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TERRORISME, CONFLITS COMMUNAUTAIRES, GREVES, : …Le MPP et ses dignitaires dépassés par les évènements

Le Burkina Faso a mal à sa gouvernance et à ses élites politiques. Les Burkinabè ont mal à leur citoyenneté. Le pays n’est pas gouverné. 4ans après avoir mis fin à 27 longues années de règne sans partage du Président Blaise Compaoré, les  Burkinabè constatent avec amertume, la destruction progressive de l’Etat et des institutions. L’arrivée du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) n’est finalement qu’une continuité du système politico-mafieux qui a suscité la colère et la révolte populaire en 2014. La conférence de presse du MPP le jeudi 11 avril 2019 a donné l’occasion de comprendre davantage l’immobilisme étouffant et révoltant du pouvoir face à la grave crise de gouvernance qui touche tous les secteurs de la vie publique. Ces «gens-là» sont fatigués, dépassés et n’ont aucune perspective sérieuse pour sortir le pays du bourbier. Bien au contraire, ils vont l’enfoncer dans les profondeurs des abîmes.

C’est désormais reconnu de tous : le Burkina Faso se porte très mal. Jamais, ce pays n’a été aussi proche de toucher le fond. Depuis plus de trois décennies maintenant, le pays est malmené dans tous les sens par des élites politiques qui ont trahi leurs convictions (en avaient-ils réellement?) qu’ils ont noyées dans le sang de leurs camarades ou dans la sueur et les larmes de la grande majorité de leurs compatriotes. Le Burkina Faso est aujourd’hui menacé dans ses fondements sociologiques et institutionnels. tous les ressorts (moraux, politiques, coutumiers et religieux, sociologiques, etc.) sont désormais fragilisés par les conséquences des pratiques et cultures politiques aventuristes déployées depuis l’indépendance mais surtout après l’assassinat du Président Thomas Sankara et la liquidation de la révolution démocratique et populaire.

La crise multidimensionnelle actuelle n’est que la résultante de ces longues années d’errements de ces acteurs politiques qui, comme des caméléons, ont changé leur costume révolutionnaire en tunique de rectificateurs avec la trahison, la concussion, la corruption, le vol des deniers publics et des mensonges comme fondement de leur engagement. Du serment de servir et de défendre la patrie à tout prix, y compris le sacrifice suprême (le fameux «la patrie ou la mort nous vaincrons»), ils sont passés à la patrimonialisation de l’Etat, de ses institutions, de ses ressources et services. tout ce qui arrive aujourd’hui au Burkina Faso n’est que l’aboutissement  logique de leurs compromissions. Plus grave, non contents d’avoir mis le pays dans cet état, ils s’accrochent, de toutes leurs forces, à la vie politique avec des initiatives ou des discours dont le ridicule le dispute au manque criard de bon sens et à la malhonnêteté intellectuelle.

Le drame, c’est l’absence de perspectives et d’ambitions véritables d’en sortir. Chaque jour apporte son lot de témoignages sur l’insouciance et l’incapacité notoire de cette classe politique à penser au-delà de ses intérêts égoïstes. Pire, ils transforment leurs angoisses personnelles, leurs peurs et leurs inimitiés ou trahisons en affaires d’Etat et veulent embarquer tout le pays dans leurs errements sans fin. Ils sont plus occupés à rechercher la voie de leur salut personnel qu’à réfléchir à des alternatives durables pour le pays et la majorité des populations. Quand ce n’est pas le pouvoir qui brille par son immobilisme et son indécision lorsque le doute et les craintes légitimes de lendemains incertains frappent les esprits de la majorité des populations, c’est l’opposition qui tire sur l’ambulance, renforçant ainsi les sentiments de la peur ou voulant en prétexter pour proposer des initiatives aux relents d’appels aux larges rassemblements des acteurs politiques pour le partage du gâteau national.

