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TENTATIVE D’EXPORTATION FRAUDULEUSE DE L’OR : Sanctionner sévèrement le pillage organisé des ressources minières

Les rebondissements dans l’affaire de la tentative d’exportation frauduleuse de l’or par la société IAMGOLD Essakane ont mis encore à nu la légèreté et l’insouciance avec lesquelles certains gouvernants et fonctionnaires gèrent le bien public. Cette énorme supercherie a échappé à tous les acteurs de la chaîne de contrôle de pareilles opérations. A moins qu’il n’y ait eu des omissions volontaires ou des complicités sur toute la chaîne. Pire, quand le pot aux roses a été découvert, certains acteurs, notamment le ministère en charge des mines et la BNAF, ont tenté d’obstruer la manifestation de la vérité. Le ministère s’était fendu alors d’un communiqué dans ce sens. Aujourd’hui, les experts commis par le Procureur général près la Cour d’appel de Ouagadougou ont livré leurs rapports. C’est  désormais confirmé. Il y a eu une tentative manifeste d’exportation frauduleuse de l’or par Essakane en fin 2019. Si la loi est appliquée, l’Etat burkinabè pourrait encaisser, avec cette affaire, la bagatelle de plus de 335 milliards de francs CFA de pénalités, sans compter la valeur de l’or saisi estimée à plusieurs autres milliards de nos francs. Le Président Roch Marc Christian Kaboré et son gouvernement ont là une occasion en or pour montrer leur attachement à la bonne gouvernance et à la lutte contre le pillage organisé des ressources minières du pays par les multinationales.

Le 31 décembre 2018, nous annoncions sur notre site, une saisie d’une importante quantité de charbon fin supposé de IAMGOLD Essakane à la gare ferroviaire de Bobo-Dioulasso par la Brigade nationale de lutte anti- fraude de l’or (BNAF), sur instruction  du Procureur général près la Cour d’appel de Ouagadougou. De sérieux soupçons de tentative d’exportation frauduleuse de l’or pesaient sur cette cargaison en partance pour le Canada via le port d’Abidjan. Dans notre édition N°254 du 15 au 31 janvier 2019, nous sommes ensuite revenus plus en détails sur cette affaire rocambolesque que l’on a tenté de dissimuler. Depuis, que de tractations de toutes sortes pour laisser filer la marchandise suspecte. Heureusement, le Procureur général est resté droit dans ses bottes et a requis l’expertise de la marchandise saisie. Les rapports d’expertise sont bouclés. Les conclusions sont claires : sur toute la ligne, il y a eu une volonté manifeste de dissimuler les informations justes sur le produit à exporter avec des pratiques frauduleuses sur plusieurs plans.

Aussi bien dans la nature du produit, des quantités que de la teneur en métaux précieux, il y a eu de fausses déclarations de la part de la société. Cette dernière avait, malgré tout cela, bénéficié des autorisations nécessaires pour exporter son charbon fin supposé. Le rapport d’expertise révèle que ce charbon-là  est loin d’être fin. Pire, les quantités déclarées sont loin de refléter la réalité. Les analyses révèlent surtout que ce fameux charbon contenait environ 393,41 kg d’or, 127,42 kg d’argent, 580,58 kg de cuivre, 5401,78 Kg de fer, 32,36 de zinc et 133,38 kg de manganèse.

L’on se souvient encore qu’au moment des faits et face à la polémique qui s’en est suivie, le ministère en charge des mines s’était fendu d’un communiqué pour rassurer les Burkinabè que tout s’est passé dans les règles de l’art et donc dans le strict respect de la loi en la matière. La Direction de la société nous avait promis de nous recevoir pour apporter la juste information. Jusqu’à l’heure où nous bouclions ces lignes, ce rendez-vous de la vérité n’a jamais eu lieu.

La BNAF, après plusieurs jours d’enquêtes qui ont permis d’auditionner plusieurs acteurs de la chaîne qui ont concouru à l’accord des autorisations nécessaires pour l’exportation du fameux charbon fin, a conclu « à l’absence d’infraction de fraude à la commercialisation de l’or et des autres substances précieuses ». Mais voilà ! Aujourd’hui, les rapports d’expertise ont clairement établi les tentatives de fraude par la société minière, laissant entrevoir des complicités au plus haut niveau.

De l’impératif de la transparence dans l’exploitation des richesses minières  !

