SITUATION SECURITAIRE ET POLITIQUE AU BURKINA : Le printemps des impostures et du nationalisme épidermique !

L’actualité nationale au Burkina Faso est encore dominée par la question sécuritaire qui continue de susciter des polémiques stériles et inopérantes entre les acteurs politiques, d’une part, et d’autre part, entre prétendus activistes sur les réseaux sociaux. Les différents acteurs se disputent la palme de l’insouciance, des accusations et des ripostes infantiles pendant que la situation commande un minimum de sens de la responsabilité, du devoir envers la patrie et des compatriotes qui souffrent dans leur être de cette situation. On fabrique même des faus- ses nouvelles autour desquelles on active et gonfle la polémique, surchauffe les esprits comme si l’on cherchait à susciter une révolte inattendue et déstabilisatrice de l’équilibre sociopolitique déjà précaire. Malgré cette atmosphère déjà tumultueuse, l’on  assiste à une sorte d’hystérie collective marquée par l’expression d’un nationalisme déraisonné, voire épidermique qui n’apporte rien au pays par ces temps d’incertitudes.

Depuis le 19 novembre 2019, le ministère français des Affaires étrangères (Quai  d’Orsay) déconseille la destination du Burkina aux ressortissants de ce pays. Le pays des Hommes intègres est devenu peu sûr pour les Français. Le pays de la liberté, l’égalité et de la fraternité tient à la vie de ses nationaux plus que tout au monde. Et il ne pouvait en être autrement. On ne peut donc raisonnablement pas en vouloir à la France de chercher à protéger la vie de ses citoyens. C’est le contraire qui aurait été condamnable. On ne peut pas non plus lui en vouloir de mettre ses intérêts au-dessus de ceux burkinabè. Pour le reste, notamment, sur la Françafrique et le pillage des ressources de certains pays du continent par l’ancienne puissance colonisatrice, c’est un autre débat.

D’ailleurs, la France n’est pas la seule dans cette volonté de protéger ses ressortissants des risques que représente un séjour au Burkina Faso par ces temps qui courent. Les Etats-Unis d’Amérique viennent de prendre des mesures plus drastiques en évacuant les familles de leurs ressortissants travaillant au Burkina. Le personnel burkinabè est aussi sommé de ne pas fréquenter certains quartiers de la ville de Ouagadougou. D’autres pays suivront, avec des mesures peut-être plus discrètes mais ayant la même finalité, que celles prises par la France et les USA. Les Burkinabè  doivent se rendre à l’évidence. La vie humaine est sacrée et la première responsabilité des Etats est de garantir le premier droit humain : le droit à la vie.

Si l’Etat burkinabè et ses gouvernants peuvent continuer à dormir tranquilles pendant que de sinistres individus endeuillent chaque jour plusieurs familles, ce n’est pas le cas des Français, des Américains et des autres amis de l’autre côté des océans. Si le président du Faso peut s’entourer d’hommes et de femmes de peu de vertu, capables de monnayer ses audiences sans être sanctionnés, pourquoi le gouvernement s’étonne que les autres ne le prennent pas au sérieux et doute de sa capacité à protéger leurs ressortissants et à apporter des réponses à la hauteur des exigences de la situation.

Si le gouvernement continue de louvoyer, de faire du surplace et de se montrer incapable de sonner le rassemblement, de mettre le pays au travail et de faire régner l’ordre et la discipline indispensables à tout progrès économique et social, il ne peut pas espérer être traité autrement qu’avec le mépris, l’irrespect et la défiance aussi bien des nationaux que des partenaires extérieurs le font aujourd’hui. Si les gouvernants burkinabè se complaisent à se chatouiller pour rigoler, à tourner en rond quand l’heure est grave et exige de l’action, de la réaction, des réponses massives et redoutables, ils peuvent continuer à voir dans l’autre la responsabilité de leur échec.

Ce n’est pas ainsi qu’ils pourront trouver des solutions aux problèmes cruciaux qui menacent la société et l’Etat. Tant que la politique restera une arène pour imposteurs où se déroulent, sous les regards indifférents de la majorité, des concours de médiocrité dont les candidats les plus en vue sont ceux qui ont plus de talents de trompeurs, l’on ne peut que sombrer progressivement dans la détresse et le désespoir.

Si les politiciens burkinabè sont capables de privilégier l’organisation d’une élection à la préservation de la vie de leurs compatriotes, en France et aux USA, ça se passe autrement. Si les citoyens burkinabè peuvent vaquer tranquillement à leurs occupations et continuer à se battre pour des intérêts individuels ou de groupes pendant que le pays fait face à des défis sécuritaires énormes, ailleurs, les choses ne se passent pas ainsi. Si les Burkinabè présumés éclairés, dans leur majorité, investissent leurs énergies et leurs génies dans la recherche de raccourcis et pour s’enrichir sur le dos de leurs compatriotes, ils doivent souffrir que les autres peuples tiennent leurs dirigeants responsables de leur gestion et veillent à ce que, à défaut de leur offrir le paradis, ils préservent le minimum qui leur font tenir ensemble : la nation.

Si des jeunes burkinabè se croient plus patriotes que les autres parce qu’ils peuvent se permettre tout sur les réseaux sociaux (injurier, calomnier, et s’ériger en experts de questions dont ils n’ont aucune maîtrise), ils peuvent passer leur temps à s’en prendre aux autres. Ça ne changera rien à leur situation actuelle.  Si dans tous les segments de la société, l’on continue à faire de l’hypocrisie, la course aux gains faciles, le mensonge et la flagornerie les traits communs, il ne faut pas être surpris que les forces du mal parviennent à infiltrer la société à tous les niveaux, perturbent le  vive ensemble et menacent la paix et la stabilité des institutions de l’Etat. L’on se retrouve dans une sorte de printemps des impostures du  nationalisme épidermique. Personne n’écoute personne.

