons invoquées par l’aîné de Aubin pour l’accuser, lui et sa mère, de sorcellerie. Quoi qu’il en soit, justice a-t-elle été rendue ? Affaire à suivre !

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Salifou OUEDRAOGO
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