SOCIALISME A LA CHINOISE : Un modèle de progrès socioéconomique dans l’ordre et la discipline

Du 24 au 31 août 2019, 12 responsables d’entreprises de presse burkinabè ont séjourné en République populaire de Chine. C’était à l’initiative de l’Ambassade de Chine au Burkina. Ce voyage de presse a permis aux membres de la délégation de découvrir quelques pans de la Chine nouvelle, son histoire et surtout son organisation et quelques reflets des progrès socioéconomiques et technologiques réalisés au cours des 70 dernières années. Rencontres avec les Directions Afrique du ministère des Affaires étrangères et du Parti communiste chinois (PCC), un grand Groupe de construction d’infrastructures socioéconomiques, visites des locaux de grands médias chinois, de sites touristiques et de places historiques. De Beijing (Pékin) à Yiwu en passant par Shanghaï, la délégation a été émerveillée par ce pays qui représente à lui seul, près de 20%  de la population mondiale et  dont le modèle de gouvernance a réussi extraordinairement à instaurer l’ordre et  la discipline indispensables à tout progrès sociétal.

Dimanche 25 août 2019,  il est un peu plus de 10 h, heure  locale à la place Tiananmen au cœur de la capitale chinoise. Ce lieu de sinistre réputation dans les médias internationaux, grouillait pourtant de monde (près de 80000 visiteurs par jour en ce mois d’août) en majorité des Chinois. En s’y rendant, la délégation des journalistes était loin de  s’imaginer qu’il s’agissait d’un haut lieu touristique qui jouxte avec le Mausolée de Mao Tsé Tung, l’Assemblée populaire nationale, la cour impériale, etc. C’est aussi le lieu où se déroulent les grandes cérémonies à caractère national (fête nationale, parades militaires, etc.).

C’est une foule immense de touristes nationaux et étrangers qui défilait sur cette place Tiananmen que les guides font découvrir avec fierté aux visiteurs. Après cette place historique, la visite s’est poursuivie dans la «Cité interdite» ou le palais de l’empereur, en entrant par la «porte de la paix céleste», l’entrée sud dudit palais. Construit entre 1368 et 1644 pendant le règne de la dynastie des Ming, ce palais est une véritable œuvre architecturale qui défie le temps. Plus de 500 ans après, les bâtisses, le plus souvent en bois, demeurent presqu’intactes et attirent de nombreux touristes. On découvre dans cette cité interdite, une autre ville avec des centaines de bâtiments réservés à l’empereur, à l’impératrice, aux autres  femmes et à la famille. Ce lieu révèle tout l’art de la planification spatiale dans la construction des bâtiments, intégrant à la fois, les espaces verts, les dispositifs de sécurité, etc. Bref, tout ou presque a été pensé dans la construction de ce palais impérial.

Parlant justement de sécurité, la Grande Muraille est un autre symbole de l’intérêt que les empereurs accordaient à cette question. Erigée en se servant des collines autour de Beijing, cette muraille est également l’une  des attractions de la capitale chinoise. Après la place Tiananmen, cap sur la muraille pour défier les hauteurs. Classée patrimoine mondial de l’Unesco en 1987, la grande Muraille s’étend sur presque 9000 kilomètres et fait partie des sept merveilles du monde. C’est l’une des plus anciennes et impressionnantes constructions (environ 2000 ans). L’accession à son sommet suit un chemin tortueux en escaliers, dans les flancs des montagnes et culmine à environ 1000  mètres d’altitude. Comme les autres visiteurs, la délégation de journalistes s’y est essayée, mais seuls quelques courageux sont parvenus au sommet. Pourtant, Alexandra, «la Guide», leur avait lancé le défi en lisant une citation de Mao écrite sur un panneau au bas de la muraille et selon laquelle : «Celui qui n’a pas gravi la grande Muraille n’est pas un homme  ». Certains ont tenté de montrer qu’ils sont des hommes et des vrais. D’autant plus que la délégation ne comptait aucune femme. Mais à l’épreuve, il fallait se rendre à l’évidence : renoncer. Mais, finalement, ce fut une bonne épreuve sportive pour tous, pour bien entamer le séjour chinois.