La procédure judiciaire doit suivre son cours et la loi doit être appliquée dans toute sa rigueur. D’autant plus que la société ne serait pas à son premier forfait. Elle doit désormais assumer les conséquences de ses actes. Le Burkina Faso ne doit pas continuer à être un « no man’s land » où les multinationales viennent piller sans vergogne les richesses du sous-sol en toute impunité. Cette affaire doit interpeller les autorités burkinabè au plus haut niveau. Le Burkina Faso doit enfin se donner les moyens de profiter au maximum des richesses de son sous-sol. Jusque-là, le sentiment quasi général est que ces richesses profitent plus aux sociétés minières et à quelques complices dans les hautes sphères politico-bureaucratiques. Il faut en finir avec ces braderies alors que le pays manque cruellement de ressources pour faire face aux missions régaliennes de l’Etat d’offrir le minimum vital aux populations.

Pour revenir au cas d’Essakane, il faut dire que par ces temps qui courent, 335 milliards pour le budget de l’Etat est une manne inespérée qui pourrait permettre de résoudre bien des problèmes auxquels le gouvernement fait face aujourd’hui, notamment pour l’équipement des Forces de défense et de sécurité en lutte contre le terrorisme, la satisfaction des engagements du gouvernement vis-à-vis des syndicats des travailleurs, les promesses dans divers secteurs, etc. Mais dans cette affaire, il n’y a pas que les retombées financières qui devraient inciter le gouvernement à encourager et soutenir la procédure judiciaire pour qu’elle suive son cours normal jusqu’à son terme. Cette affaire est une occasion en or pour le gouvernement d’engager un début de fermeté et de vigilance sur l’exploitation et la gestion des ressources minières au Burkina Faso. C’est pourquoi, une enquête sérieuse et approfondie doit être conduite sur la gestion de cette affaire par le ministre Idani et ses services ainsi qu’au niveau de la Direction générale des Douanes, afin de situer toutes les responsabilités à tous les niveaux.

Dans un pays normal, le ministre des Mines devrait commencer par rendre le tablier pour  se mettre à la disposition de la Justice. Mais, ici, c’est au Burkina Faso, c’est le système du mouta  mouta.  Les scandales de gestion ne dérangent personne dans les hauts sommets de l’Etat. Bien au contraire ! Les chiens aboient, la caravane du déshonneur passe, insouciante et narguant même le bas-peuple.

Il reste à savoir si le Président Kaboré et son gouvernement sont encore capables du sursaut attendu pour rétablir le pays et ses populations dans leurs droits de jouir de leurs richesses. Ce sursaut devrait commencer par laisser la procédure suivre son cours jusqu’au bout, mais surtout par sanctionner, ne serait-ce qu’administrativement (en attendant la justice) tous ceux qui ont trempé dans cette affaire. Mais encore faut-il que ceux qui doivent sanctionner soient eux-mêmes au-dessus de tout soupçon.

Malheureusement, le système mouta mouta semble encore vouloir régler ce contentieux par des voies détournées qui permettraient à la société minière de poursuivre son opération moyennant quelques transactions négociées entre les parties. L’on apprend que le Président Kaboré veut une fois de plus sortir sa trouvaille magique visant à régler diplomatiquement des procédures judiciaires. Des voix évoquent les bonnes relations entre le Canada et le Burkina Faso pour soutenir l’option des transactions négociées en lieu et place de la procédure judiciaire. Mais franchement, si le Canada encourage le pillage de nos ressources par ses entreprises aux pratiques frauduleuses, le Burkina Faso doit revoir courageusement ses relations avec ce pays. Le Canada ne permettra jamais à une entreprise burkinabè de frauder sur son territoire. Pourquoi le Burkina n’appliquerait pas le principe de la réciprocité ? La loi doit être dure pour tous, y compris pour les amis. Ce sera un précédent dangereux d’interrompre la procédure judiciaire au nom de prétendues bonnes relations entre les deux pays. Bien au contraire, c’est peut-être au Canada de tirer les oreilles des responsables d’Essakane.

En tous les cas, cette affaire interpelle tous les Burkinabè, notamment les organisations de lutte contre la corruption et la fraude, les organisations crédibles de la société civile, l’opposition politique, etc. En somme, il faut une mobilisation nationale forte autour de l’exigence de vérité et de justice dans cette affaire. Il faut encourager le pouvoir ou le contraindre à ne pas obstruer la manifestation de la justice. Car, au-delà de ce cas précis, ce sera un signal fort à toutes les sociétés minières et leurs complices sur la volonté collective des Burkinabè d’ouvrir désormais l’œil et le bon sur l’exploitation et la gestion des ressources minières de leur pays.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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