La guerre sur plusieurs fronts

Pour que le Burkina Faso, ses gouvernants et ses citoyens forcent le respect qu’ils exigent des autres, ils doivent s’imposer un minimum de socle commun autour duquel, ils peuvent taire leurs divergences, leurs intérêts égoïstes et bassement matériels pour se dresser comme un seul homme face au défi de préserver la patrie et son honneur. Le peuple burkinabè est capable de tous les sacrifices et du meilleur. Il suffit d’avoir le leadership qui le porte et le dirige. Bref, le Burkina Faso est en guerre. Mais comme si ses fils ont renoncé aux vraies batailles à mener, l’on assiste à une sorte de passes d’armes, à la limite de l’irresponsabilité entre politiques qui se moquent éperdument de la détresse de leurs compatriotes. Cela fait quatre longues années que dure cette torture morale infligée aux gens de bonne foi.

Finalement, la guerre ne concerne pas que le front sécuritaire. Elle touche également l’arène politique, le front social, les espaces publics et privés. Car, le Burkina Faso fait face, d’une part, à la guerre que lui ont imposée des groupes terroristes, des bandits armés et divers groupuscules dont les motivations sont plus à rechercher dans une perspective de déstabilisation que dans la promotion d’une quelconque valeur de piété ; et d’autre part, à l’urgence d’une bataille pour la reconstruction du pacte social et républicain.

L’impératif d’une large concertation nationale

Face à cette situation, la désunion ou les regroupements d’intérêts égoïstes ne sauraient avoir droit de cité. Il faut impérativement parvenir à la mobilisation générale pour résoudre la situation actuelle, redéfinir par consensus, les fondations et les piliers du Burkina nouveau en partant des valeurs et principes partagés. Une fois de plus, nous insistons sur l’impératif pour le président du Faso de consulter l’ensemble des composantes sociopolitiques nationales autour des grands défis de l’heure. Il doit s’élever au-dessus des positions maximalistes des faucons de son camp politique. Il doit assumer pleinement son leadership dans la construction d’un nouveau départ avec toutes les forces vives nationales. Pour cela, il lui faut organiser une large concertation nationale en évitant soigneusement les formats folkloriques de fora et autres foires qui n’aboutissent à rien du tout.

Il pourrait, dans la discrétion de son palais, écouter son peuple, à travers ses sages, ses experts, ses personnes ressources, ses exclus et minorités, etc. Tous ces interlocuteurs doivent être représentatifs de la diversité socio- culturelle et géographique du pays. Cela lui permettra de prendre toute la mesure du drame que vit son peuple, ses espoirs. Ce sera surtout d’écouter des voies autres que celles des courtisans et autres profiteurs, de prendre en compte les génies, les mécanismes d’identification de sociétés de paix et des capacités de résilience dont les communautés burkinabè sont dépositaires.

Cette large consultation nationale peut déboucher sur des décisions fortes pouvant permettre de sortir le pays de l’impasse. Il peut déboucher sur un accord entre tous les acteurs, une mobilisation nationale autour de l’essentiel. Dans une adresse à la nation, le président du Faso pourrait alors annoncer ces mesures fortes ainsi que les modalités de leur mise en œuvre. L’une des modalités pourrait être la dissolution du gouvernement Dabiré et la mise en place d’un gouvernement de combat, comme l’a, du reste, suggéré un des partis de la majorité présidentielle, en l’occurrence le Rassemblement des patriotes pour le renouveau (RPR). Cette proposition doit être examinée avec tout le sérieux que commande la situation actuelle du pays.

Mais il faudra, dès le départ, s’accorder sur le fait qu’il ne s’agit pas de ce type de gouvernement pléthorique d’union nationale ou de partage de postes entre partis politiques de tous les courants. Il devrait être un gouvernement très resserré autour du président du Faso, avec ou sans Premier  ministre, composé d’une dizaine ou tout au plus une quinzaine de membres avec pour mission d’œuvrer, dans un délai relativement court, au retour de la stabilité et de la confiance, du minimum de quiétude indispensable à l’organisation des élections. Certains politiques sont devenus allergiques à toute idée de report des élections. Mais l’essentiel n’est pas d’organiser des élections. Est-ce que ces processus qui coûtent des milliards changeront fondamentalement quelque chose dans le quotidien des Burkinabè et dans l’avenir de leur pays ?

Aller aux élections sans régler certains préalables risque de conduire au chaos. En tous les cas, il y a urgence d’éloigner le pays du précipice. Il s’en rapproche très dangereusement. Il  faut  un sursaut collectif. Il faut passer du discours à l’action. Il faut remobiliser et réarmer les Burkinabè sur tous les fronts. Le président du Faso et sa majorité doivent se rendre à l’évidence. Quelles que soient les réalisations qu’ils pourront faire, ils ne réussiront aucun changement qualitatif dans la désunion, l’incivisme généralisé et la politisation outrancière de l’appareil d’Etat.

Mieux, ils rateront  leur entrée dans l’histoire en passant à côté du défi de  rassemblement, de cohésion et de redressement de la société. Ils en ont aujourd’hui les moyens et la légitimité. Il leur reste surtout à trouver la bonne démarche, les bonnes personnes, les bonnes décisions au bon moment. Tout n’est pas politique. A certains moments, il faut porter d’autres lunettes que celles qui voient intérêts, adversaires ou ennemis partout. Il faut savoir répondre à l’appel du pays, sans calcul aucun.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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