Les médias, l’autre reflet du progrès et du modèle chinois

Après cette première journée de découverte touristique, place à un marathon plus politique. Pour mettre l’eau à la bouche des patrons de presse, les hôtes chinois ont choisi de démarrer ce marathon par une visite du siège de la Télévision centrale de Chine (CCTV). C’est un impressionnant immeuble de 52 étages, 3 étages souterrains et hauts de 234 mètres, qui abrite cette télévision d’Etat et une autre, la China Global Television network (CGTN). D’une architecture unique, conçue par un Danois, le siège de la CCTV est bâti en deux tours qui se fusionnent à 163 mètres (34e étage) pour  former un même immeuble.  

En avril 2018,  ces médias fusionnent et deviennent China Medias Group (CMG). La CMG ce sont 33 studios, dont un de 2000 m2, 17 chaînes, 40000 employés, plusieurs langues, dont le Mandarin (Chinois), les langues nationales minoritaires, l’anglais, le français, etc. Ce sont également 13 radios FM dans d’autres pays, dont 7 africains, avec un grand  investissement des réseaux sociaux et des abonnés dans presque tous les pays du monde, quand bien même ces réseaux ne sont pas accessibles dans la capitale.

La visite des locaux a permis de découvrir des installations et plateaux techniques de haute technologie qui ont mystifié les journalistes et patrons de presse. Ici, il n’est point possible d’avoir le budget ou les sources de financement. Selon les premiers responsables, en plus de l’Etat, le Group fonctionne sur la base de ses recettes. Mais aucun  de nos interlocuteurs n’a pu avancer le chiffre d’affaires, même approximatif. Eux, ne s’occupent pas de ces questions. La visite d’un autre média, en l’occurrence l’Agence de presse Chine nouvelle, a également offert de voir la forte percée technologique de la presse chinoise. Bref, ce groupe de médias est à l’image de la Chine : à la conquête du monde tout en préservant son marché intérieur, son public national, ses valeurs culturelles, mais surtout une vision politique portée par le Conseil des Affaires d’Etat (le gouvernement chinois) et du Président Xi Jinping.

La politique africaine : ni pré-carré, ni ingérence

Afin de mieux comprendre la politique  étrangère de la Chine, rendez-vous est pris au ministère en charge de ces questions, notamment la Direction Afrique dudit ministère. Là, la délégation a eu l’occasion d’assister à la conférence de presse hebdomadaire qu’organise ce département mais aussi d’échanger avec les responsables de cette Direction. De ces échanges, il ressort que la politique africaine de la Chine est basée sur «la bonne foi, l’intérêt partagé, le respect et la non-ingérence dans les affaires intérieures. L’objectif est de construire une communauté de destin sino-africaine».

Le partenariat  avec l’Afrique porte principalement  sur l’appui au renforcement du capital humain et à la culture. «La coopération entre la Chine et l’Afrique a donc une grande différence avec celle des pays ayant une histoire coloniale avec ce continent. Contrairement aux autres, la Chine ne recherche pas de pré-carré en Afrique. Elle ne cherche pas à prendre la place des autres, ni en Afrique ni ailleurs. Elle cherche plutôt à se faire sa place dans le respect des autres. Les images que véhiculent les médias occidentaux ne correspondent pas à la profondeur et à la réalité des relations entre la Chine et les pays africains. »

Le Burkina Faso a renoué sa coopération avec la République populaire de Chine, il y a seulement un an. Mais déjà, la Chine est le premier investisseur dans le backbone national en fibre optique. Parmi les grands projets financés par la Coopération Chinoise, l’on peut noter celui de la construction de l’Hôpital de référence de Bobo-Dioulasso. La Chine est prête et une fois la partie burkinabè aurait réglé la question du choix du site, les travaux vont démarrer. La Chine finance d’autres projets dans le domaine de l’agriculture, des infrastructures socioéconomiques, des médias, etc. Bref, la coopération sino-burkinabè s’annonce porteuse, foi du Directeur adjoint du département Afrique du ministère des Affaires étrangères.

