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Trois ans de déception et d’inquiétude généralisée

Le 29 novembre dernier, marquait le 3e anniversaire de la présidentielle post insurrection avec la victoire de Roch Marc Christian Kaboré qui a été investi officiellement un mois plus tard. Cela fait donc déjà 3 ans que le Président Kaboré est à la tête du pays des Hommes intègres. Il est arrivé au pouvoir dans un contexte marqué par de grands espoirs d’un renouveau politique, institutionnel et socioéconomique. Trois ans après, a-t-il  réussi à maintenir la flamme de l’espoir ? Que peut-on retenir des 3 années de gouvernance MPP (Mouvement du peuple pour le progrès, le parti présidentiel) ?

Le moins que l’on puisse dire est que le Burkina Faso est à la croisée des chemins. Le renouveau espéré est en train de faire place progressivement à la déception, voire le désespoir. Le pays a mal à sa gouvernance. Le Président Kaboré et son gouvernement ont de plus en plus du mal à convaincre bien de leurs compatriotes de leurs capacités à incarner le changement voulu par le peuple à travers l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. Ces changements tiennent, entre autres, en l’instauration d’une gouvernance vertueuse au sommet de l’Etat, la relance de l’économie nationale, la création d’emplois décents pour la grande majorité des jeunes, l’accès à de meilleurs services publics de base (santé, éducation, eau potable, sécurité) dans l’équité ; etc.

Sur ce dernier point, l’on peut noter quelques acquis, notamment avec la construction d’infrastructures scolaires pour réduire progressivement les écoles sous paillotes et améliorer l’offre éducative, la gratuité des soins de santé de base pour les femmes enceintes et les enfants de 0 à 5 ans (qui devient de plus en plus pratiquement impossible, faute de disponibilité de médicaments dans les centres de santé). Il y a également la construction et l’achèvement d’infrastructures socioéconomiques comme les routes.

Mais toutes ces réalisations dont se vante la majorité présidentielle représentent des gouttes d’eau dans un océan de besoins. Il ne s’agit pas de dire que le pouvoir n’a rien fait en 3 ans. L’honnêteté intellectuelle recommande que l’on reconnaisse qu’il y a des réalisations. Seulement, le gouvernement pouvait faire beaucoup mieux. Malheureusement, il semble se satisfaire de peu là où les Burkinabè sont en droit d’espérer mieux.

L’un des plus grands échecs du pouvoir Kaboré en 3 ans, c’est la sécurisation des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire national. Cueilli à froid par le premier attentat terroriste au cœur de la capitale burkinabè, le pouvoir en place semble faire du surplace depuis et donne parfois l’impression d’une insouciance face à la montée de l’insécurité avec la recrudescence des attaques. Une bonne partie du territoire national au Sahel et à l’Est semble échapper au contrôle et à l’autorité de l’Etat. Depuis 3 ans, il ne se passe pas une semaine sans que des Burkinabè ne perdent la vie dans  une attaque.

L’on ne peut passer sous silence cette incapacité à instaurer une gouvernance éthique à travers la sanction des malversations et des pratiques corruptrices qui gangrènent encore bien des structures de l’administration publique. Le sentiment général chez bien des Burkinabè est qu’en fait, le pouvoir actuel est une continuité du système Compaoré avec ses réseaux mafieux et de coteries dont le sport favori est le pillage et le bradage des ressources nationales (minières, foncières, fiscales, etc.). Que dire du renchérissement continu de la vie dans un contexte de paupérisation grandissante des masses laborieuses, surtout avec la récente augmentation du prix des hydrocarbures de 75 francs CFA ? En tous les cas, la Coalition contre la vie chère a retenu ce 29  novembre, jour anniversaire de l’élection de Roch Kaboré à la magistrature suprême, pour sonner la mobilisation contre la vie chère. La forte mobilisation des Burkinabè doit interpeller le pouvoir. Sans doute que d’autres manifestations suivront. Au lieu de se satisfaire de quelques réalisations, le pouvoir  gagnerait à éviter les discours guerriers et provocateurs et se mettre à la tâche tout en ouvrant un dialogue franc et constructif avec l’ensemble des partenaires sociaux. Le pays va mal et il appartient au président du Faso de mobiliser toutes les énergies positives autour de l’essentiel, c’est-à-dire, la construction de la paix et des voies de l’espérance. Il lui reste encore deux ans pour réussir ce pari. S’il ne le fait pas, les choses le rattraperont, soit d’ici deux ans, soit au cours de son deuxième mandat (si bien sûr, il obtient encore la confiance du peuple électeur). Il faut rompre avec le processus de remise en cause du pouvoir qui est en cours. Ça pourrait aller plus loin que l’on ne le pense. Pour une fois et pour la paix et la stabilité, le gouvernement doit savoir anticiper.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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