L’aveu d’incompétence du MPP

Depuis un peu plus de trois ans maintenant, chaque jour qui se lève est une épreuve de torture morale et intellectuelle pour tous les fils et filles de ce pays qui ont encore la lucidité de voir et de penser à la dégradation continue du tissu social, politique  et économique avec pour conséquence, la remise en cause des bases du vivre ensemble. Beaucoup d’acteurs observent avec impuissance ou par inaction ou encore par complicité active ou passive, la descente de leur pays dans les eaux boueuses des pratiques et errements de ces aventuriers politiques qui ne pensent qu’à leurs propres sorts qu’ils ont fini par assimiler à l’intérêt supérieur de la nation.

La sortie médiatique du MPP du 11 avril dernier a apporté la preuve que face au contexte national actuel qui exige des actions fortes et vigoureuses dans l’immédiat et des initiatives structurantes à court, moyen et long termes, le pouvoir  est perdu et manque de réponses aux problèmes de la nation : terrorisme (même si des avancées sont observées sur ce terrain), conflits communautaires, mal gouvernance, revendications sociales, pillages des ressources foncières et  minières,  etc.  L’on aurait cru entendre un parti d’opposition qui s’agite dans la dénonciation pour espérer séduire les populations.  Mais c’est le parti au pouvoir qui vient avouer publiquement que le pays va mal et qu’il n’a pas les solutions. Sinon comment le MPP peut tenir un discours de condamnation des graves dérives qui ont conduit à des massacres communautaires de Yirgou, de Zoaga et d’Arbinda pendant  que son gouvernement fait preuve d’une extraordinaire et  incompréhensible mollesse face à ces drames humains qui plongent ces localités dans la détresse ? Comment comprendre son discours sur le devoir de justice et de vérité sur les graves crimes qui jonchent l’histoire politique du Burkina Faso alors que depuis 3 ans qu’ils sont au pouvoir, presque rien n’est fait pour que justice soit rendue aux victimes de violences de toutes sortes ? Le MPP insiste (disons-le, avec raison) sur le triptyque vérité, justice et réconciliation nationale.  Mais en trois ans de pouvoir, qu’ont-ils fait pour amorcer ne serait-ce qu’un début de traduction de cette volonté en acte sur le terrain ? Rien, peut-on affirmer sans sourciller. Apparemment, la quête de vérité et de  justice semble être plus un slogan politique pour les tenants du pouvoir qu’un processus de réconciliation de l’Etat avec certains de ses fils et filles et avec la société.

Sur les mouvements d’humeurs des agents du ministère de l’Economie et des Finances, l’on ne peut s’empêcher de crier à l’irresponsabilité quand le parti qui gère le pouvoir d’Etat dénonce des «sabotages» de l’économie sans pour autant prendre toutes les mesures pour y mettre fin. C’est aberrant que le parti qui détient le pouvoir se contente de discours face à des «actes de sabotage» qui durent depuis 3 mois. A moins qu’il n’y ait des dessous que seuls les gouvernants et les agents du ministère de l’Economie savent. Sur cette crise, le MPP et son gouvernement gagneraient à trouver des solutions le plus rapidement possible au lieu d’engager une bataille inutile de l’opinion. La situation a assez duré et il faut en sortir pour protéger bien des acteurs économiques qui risquent d’être emportés par cette crise.

Par ailleurs, le président intérimaire du MPP, Simon Compaoré, s’est même permis une sortie de route relativement à une déclaration publiée le 10 avril 2019 par 13 ONG internationales présentes au Burkina Faso et faisant état de leurs inquiétudes sur les conséquences humanitaires de la lutte contre le terrorisme et les conflits communautaires. Fidèle à lui-même et à sa réputation de «malcauseur», Simon Compaoré  leur a clairement signifié que «si le Burkina est devenu invivable, il faut partir (…) Nous sommes là, nous n’allons pas fuir». Des propos qui lui ont valu une remontée des brettelles du chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré.