Le socialisme à la chinoise ou le secret du progrès social et économique

Le décollage économique de la Chine commence avec l’accession au pouvoir du Parti communiste chinois (PCC). Nous avons été reçus au Bureau Afrique du PCC par la Directrice adjointe du département Afrique du parti, YE Boran. Au parti communiste chinois, l’idéologie et le projet politique ne sont pas juste des symboles. C’est le ciment de la gouvernance et des politiques publiques. Accédé au pouvoir en 1949,  il a engagé une réforme en profondeur de la société chinoise avec comme ambition,  la construction d’une Chine nouvelle. Cette phase des réformes sociales, institutionnelles et de refondation du système économique a été engagée entre 1949 et 1978. Le pays amorce alors son développement industriel, s’est doté de la bombe atomique et celle hydrogène, bref, elle s’est imposée en une puissance militaire,  politique et économique. De 1979 à nos jours, sous le leadership du PCC, le gouvernement s’est lancé dans la construction d’un Etat moderne. Résultat ?  Quelques 30 ans plus tard, le pays est devenu la deuxième puissance économique mondiale.

En somme, la grandeur de la Chine a été pensée et mise en route par les leaders successifs du PCC, de Mao Tsé Tung à Xi Jinping. Parti de 50 membres à sa fondation, le PCC compte aujourd’hui 90 millions  d’adhérents. Mais comment un parti de 90 millions d’adhérents peut-il diriger de main de maître un pays de 1,4 milliards d’habitants ? L’adhésion au parti communiste est pourtant ouverte à tous les Chinois ayant au moins 18 ans. Mais les critères de sélection sont tels que certains demandeurs peuvent faire jusqu’à 3 ans d’observation avant d’être acceptés. Il n’y a pas que ça. Le PCC a réussi à imposer au peuple chinois, ce qui manque à beaucoup d’autres à travers le monde, surtout en Afrique : l’ordre et la discipline. La grandeur et l’intérêt de la Chine au-dessus de tout.

En plus du PCC, il y a 8 autres partis qui participent tous à la gestion du pays, à travers la Conférence consultative politique du peuple chinois (CPPC). Le PCC entretient des relations d’amitié  avec près de 400 partis à travers le monde,  dont 40 en Afrique, qui sont majoritaire- ment des partis au pouvoir. Mais qu’est-ce qui explique le succès du PCC ? A cette question, la Directrice adjointe des affaires africaines,  droite  dans  ses bottes, répond  : l’expérience de la gouvernance   de  l’Etat   par   le PCC est fondée sur un noyau de gouvernants très forts et très patriotes ; la priorité sur l’intérêt supérieur du peuple chinois ; le service du peuple et de ses intérêts ; la recherche constante de la vérité et de la transparence dans la gestion publique ; le respect et un sens élevé de l’Etat et des responsabilités ; l’organisation, la formation idéologique et politique de la jeunesse et du peuple ; la lutte contre la corruption , etc. »

Avec le parti communiste, «la Chine avance selon sa propre vitesse, loin des analyses et autres projections pessimistes des occidentaux, s’adapte aux évolutions du contexte international et tirant les leçons des expériences diverses à travers le monde». Au sortir de cette rencontre, l’on comprend mieux comment ils en sont arrivés-là, ces Chinois qui ont construit d’abord de l’intérieur avant de s’ouvrir au monde, et menacent aujourd’hui les espaces jusque-là acquis aux occidentaux, même sur leurs propres terres.

Shanghai : l’autre métropole chinoise, carrefour des échanges commerciaux

Après Beijing, la randonnée des responsables de médias burkinabè s’est poursuivie sur Shanghai, l’autre métropole qui porte fièrement le progrès chinois : des gratte-ciels par ci, par-là, des infrastructures routières et autres aménagements urbains savamment pensés et mis en œuvre. Bâtie sur 6 300 km2 elle compte 26 millions d’habitants et se positionne comme l’un des centres internationaux de commerce avec environ 400 milliards de dollars d’échanges commerciaux en 2018. La ville crée chaque année, environ 600 mille nouveaux emplois, selon les responsables des Affaires étrangères de la métropole.

