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SITUATION NATIONALE : Et si le Président Kaboré renonçait au 2e mandat !

Le gouvernement Christophe Dabiré semble faire dans la continuité de la légèreté qui a caractérisé l’action gouvernementale pendant trois ans sous le magistère de Paul Kaba Thiéba. Ce gouvernement nage quotidiennement en pleine contradiction entre, d’une part, les discours appelant à la cohésion sociale et à l’engagement patriotique au service de la nation, et d’autre part, les initiatives qui frisent la provocation, la légèreté et l’insouciance au sommet de l’Etat. En outre, il enchaîne les gaffes, des plus anodines aux plus graves. Il n’y a plus de doute :  ce gouvernement souffre d’une absence de vision et d’autorité au sommet de l’Etat. « Roch, la Réponse » se révèle finalement le vrai problème du Burkina Faso. Très mal entouré depuis le début de son mandat, avec un gouvernement qui multiplie les incohérences et le désordre, le Président Kaboré conduit le pays vers le chaos. Et le drame, les partenaires sociaux  et les adversaires politiques semblent avoir fait le choix d’abuser de cette incapacité du pouvoir à restaurer l’autorité de l’Etat.

Le Président Roch Marc Christian Kaboré est-il l’homme qu’il faut au Burkina Faso dans le contexte actuel? A cette question, bien des Burkinabè répondront par la négative. Même dans les cercles les plus proches de lui, certains reconnaissent en «off» que les principales causes de la chienlit qui s’installe dans le pays depuis son arrivée au pouvoir sont à rechercher dans ses capacités à s’assumer en tant qu’homme d’Etat. Ce qui est fondamentalement en cause aujourd’hui, ce sont surtout son sens de l’Etat, sa vision pour l’avenir du Burkina, sa volonté, sa capacité et sa détermination à se battre pour ce Burkina nouveau promis à ses compatriotes. Pour beaucoup de Burkinabè, il n’a ni l’un ni l’autre.

Pour la plupart, le Président Kaboré, c’est plutôt un homme bien à qui la providence a tout offert sur un plateau en or. D’autres ajoutent aussi que c’est un fin calculateur qui sait attendre son heure sans prendre de risque et capable aussi de donner des coups parfois en dessous de la ceinture quand les circonstances l’exigent. Mais ce dernier trait de caractère, peu de ses adversaires ou même ses alliés le savent. Sur le terrain purement politique, l’on constate effectivement que depuis la mort de Salif Diallo, il déploie progressivement sa stratégie pour récupérer tous les pouvoirs. Il manœuvre subtilement pour rester le seul maître à bord, quitte à faire appel à des méthodes Compaoré, consistant à susciter dans ses rangs, des petits cercles opposés les uns aux autres, mais vouant tous une allégeance au chef.

Malheureusement, ce n’est pas ce qu’il faut pour remettre le Burkina Faso sur les rails de l’intégrité, du travail, du développement humain durable. Bref, en 3 ans de pouvoir, le Président Kaboré a du mal à s’affirmer en leader politique ayant un sens élevé de l’Etat et des responsabilités, et surtout déterminé et capable de porter les espoirs de changement nés de l’insurrection populaire.  Ce qui est donné de voir au cours de ces trois années, conforte dans leurs positions, tous les Burkinabè qui avaient toujours dit qu’il n’était pas l’homme de la situation. Mieux, bien de ceux qui croyaient en une transformation de l’homme après les 26 longues années de compagnonnage avec (ou au service de) Blaise Compaoré ont commencé à déchanter. En  effet, dès son accès au pouvoir, Roch Kaboré s’est entouré d’un cercle de copains, d’amis, de fidèles de longues dates en y ajoutant quelques nouvelles têtes qui, malheureusement, soit n’ont pas le profil de l’emploi, soit n’ont pas la place et l’écoute qu’il faut dans la gestion du pouvoir.

La première conséquence de cette organisation et ce mode de gestion du pouvoir, c’est l’impossible rupture avec les vieilles habitudes et pratiques prédatrices au sommet de l’Etat, d’où l’ancrage continu de la mal gouvernance et de l’insouciance au sommet de l’Etat. En trois ans, le pouvoir a fini par montrer son incapacité à lutter contre la corruption et le pillage organisé des maigres ressources du pays par des réseaux de coteries animés et entretenus par de nouveaux oligarques de la mafia burkinabè et des opérateurs économiques ou groupes commerciaux nationaux et internationaux. Bien au contraire, de fortes présomptions de complicité pèsent sur certains acteurs au sommet de l’Etat dans des affaires d’attributions illicites ou de mauvaises exécutions de marchés publics ou d’autres  opérations économiques qui se révèlent être de véritables actions de spoliation de l’Etat. Les audiences monnayées à la Présidence du Faso, le pillage des ressources foncières par des sociétés immobilières en complicité avec des élus locaux et même au niveau central, la récente affaire de tentative d’exportation frauduleuse du charbon fin de la société minière IAMGOLD Essakane illustrent assez éloquemment cette collusion dangereuse entre le politique et l’économique.