Que dire de cette tendance du pouvoir actuel en place à absoudre ses propres péchés et son incapacité à proposer des solutions idoines aux impératifs actuels dans l’accusation de l’autre comme seul responsable des problèmes qui se posent à la communauté nationale ? Leur responsabilité étant de trouver des solutions aux problèmes et de  sanctionner ceux qui dévient des règles de la bienveillance républicaine, ils ne peuvent prétendre à aucune excuse en jetant l’opprobre sur les autres. Cela ne veut nullement dire que les autres ne leur mettent pas les bâtons dans les roues. Mais quand on a le pouvoir, il faut savoir déjouer tous les pièges, même les plus malicieux, avec responsabilité, fermeté et dignité. Franchement, le MPP et ses leaders manquent incroyablement de talents d’hommes d’Etat et de décision. Quand le parti au pouvoir se met dans  la  dénonciation et la gesticulation pendant que le gouvernement semble endormi, il faut craindre que le  pays ne fasse davantage de pas en avant vers le gouffre. Loin de rassurer les Burkinabè, cette sortie sonne comme un aveu d’incompétence face aux défis auxquels le pays et les populations font face aujourd’hui.

Gérer le pouvoir c’est plus que la jouissance de délices

Malheureusement, face à ce pouvoir qui avoue son incapacité à répondre aux aspirations des Burkinabè, il n’y a pas, pour l’instant, une offre d’alternative politique sérieuse et en phase avec les aspirations de la grande majorité des populations. En face, l’opposition continue de jouer le jeu du pouvoir. Elle se perd dans les discours et autres dénonciations qui ne rassurent pas de ses capacités à faire mieux que ce qu’elle  dénonce. En cela, les sorties médiatiques de certaines formations politiques suite aux graves perturbations de la quiétude sociale du fait des actes terroristes ou des violences intercommunautaires finissent de convaincre qu’avec de tels acteurs, ce pouvoir MPP n’a pas besoin de résultats ou d’efforts particuliers pour se maintenir. Face au drame humain qui se complique et se complexifie de jour en jour, les Burkinabè ont besoin d’être rassurés ou tout au moins d’espérer de lendemains plus enchanteurs. Et ce n’est pas dans les condamnations et les dénonciations des limites reconnues du MPP que l’on va y arriver.

Pour éviter au pays, cette course folle vers le chaos, le pouvoir doit enfin prendre toute la mesure de ses responsabilités et s’assumer pleinement. La gestion du pouvoir ne se limite pas à la jouissance de ses délices et avantages. Elle exige une capacité à réfléchir et à trouver des solutions aux problèmes qui se posent à la collectivité nationale. Elle exige aussi une courtoisie et une certaine mesure dans le discours.

 

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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3 comments
  • Merci a Monsieur Ouedraogo. Tres belle analyse. Bon courage
    Ce peuple est plus que mouton, qu’il assume ces choix mouton. Un peuple qui confie son avenir a des dealers, des voleurs et des insouciants ne mérite pas mieux que ça. D’abord ils sont combien qui liront cet article aussi instructif, qui leur permettra de ne plus commettre cette erreur monumentale? . Ils seront peu. Un peuple ignorants. Mon papa aime me dire en moore  » est ce que les simon la peuvent gérer un pays?’. Il veut signifier avec étonnement en quoi ces gens (rock et simon) ont pour faire développer un pays , a la limite le gérer. Les burkinabés ont quitter dans caca pour rentrer dans l’anus! en Moore facile. Ce qui fait mal, est que cette population qui en pâtissent de leurs incompétences, ira encore voter ces incompétents en 2020 pour allonger leur cycle infernal! le Burkina a besoin d’une reconstruction a la limite une restructuration impitoyable.

  • C’est epoustouflant,votre analyse donne des frissons. En toute sincérité les autorités du pays sont etourdis voire égarées , mais malheureusement restent indifférentes face á ces bonnes interpelations.bonne inspiration.

  • Walaiii, Boureima OUEDRAOGO a dit ce que les burkinabé pensent de plus en plus tout haut.Tres bien dit même.Il faut que le pouvoir se réveille pour ne pas se retrouver ailleurs.Pour ce faire, le Président RMCK doit changer de paradigmes en rapport avec sa conception du pouvoir et éviter de ne promouvoir que les parents amis et connaissances.Que Allah ( LSI) facilite.

Boureima OUEDRAOGO Ecrit par Boureima OUEDRAOGO

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