TUERIES DE YIRGOU : Témoignages saisissants de rescapés!

Le 1er janvier 2019, le village de Yirgou dans le Sanmatenga a connu la plus triste journée de son histoire. Suite à l’assassinat du chef du village, son frère cadet, deux de ses fils et deux autres personnes par des individus non identifiés, la communauté peulh a été prise pour cible par les Koglweogo de la localité, en représailles, semant horreur et désarrois. Quelques mois après, le Haut Conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN) et la Commission nationale pour les droits humains (CNDH) ont effectué une mission dans sept localités afin de faire un diagnostic de la situation et  proposer des mesures urgentes.

Yirgou, Bangrin, Korko, Foubè, Barsalogo, Biguélé et Kaya ont été les localités visitées par la mission conjointe du Haut Conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN) et la Commission nationale pour les droits humains (CNDH) du 15 au 22 février 2019. Des constats et entretiens réalisés, la mission conjointe confirme que des violations graves des droits humains ont eu lieu. La tuerie a pris de l’ampleur suite aux assassinats du chef du village et des membres de sa famille. C’est alors qu’en représailles, la communauté peulh a été accusée d’être les auteurs ou complices des auteurs. Les missionnaires ont indiqué dans leur rapport qu’ils avaient d’abord rencontré une population qui vit dorénavant dans un traumatisme permanent à travers  «des agissements dénotant la peur que l’évènement ne se reproduise». Ceux qui ont pu s’exprimer entre deux sursauts de peur ont fait des révélations. Plusieurs témoins, selon le rapport, ont fait cas de la démarche sélective des auteurs des atteintes aux droits humains.

Ainsi, «ils séparaient les Peulhs des autres ethnies (Mossi et Bella) avant de ne tuer que les Peulhs. Cela corrobore les propos d’une victime qui raconte que «les koglweogo nous ont trouvés au marché et nous ont rassemblés sous un hangar. Ils ont ensuite demandé s’il y avait des Bella parmi nous, parce qu’ils ne voulaient que des Peulhs. C’est là que nous avons compris que nous étions en danger. Certains ont voulu fuir et ils ont tiré sur eux…». Un survivant témoigne avoir dénombré 24 personnes abattues. Toujours à propos du caractère sélectif des cibles à abattre, à savoir les personnes de sexe masculin de la communauté peulh, une déplacée a expliqué que «mon fils a eu la vie sauve parce qu’un Bella a déclaré aux agresseurs que le garçon était son fils et qu’il n’était pas Peulh ».

Les droits humains bafoués…

La mission a établi une typologie de droits humains violés qui sont les atteintes à l’intégrité physique, avec les blessures physiques, les atteintes à l’intégrité morale à travers les menaces de mort ayant entraîné les traumatismes psychologiques, les atteintes au droit à la liberté de circulation avec le risque d’être pris pour cible, les atteintes aux droits économiques avec les avoirs incendiés, les atteintes aux droits sociaux et culturels avec l’inaccessibilité à une éducation de qualité et des soins de santé adéquats ainsi que les violences faites aux enfants.  Le sentiment d’injustice est grand dans les localités visitées, car pour les survivants, «l’Etat, notamment le système judiciaire, fait peu d’efforts ou pas du tout pour arrêter ceux qui ont initié les représailles pour tuer les leurs». Et «certains se pavanent encore avec les armes qui ont été utilisées pour assassiner nos proches». Pour ce faire, certains préconisent les mécanismes traditionnels de règlement des conflits pour réconcilier les communautés, mais il faudra que justice se fasse d’abord et avant tout.

Quant aux causes de cette situation, les deux institutions ont estimé qu’elles étaient lointaines, exogènes et immédiates. Les causes immédiates sont surtout liées à l’assassinat du chef de Yirgou et des membres de sa famille, les actions incontrôlées de certains groupes d’autodéfense, notamment les Koglweogo qui se promènent avec des armes sans être inquiétés par les autorités et la réaction tardive des Forces de défense et de sécurité qui sont arrivées sur les lieux 48 heures après le début des représailles. Les tueries de Yirgou sont également intervenues dans un contexte d’insécurité ambiante, de circulation incontrôlée des armes de guerre, sans oublier le phénomène de l’extrémisme violent. Le HCRUN et la CNDH ont rappelé l’incapacité de l’Etat à protéger les citoyens et ont fait une quinzaine de recommandations qui vont des enquêtes judiciaires sur les évènements, l’assistance judiciaire au profit des victimes à la prise en compte des questions comme la santé et l’éducation des déplacés, etc. Elles lui recommandent d’entreprendre des actions de sensibilisation des populations sur les questions des droits humains, de la réconciliation et de la cohésion sociale.

Aimé NABALOUM
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