La montagne des réformes a accouché d’une squelettique souris

La deuxième conséquence, c’est la difficulté d’opérer des réformes politiques et institutionnelles permettant de refonder l’Etat et la gouvernance et de renforcer le capital humain. En reprenant les mêmes cadres, les mêmes amis et parents qui ont contribué à l’ancrage du pouvoir personnel, patrimonial et prédateur de Blaise Compaoré mais surtout en refusant de sanctionner les dérives de toutes sortes des 27 ans de l’ancien régime, le pouvoir actuel a fait le choix de la continuité de ce système politique cupide et égoïste. Par exemple, malgré les avancées enregistrées sous la Transition, la Justice demeure le talon d’Achille de l’Etat de droit au Burkina Faso. Trois ans après l’avènement de ce pouvoir, les dossiers pendants depuis de longues années le sont toujours. Le principe de la séparation des pouvoirs ne saurait expliquer cette passivité face à cette léthargie de la Justice. Bien au contraire, l’on a même le sentiment que ce pouvoir semble se complaire dans la situation actuelle. Mieux, la seule tentative de nettoyer les écuries de la Justice de ces brebis galeuses s’est soldée par un flop avec la bienveillance du gouvernement.

Que dire de la dépolitisation de l’administration qui reste encore un grand piège pour le rêve du renouveau ? Cette administration publique, de façon générale, reste la même, tant dans sa configuration que dans son organisation que sous Blaise Compaoré. Pire, ce sont les mêmes cadres ou jeunes prédateurs formés à l’école  des vieux briscards qui sont toujours promus à des postes stratégiques de responsabilités. De temps à autre, on propulse quelques hommes et femmes intègres à certains postes, juste pour embellir la grosse surface pourrie de cette administration.

Il en est de même pour l’armée, déstructurée et embourgeoisée par Blaise Compaoré. Pour retrouver sa stature d’armée républicaine, le pouvoir devrait opérer des réformes courageuses permettant de réhabiliter la grande muette et de redonner à sa hiérarchie, toute la légitimité, la probité et l’exemplarité requises pour commander la troupe. Là encore, l’on a louvoyé et tourné en rond malgré le contexte sécuritaire qui exigeait des mesures fortes, urgentes et structurantes. Si ces réformes courageuses avaient été faites dès le début du mandat avec la promotion des hommes qu’il faut à la place qu’il faut, les Forces de défense et de sécurité seraient beaucoup plus en avance sur le terrain de la lutte contre le terrorisme.

En somme, en lieu et place de la rupture, le système se perpétue dangereusement. La justice, l’équité, la transparence dans la gestion publique, l’amélioration des conditions de vie, la création d’emplois et la réduction du chômage des jeunes restent encore de vœux pieux, si ce ne sont dans de discours incantatoires sans prise sur la réalité quotidienne. Finalement, la montagne de réformes  escomptées a accouché d’une petite souris.

Que de désordre au sommet de l’Etat !