Parmi les artisans de ces infrastructures ultra modernes, il y a Shangaï Construction Group (SCG), un géant des travaux publics et bâtiment qui a réalisé 21 des 111 gratte-ciels du pays, plusieurs ponts et chaussées, avec près de 37 000 emplois créés.

Shangaï, c’est aussi des centres de projets d’innovation technologiques.

Nous avons pu visiter un centre d’innovation technologique où des jeunes ont récupéré et réhabilité une vieille usine où ils développent plusieurs technologies, dont la construction de robots intelligents qui obéissent aux instructions ou programmés pour accomplir des tâches dont on leur commande l’exécution.

Dernière étape de la visite, la ville de Yiwu, un autre centre commercial.  Cette ville abrite l’un des plus grands marchés au monde avec près de 75 boutiques dont la  majorité fait du commerce en gros. Là encore, l’on  découvre le talent de planification urbaine de la Chine. Le Maire adjoint de cette ville explique, avec une légitime fierté, que sa ville a accueilli, entre 2018 et 2019, environ 3000 commerçants africains, dont des Burkinabè. Trois Burkinabè y résident et ont créé leurs entreprises. Malheureusement, la durée de séjour était très courte et nous n’avons pas pu rencontrer ces compatriotes installés à Yiwu. Et c’est là qu’a pris fin la visite.

Après une semaine d’intenses découvertes, l’heure du retour a sonné en ce vendredi 30 août 2019, en fin de matinée. Il fallait rejoindre Shangani d’où le vol retour était prévu. Comme l’a voulu l’Ambassade de Chine à Ouaga, ils sont allés, ils ont vu et ils se sont fait leur propre idée de la Chine, de son socialisme et de sa gestion du pays ainsi que son efficacité et sa capacité à défier tous les pronostics pessimistes sur son éventuel effondrement.

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Le succès du modèle chinois doit interroger

Libertés individuelles et collectives, démocratie, droits humains, bref, Etat de droit. C’est le modèle aujourd’hui magnifié comme la forme aboutie d’organisation des sociétés humaines. Depuis la dislocation de l’Union soviétique et de la chute du Mur de Berlin, les rares survivances régimes socialistes à travers le monde sont perçues comme des dictatures et traitées comme telles par les faiseurs d’opinion au plan international, avec la bienveillance, sinon le soutien actif des puissances occidentales. Mais le succès du modèle chinois, le «socialisme à la chinoise» comme ils le disent eux-mêmes, est le témoignage qu’il n’y a pas qu’une seule voie de progrès de l’homme. Il montre clairement que l’ordre et la discipline constituent des atouts indispensables à la construction de sociétés de progrès.

La Chine vient de loin. Elle est passée de l’Etat du sous-développement à la deuxième puissance économique  mondiale en 70 ans. Ce succès doit interpeller les Africains qui peinent à trouver leur propre voie dans la quête du bien-être individuel et collectif. Il doit interpeller aussi sur l’urgence de s’appuyer sur ses propres forces et non sur les soutiens et les appuis de coopérations ou de puissances étrangères en quête de pré-carré  ou de stratégie de pillage des ressources naturelles des Etats.

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La Chine  en quelques chiffres

Population : 1,4 milliards d’habitants

PIB en 2019  : 90 000 milliards,  soit 2 fois celui du Japon, 3 fois celui de l’Allemagne et 30% du PIB mondial  ;

16 millions de citoyens vivant en dessous du seuil de pauvreté, sur 1,4 milliards  soient 1,7% ;

131 000 Km de voies ferrées, soit 60% des lignes de train à grande vitesse qui ont atteint 350 km/heure  ;

Passage très prochain  à la technologie 5e Génération ou 5 G ;

Le bâtiment le plus élevé abritant les services d’une banque culmine à 180 étages ; Des dizaines de ponts de plus d’un km.

Sources : Entretiens au ministère des Affaires étrangères et au PCC

Boureima OUEDRAOGO
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