SCANDALE DANS LES CANTINES SCOLAIRES A SAPOUY : Des vivres périmés servis dans les écoles

Il se passe des choses extraordinaires à Sapouy, Commune située à une centaine de kilomètres de Ouagadougou. L’affaire est invraisemblable et défraie actuellement la chronique au sein de la communauté éducative. La Commune de Sapouy a mis à la disposition des élèves, des vivres périmés et en état d’altération avancée. La procédure utilisée est l’entente directe (gré-à-gré). Pratiquement à toutes les étapes, la procédure de passation, l’exécution et la réception sont entachées d’irrégularités  déroutantes. Certaines découvertes sont tout simplement ahurissantes.

Comme toutes les années scolaires, l’Etat burkinabè et ses partenaires débloquent des milliards FCFA pour permettre à tous les élèves, quel que soit leur milieu social, de bénéficier d’un repas équilibré afin d’atténuer les inégalités alimentaires à l’école et d’améliorer le succès scolaire. Face à des difficultés liées à la gestion centralisée de ces ressources, l’Etat a décidé, depuis 2016, du transfert aux Communes, des ressources destinées aux cantines scolaires. Pour l’année scolaire 2018-2019, la Commune de Sapouy a reçu une enveloppe de 70.825.025 FCFA pour procéder à la dotation des cantines scolaires de la Commune en vivres. Pour ce faire, la procédure d’entente directe a été utilisée pour cette commande, divisée en trois lots.

La Commune a signé une convention de 29.499.500 FCFA hors taxe avec l’Association promo monde rural (APMR) pour la livraison, dans un délai d’un mois, de 33 tonnes de riz local, 16 tonnes de niébé (haricot, NDLR), 10 tonnes de couscous, 175 bidons d’huile de 20 litres au profit des écoles primaires de la Commune de Sapouy. Les écoles du préscolaire également sont concernées. A ce niveau, il devrait être livré 2 tonnes de riz local, 1 tonne de niébé, une tonne de couscous et 10 bidons d’huile de 20 litres. La Mairie a également attribué un marché de 20.744.500 FCFA hors taxe par entente directe avec l’Etablissement SANFO ET FILS et un autre d’une valeur de 20 113 500 francs hors taxes avec l’Etablissement Sakandé et FILS.

Les trois fournisseurs ainsi sélectionnés par la Mairie avaient, pour compter de la date du 22 novembre 2018, un délai de trente jours pour livrer les produits demandés. Mais l’exécution de ces marchés va connaître des des difficultés. A l’exception de l’Etablissement Sakandé et FILS qui  a fourni, dans les délais requis et selon les exigences de qualité, les vivres demandés, les deux autres fournisseurs, à savoir l’Association promo monde rural et l’Etablissement SANFO ET FILS, ont livré des vivres de qualité douteuse. Conséquences, la certification des vivres va poser problème.

Des irrégularités déroutantes

Les deux attributaires avaient l’obligation de fournir du riz local. Mais en fin de comptes, ils ont livré des produits importés qui devraient normalement faire l’objet d’une analyse de porte par le Laboratoire national de santé publique. A ce qui se dit, cette autorisation est venue du Maire de la Commune, Baoui Nama. Malheureusement, selon des sources bien introduites, ces deux fournisseurs n’ont pas été en mesure de présenter les documents attestant cette analyse préalable. De ce qu’il nous revient, le cabinet mandaté par le ministère de l’Education nationale pour certifier la qualité des produits a exigé ce document qu’ils n’ont pas été en mesure de fournir et ce, contrairement à l’entreprise Sakandé et FILS, qui a fourni ledit document d’analyse de porte.

En l’absence donc d’un tel document, le cabinet s’est donc réservé de se prononcer sur la qualité et la quantité des vivres fournis. Dès lors, c’est la course et des tractations à outrance. Les choses traînent environ 4 mois sans qu’aucune expertise puisse se faire. Impossible pour ces deux structures de trouver le document exigé. Elles vont trouver cependant, une parade. De leur propre initiative, elles vont demander les services du Laboratoire national pour analyser la qualité de leurs produits. Mais le laboratoire va simplement analyser la qualité des vivres. Ce qui est très différent du rapport d’expertise que devrait fournir un cabinet qui sert de base pour la réception. Le cabinet d’expertise est donc resté sur sa position. Pas de certification sans l’analyse de porte.