La troisième conséquence, c’est l’impossible restauration de l’autorité de l’Etat. Jamais le Burkina n’a atteint le niveau de désordre qui le caractérise aujourd’hui. L’on peut même se risquer d’affirmer que le pays n’est pas gouverné mais piloté à vue. Car, gouverner c’est prévoir, c’est anticiper. Malheureusement, le désordre se manifeste même jusque dans l’action gouvernementale. Au cours des seuls mois d’avril et de mai 2019, le gouvernement burkinabè a étalé sur la place publique, au moins trois éléments illustratifs de ce désordre au sommet. Le premier, c’est la décision d’accorder une prime de motivation aux agents du ministère de l’Economie et des Finances alors que ce même gouvernement était en train de boucler un processus de mise à plat du système de rémunération des agents publics de l’Etat. Contre toute attente et après plusieurs mois de résistance, le gouvernement a fini par baisser la culotte face à la pression de ces agents. Cette décision a eu pour conséquence de relancer la fronde sociale avec la reprise des grèves perlées dans plusieurs secteurs de  l’administration publique (Santé, Education, Police, Administration territoriale, Justice, etc.). Le deuxième se rapporte aux manipulations du décret et de l’arrêté ministériel instituant cette prime de motivation. Alors que la décision prise en Conseil des ministres instaurait cette prime pour une durée de trois ans au bout desquels les agents du ministère de l’Economie se soumettraient aux mesures du nouveau système de mise à plat des rémunérations des agents publics, les textes qui matérialisent cette décision prévoient une possible révision à la hausse tous les trois ans. Il a fallu que ces textes soient rendus publics sur les réseaux sociaux pour que le gouvernement reconnaisse une manipulation et décide de les reprendre  conformément à la décision initiale. Malheureusement, ce décret a été signé par le président du Faso, le Premier ministre, le ministre de l’Economie, des Finances et du  Développement et le ministre de la Fonction publique. Peut-on croire que toutes ces hautes personnalités ont apposé leur signature sur ce texte sans l’avoir lu ou sans comprendre réellement le contenu qu’il fallait à chacun des articles du texte ? Qui a manipulé  le décret ? Le gouvernement a promis une enquête afin de situer les responsabilités. Où en est-on avec ladite enquête ? Que faut-il espérer d’une telle enquête ?

Le troisième et dernier élément a trait au projet de construction du nouvel hôpital de référence de Bobo-Dioulasso sur une partie (16 hectares) de la forêt classée de Kua. Dans ce dossier, le gouvernement a fait preuve d’une véritable cacophonie en son sein et d’une absence totale de collégialité. Pendant que le ministre en charge de l’environnement rejette le déclassement de la forêt, son collègue des Affaires étrangères s’offre une ballade et une sortie médiatique inopportune sur le site. Pire, l’on découvre que le gouvernement avait pratiquement pris la décision d’ériger l’hôpital en ces lieux sans avoir engagé les procédures légales préalables. Des bornes avaient déjà été fixées sur les lieux alors que la forêt est toujours classée. Ce n’est qu’après les tensions et les contestations nées après la découverte de la délibération du Conseil municipal de Bobo-Dioulasso donnant un avis favorable au déclassement de la forêt que le gouvernement consent à réaliser des travaux d’impact environnemental avant de décider des suites à donner au projet. C’est à ne rien comprendre. Comment peut-il venir à l’esprit d’un gouvernant d’un pays désertique comme le Burkina Faso de déclasser une forêt, même pour construire un hôpital ? C’est une simple question de bon sens. L’on a même voulu, sans aucune gêne, faire croire que c’est le partenaire chinois (c’est la Chine qui finance le projet) qui a fait ce choix. Ce qui a été démenti par l’Ambassade de Chine. Alors, pourquoi le gouvernement s’entête-t-il à vouloir déclasser la forêt de Kua ? Tout porte à croire que l’on cherche à cacher des choses au peuple burkinabè. Sinon cet entêtement ne se justifie nullement. Il y a d’innombrables autres sites pour construire cet hôpital à Bobo.

A ce désordre au sommet s’ajoute un incivisme galopant chez les citoyens dont une partie se retrouve dans une posture de rejet et de défiance systématiques de l’autorité de l’Etat et de la loi. Parfois, cet incivisme se manifeste des actes violents de vandalisme, de destructions de biens publics et privés mais aussi des discours et autres déclarations irrévérencieux vis-à-vis de l’autorité. En fait, l’on est arrivé à une grave crise de confiance entre gouvernants et gouvernés qui se traduit par un manque extraordinaire de considération des seconds envers les premiers. Les personnalités censées incarner cette autorité de l’Etat sont plus perçues comme « des vendues, ne méritant aucun respect » que des hommes et des femmes dignes de confiance ou des exemples à suivre.

