SITUATION NATIONALE : «Nous sommes en train de privilégier le terrain du désaccord au détriment du terrain du dialogue, de l’entente et de l’unité»

Il est une évidence aujourd’hui : le pays des hommes intègres a mal dans sa peau. Le pays ne va pas bien, et il ne faut pas se voiler la face. Depuis un certain temps, notre pays, le Burkina Faso, est rythmé  d’évènements qui se déroulent à une vitesse à caractère exponentiel. On peut noter l’insécurité grandissante marquée particulièrement par des attaques terroristes à répétition qui, non seulement plongent des familles et la Nation dans le deuil, mais aussi occasionnent des déplacés internes.

Ces attaques terroristes de ce fait arrachent à notre pays ses bras valides et créent des nécessiteux, des défavorisés au sein de la société burkinabè. Je saisis l’occasion pour traduire mes sincères condoléances aux familles éplorées ainsi que ma compassion aux déplacés. Je salue la mémoire de nos braves soldats et policiers tombés sur le champ de bataille pour la défense de la patrie. On note également les revendications syndicales. Presque dans tous les secteurs ministériels, il y a des mouvements d’humeur et des grèves qui paralysent malheureusement les activités administratives  et socioéconomiques.

Les conséquences sont lourdes. En guise d’exemples, dans le domaine de la santé, les mouvements d’humeur ont des impacts négatifs sur la santé de nos populations, on peut même imaginer des conséquences tristes ; tous, nous avons été témoins des grèves des agents du MINEFID qui ont ralenti l’économie de notre pays ; le secteur de l’éducation n’a pas fait exception et ce qui  est dommage dans ce domaine, les conséquences néfastes s’étendent sur le court terme et sur le long terme.

Tout récemment, les gestionnaires de l’administration publique étaient          en mouvement d’humeur. On peut continuer la liste, mais ces exemples témoignent bien que le monde syndical est en pleine lutte, et n’entend pas baisser les bras. Face à ces revendications, le gouvernement, dit-il, est ouvert au dialogue et travaille à apporter des réponses adéquates. Le mouvement syndical accuse, à son tour, le gouvernement d’un manque de volonté réelle à mettre en œuvre certains points des accords signés avec les différentes corporations syndicales. Nous sommes dans une situation où chacun tire le drap de son côté, et c’est vraiment triste.

Chaque partie a raison. Mais, est-ce que chaque partie accepte d’entendre raison ? Est-ce que chaque partie accepte de se laisser guider par la raison ? Chaque partie se laisse-t-elle illuminer par les lumières de la raison ?

Le tableau n’est pas reluisant, et il  nous faut le reconnaître. Ce tableau doit, à mon avis, nous interpeller sur deux choses essentielles sans lesquelles il nous est impossible de bâtir une République au service des Burkinabè : le sens de notre humanité et celui de la politique en tant que gestion saine de la cité. Une gestion saine qui nous arrache de nos obscures solidarités que sont nos solidarités ethniques, tribales et religieuses pour nous situer à un niveau supérieur, à un sens suprême d’humanité. Une gestion saine qui réalise la vie heureuse.

Cette double interpellation doit nous conduire à nous poser des questions décisives. Je dis bien ‘’nous’’, car il s’agit d’une responsabilité collective. La gestion du pays incombe à tous les filles et fils du Burkina Faso.

Avec ce tableau non reluisant, il me semble que nous sommes en train de privilégier le terrain du désaccord au détriment du terrain du dialogue, de l’entente et de l’unité. S’agissant des revendications syndicales, à quoi sert de signer des accords quand on sait qu’on ne peut pas les respecter ? Pourquoi ne pas tenir un langage de vérité ?

Qu’est-ce qui coûte de se retrouver dans le cadre d’un dialogue franc entre gouvernement et corporations syndicales pour se dire ce qui peut être fait et ce qui ne peut pas être fait. Le dialogue n’a pas de prix. Aujourd’hui, cette rencontre  est une urgence. Comme on le dit, cette rencontre permettra aux différentes  parties en présence ‘’de mettre un peu d’eau dans leur vin’’ pour le bonheur du peuple burkinabè. Par ailleurs, nos forces politiques doivent contribuer à l’ancrage de cet esprit de dialogue au sein de nos populations : majorité et opposition doivent se donner la main au nom de l’intérêt général, de la cohésion sociale et de la sécurité.

Je suis convaincu que l’une des armes que nous pouvons utiliser contre le terrorisme est notre unité. Et cette unité ne sera possible que par le dialogue. Sommes-nous prêts, filles et fils du Burkina Faso, à emprunter ce chemin du dialogue ? Il me semble aussi que nous sommes en train de privilégier le terrain de l’avoir et des intérêts égoïstes au détriment de l’être et de l’humanité. Comme le disait le Professeur Augustin Dibi Kouadio, philo- sophe ivoirien, quand « une communauté se soucie uniquement de conjuguer le verbe ‘’AVOIR’’, sans une seconde diriger son regard vers le verbe ‘’ETRE’’, ne fait-elle pas le choix d’une culture quantifiante, ne proposant à l’homme que la consommation, c’est-à-dire, élevant à l’absolu sa  dimension animale?

Faire de l’avoir le but ultime de la vie, c’est, au fond, indéfiniment avoir des dettes, car abandonnés aux mirages du désir, créant toujours un vide à combler, nous avons en n’ayant pas». Quand une cité, une organisation syndicale, une formation politique n’est plus capable de prendre en compte la situation des défavorisés, des nécessiteux, des faibles et des sans-voix, elle vide son humanité. Quand nous voulons à tout prix faire prévaloir nos intérêts, nous finissons par détruire notre vivre ensemble. Sommes-nous devenus insensibles au cri et à la splendeur de l’humain ?

Sommes-nous devenus insensibles aux valeurs de tolérance, de pardon, de respect et de solidarité? Quelles valeurs voulons-nous transmettre à nos jeunes frères et sœurs, à nos enfants ? Quelle cité voulons-nous bâtir pour nous-mêmes et pour notre postérité ? Le Burkina Faso ne se portera bien tant qu’individuellement et collectivement, nous n’aurons pas répondu à ces questions dans le sens du renforcement de notre humanité, de la cohésion sociale et des valeurs que prône  un État de droit.

Quant à la situation d’insécurité dans laquelle nous sommes plongés, elle est le fait d’individus qui poursuivent des intérêts égoïstes et politiques. Des poursuites d’intérêts égoïstes soutenues par des forces obscurantistes extérieures dont l’objectif est de déstabiliser la tranquillité de nos populations et le processus de démocratisation de notre chère patrie. C’est le lieu de saluer le courage de nos Forces de défense et de sécurité pour le combat qu’elles mènent sans cesse contre ces forces du mal. Un combat d’ailleurs qui mérite davantage l’implication des hauts gradés de notre Armée nationale, et des corps para-militaires. Un combat qui mérite davantage le concours de tous les Burkinabè. C’est dans la solidarité avec nos Forces de défense et de sécurité que nous viendrons à bout de cet ennemi commun qu’est le terrorisme.

Voilà pourquoi nous devons rester vigilants et veiller constamment sur notre humanité. Main dans la main, mais surtout dans la prière, le Burkina Faso connaîtra des lendemains meilleurs. Comme dit le psalmiste dans le psaume 126, «Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain. Si le Seigneur ne garde la ville, c’est en vain que veillent les gardes». Que Dieu bénisse le Burkina Faso !

SORGO Léindé Albert

Professeur des  lycées et collèges Option : Philosophie

Étudiant en Master II-Philosophie +226 78356483

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