Malgré cela, et sans rapport d’expertise du cabinet mandaté pour certifier la qualité, la réception des vivres se fera à la surprise générale et en toute illégalité. Après cette réception à problème, à en croire les témoignages concordants à Sapouy et de sources proches du dossier, il restait à faire enlever les vivres. Le Maire a alors tenté de les faire enlever pendant les vacances scolaires, mais rien. Toujours est-il qu’après les vacances, d’autres problèmes vont surgir.

Du boycott du transport à la livraison des vivres périmés

Les syndicats des enseignants avaient alerté la Mairie sur la question du transport des vivres dans les écoles. Les APE (associations des parents d’élèves) se saignent pour trouver chaque année, des frais de transport alors que les vivres devraient en principe être livrés sur les sites. En réponse à ces préoccupations, le bourgmestre de Sapouy fera savoir que les frais de transport ont été utilisés pour augmenter les quantités des vivres. Mais cette pilule aura du mal à passer. Dès lors, les structures syndicales vont se démarquer et appeler au boycott du transport. C’est finalement après le premier trimestre 2019, que le Maire, de concert avec les Conseillers municipaux, va consentir la somme de 3.000 FCFA comme frais de carburant aux APE pour l’enlèvement des vivres et après négociation avec les parents d’élèves. Cette somme a d’ailleurs été jugée dérisoire par certaines APE qui, jusque-là, n’ont pas enlevé les vivres.

Certains acteurs du monde éducatif nous confient que d’autres APE ont déboursé des sommes allant de 25.000 FCFA à 80.000 FCFA et même plus pour convoyer les vivres. Toujours est-il qu’au moment du transport, le riz et l’huile étaient déjà périmés. Le haricot de l’association promo monde rural était en état d’altération avancé. Certaines écoles ont été livrées mais ont refusé de les faire préparer pour les élèves. Par contre, à ce qu’on dit, malgré la flagrance de la péremption dont les dates sont mentionnées sur les emballages de riz et sur les bidons d’huile, des responsables d’autres écoles auraient tout de même fermer les yeux pour offrir ces repas de qualité douteuses aux élèves.

La Directrice provinciale de l’Education nationale et de l’Alphabétisation du Ziro confie avoir ordonné la suspension de la  consommation de ces vivres dans les écoles publiques concernées par ces vivres.

A Sapouy, nous avons constaté de visu les vivres périmés dans les écoles. La Circonscription d’éducation de Base (CEB) de Sapouy 1, la plus touchée par les produits périmés, a bénéficié des vivres fournis par l’Association promo monde rural (APMR) à partir de fin décembre. Sur les emballages de riz, la date de péremption est clairement indiquée : novembre 2019. Sur les bidons d’huile, les dates d’expiration qui apparaissent sont le 28 décembre 2019 et 22 décembre 2019. Le haricot, lui, était tout simplement en état d’altération avancé.

Pour  la CEB 3 dont les vivres ont été livrés par l’entreprise SANFO ET FILS, c’est en décembre 2019 que certaines écoles vont commencer à recevoir les premiers vivres et selon des sources concordantes, les sacs de haricot étaient dans leur grande partie, en état d’altération avancé également. L’huile se périme en février 2019 et le riz en septembre 2019.

Quant à la CEB 2 dont les vivres viennent de l’entreprise Sakandé, aucun problème n’a été décelé; les vivres ont respecté les exigences de qualité et de quantité requise et pourtant, elle ne figure pas sur la commande de 2019. Elle a été exclue. La Mairie a préféré reconduire les deux structures défaillantes que sont l’APMR et l’entreprise SANFO et FILS. La première, entre temps, a changé de nom pour devenir Coopérative Namanegdzanga et a bénéficié encore d’une convention pour la fourniture des vivres scolaires pour un montant, encore plus élevé de 50 974 000 francs CFA. Quant à la seconde, l’entreprise SANFO et FILS, elle, a encore bénéficié d’un marché par entente directe d’une valeur de 21.785.000 FCFA.