Le  Président Kaboré  doit éviter de finir comme Blaise Compaoré

Enfin, la quatrième conséquence est la fragilisation de l’unité nationale et la cohésion sociale. La faiblesse de l’autorité de l’Etat, la politisation et l’inefficacité de la Justice, de l’administration et de l’armée constituent de graves menaces sur la paix, la cohésion sociale et l’unité nationale. Aujourd’hui plus que jamais, le Burkina Faso souffre de l’effritement continu des valeurs et principes cardinaux du vivre ensemble. Les tenants du pouvoir éprouvent du mal à mobiliser la communauté nationale autour des défis auxquels le pays fait face. Par leur façon d’agir, leurs pratiques de gestion du bien commun, ils entretiennent des réseaux de clientèles politiques au lieu de mobiliser toutes les forces de changement au service d’un renouveau politique, institutionnel, économique et social. Du coup, presque tous les groupes socioprofessionnels sont engagés dans des courses effrénées pour la défense de leurs intérêts particuliers. Le pays semble relégué au second plan par rapport aux intérêts de groupes. Plus grave, certains groupes et individus semblent mêmes prêts à brûler le pays pour leurs intérêts égoïstes. Un tel contexte ne peut qu’être profitable aux groupes terroristes qui endeuillent le peuple depuis trois ans. Comme nous l’avons écrit dans notre précédente édition, « le terrorisme prospère dans les communautés où la cohésion sociale s’effrite et où la confiance est rompue entre les différentes composantes de cette communauté. Une quarantaine ou une vingtaine de personnes à des motos ne peut pas entrer et sortir tranquillement dans une communauté soudée et déterminée à protéger ses membres ».

Depuis le début de son mandat, nous n’avons cessé d’interpeller le président du Faso sur l’impératif d’engager un dialogue inclusif national autour de la reconstruction du pacte républicain. En lieu et place des débats politiciens, intéressés et inopérants sur la réconciliation nationale, ce dialogue inclusif devrait permettre d’engager une réflexion collective sur les voies et moyens de ressouder le tissu social, de replacer l’intérêt collectif au cœur de l’action publique, de restaurer l’autorité de l’Etat et de recouvrer ses biens spoliés par certains de ses fils, d’obtenir réparation des préjudices subis par certains Burkinabè du fait d’autres compatriotes, etc. Malheureusement, à moins de deux ans de la fin de son mandat, le Président Kaboré a fait le choix de poursuivre sa route sur les sentiers battus et sinueux de la politique politicienne.

En définitive, peut-on espérer encore un quelconque changement avec le Président Kaboré ? Assurément non. Il faut se rendre à l’évidence. Roch Kaboré ne peut pas incarner le changement. En vérité, c’est le contraire qui aurait été une surprise. Car, comme le dirait Albert Einstein, «ce n’est pas avec ceux qui ont créé les problèmes qu’il faut espérer les résoudre». Le Président Kaboré fait partie, d’une manière ou d’une autre, de ceux qui ont créé les problèmes qui ont été à la base de l’insurrection populaire. Si l’on ne peut pas nier leur contribution (lui, Salif Diallo, Simon Compaoré et leur parti politique) au succès de l’insurrection populaire, l’on ne peut que constater, à l’épreuve de la réalité de l’exercice du pouvoir, que c’est trop demander au Président Kaboré de faire différemment que ce qu’ils ont fait pendant 26 ans aux côtés de Blaise Compaoré.

Cependant, Roch Kaboré peut encore sortir par la grande porte. Au regard de la gravité de la situation actuelle, il peut encore lucidement prendre la sage décision de renoncer au deuxième mandat et décider de consacrer le reste du premier pour mobiliser la communauté nationale autour de l’impératif de sortir le pays du gouffre dans lequel il se trouve. Dans une adresse solennelle à la Nation, il annoncerait cette décision et lancerait un appel à tous les Burkinabè de l’intérieur et de l’extérieur à taire leurs divergences et à mettre tout leur génie au service de la reconstruction nationale sur tous les plans. Il pourrait ainsi convoquer des assises nationales d’un format moins coûteux et permettant à l’ensemble des composantes sociales de s’exprimer sur le Burkina Faso de demain dont elles rêvent.

A contrario,  s’il persiste dans sa volonté de se maintenir, le Président Kaboré court le risque de finir comme Blaise Compaoré et de sortir par la petite porte. Il peut remporter la présidentielle de 2020.  Mais une chose est sûre, le peuple burkinabè  ne se résignera pas à vivre cette des- cente dans les abîmes pendant 7

 

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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  • Analyse objective, ensemble main dans la main, nous relèverons les défis qui sont les nôtres, faire porter le chapeau de l’insuccès au seul président, serait inexacte, c’est chaque Burkinabè à quelque niveau qu’il soit se doit d’apporter sa contribution si minime soit-il, avec courage, patriotisme, sacrifice. le développement ne se décrété ni la présidence du Faso, ni au premier ministère, un dirigeant fort n’est que le résultat d’une population disciplinée, éduquée travailleur. Chaque pays se choisit son dirigeant parmi ses fils, si nous ne voulons pas être à la charge ou la remorque des autres pays en ces temps de regroupement, travaillons sans relâche dans une bonne discipline, la récolte sera bonne pour tous.

Boureima OUEDRAOGO Ecrit par Boureima OUEDRAOGO

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