Selon certaines sources, il y a déjà des rejets liés à la qualité des vivres encore pour les deux structures. Ce qui fait dire à certains observateurs que la commande des vivres scolaires de 2019-2020 risque de connaître le même sort. D’aucuns n’hésitent pas à pointer du doigt les relations pas trop claires entre le bourgmestre de cette Commune et ces deux structures. Mais le Maire dément toutes les accusations. La main sur le cœur, il dit être de bonne foi par rapport à tout ce qui s’est passé. Son seul tort est de n’avoir pas vérifié la date d’expiration avant l’enlèvement. Pour le reste, il s’est confié entièrement au travail de la Commission de réception.

Et pourtant, le Maire a instruit, par écrit le vendredi 28 juin 2019, le président de la Commission pour qu’il organise la réception, sans le rapport d’expertise du cabinet mandaté à cet effet. Pour réparer l’erreur, le  Maire confie avoir immédiatement instruit le Médecin chef du District sanitaire pour qu’il mette en place un Conseil sanitaire afin d’investiguer pour savoir s’il n’y a pas de conséquences sanitaires liées à la consommation de ces vivres périmés et il serait en attente des conclusions pour prendre des mesures.

Face à tout ce désordre orchestré, le ministère de l’Education nationale et celui du Commerce ont initié une mission sur le terrain. Au constat, les vivres devront être déclassés, car périmés. Un rapport de mission a été établi et remis au ministère de l’Education nationale. Visiblement, les conclusions ont mis hors de lui le ministre Stanislas Ouaro lui-même. Ce dernier aurait décidé d’initier une plainte contre tous ceux qui sont impliqués dans la mascarade. Mais cette plainte, il faut craindre que le ministre l’ait oubliée. Affaire à suivre !

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L’urgence de  réformer le  système d’acquisition des vivres pour  les cantines scolaires

L’Etat a institué le système des conventions avec les associations des producteurs pour encourager la production locale, les prix proposés dans les conventions étant plus incitatifs que dans les appels à concurrence. Par exemple, il nous revient que l’Etat achète le sac de riz local de 50 Kg, en convention avec les producteurs, entre 20.000 FCFA et 21.000 FCFA, alors qu’il achète le riz importé de 50kg entre 15.000 à 16.000FCFA.

A Sapouy, pour l’année scolaire 2018-2019, l’association promo monde rural, devenue Coopérative Namanegdzanga, avait l’obligation de livrer du riz local à 20.500 FCFA le sac de 50 kg, mais elle ne va livrer que du  riz importé à 20.500 FCFA. Au constat, la Mairie a conclu des conventions avec des associations de producteurs dans le cadre de la dotation des cantines scolaires. Mais dans la réalité, les mêmes conventions sont détournées pour permettre aux associations d’importer du riz. Les deux entreprises défaillantes ont alors bénéficié de cette largesse qui frise le détournement, puisque le sac de riz importé a coûté 20.500 FCFA au lieu de 15.000 FCFA ou 16.000  FCFA.

Un autre nœud du problème est la crédibilité des fournisseurs. Au constat, les Mairies signent des conventions avec des structures qui sont censés être des coopératives ou des associations de producteurs alors que ce sont de simples commerçants qui évoluent sur le marché. Selon un expert habitué aux questions de vivres des cantines scolaires, les fournisseurs ne sont plus des spécialistes. Ils sont plus dans le commerce général Pourtant, il faut des spécialistes. Il est donc important de rectifier le tir et de confier l’acquisition des vivres des cantines scolaires à ceux qui évoluent dans la vente des céréales et mieux, faire un bon filtrage des fournisseurs.

Si l’on décide de confier l’acquisition des biens à des acteurs qui ne sont pas dans le domaine, l’on ne doit pas s’étonner qu’ils ne fassent pas de la qualité une préoccupation. Cela éviterait que les produits soient rejetés. Il faudra donc impérativement que les Maires, dans la signature des contrats, s’adressent à des professionnels, soucieux de la qualité des vivres à servir dans les écoles.

Le troisième versant du problème est la disponibilité du riz local. Pour cette année, par exemple, le riz local souhaité doit avoir un taux de brisure de 50%. Dans la pratique, il serait difficile de cuisiner avec une telle qualité de riz. Il faut également que l’Union nationale des producteurs de riz veille à sensibiliser ses membres afin qu’ils fournissent du riz de bonne qualité.

SZ

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Simplice Zongo
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