Journalisme

Un recul prévisible de la liberté de la presse au Burkina

La communauté internationale a célébré le dimanche 3 mai, la Journée mondiale de la liberté de la presse. 27e du genre, cette commémoration intervient dans un contexte de restrictions massives des libertés dans les 4 coins du monde, du fait de la pandémie du Coronavirus (Covid-19). Comme par prémonition, l’Organisation des Nations unies pour les sciences et la culture (UNESCO) avait retenu pour thème de cette commémoration : «Faire du journalisme sans crainte ni complaisance».

Ce thème cadre parfaitement avec cette crise sanitaire mondiale. En effet, bien des journalistes, du fait des restrictions et des mesures de protection, sont contraints de faire leur travail de collecte et de traitement des informations en restant confinés chez eux. Le télétravail a suppléé, momentanément, la mobilité habituelle des professionnels des médias.

En Afrique, en général, et au Burkina Faso, en particulier, cette crise a aussi d’importantes répercussions dans l’exercice de la liberté de la presse. Ici comme ailleurs, les mouvements des journalistes sont limités et les organes de presse sont contraints de réajuster leurs fonctionnements pour faire face au défi de continuité de l’offre d’information malgré les restrictions de toutes sortes.

A cela s’ajoute l’impact négatif de cette pandémie sur l’économie des médias. La plupart des entreprises de presse se retrouvent pratiquement sinistrées par cette crise sanitaire qui leur impose, dans le même temps, des dépenses supplémentaires, notamment, en matériels de protection pour les journalistes sur le terrain, mais aussi dans les Rédactions (achats de masques, de gels hydro-alcooliques, de dispositifs de lave-mains, distanciations sociales, etc.)

C’est dans ce contexte de morosité prononcée que la Journée mondiale de la liberté de presse a été célébrée au Burkina Faso, sous le thème : «Médias, élections et insécurité : faire du journalisme sans crainte ni complaisance». C’est une adaptation du thème mondial par le Centre national de presse Norbert Zongo qui, chaque année, porte les activités commémoratives de cette journée. Malheureusement, cette année, cette commémoration s’est faite dans la stricte observation des mesures barrières contre la Covid-19. Ainsi, en lieu et place des ateliers, panels, et activités socio-sportives, des émissions radio et télé ont été enregistrées pour être diffusées le jour-J. Bref, c’est à une commémoration à minima que l’on a assisté.

Par ailleurs, il convient de noter que la commémoration de cette journée intervient dans un contexte de recul de la liberté de la presse au Burkina Faso. En témoignent la note du Rapport national sur la liberté de la presse (qui passe de 2,68 en 2018 à 2,50) et le classement  mondial 2020 de l’ONG Reporters sans frontière où le pays a perdu 2 places (passant de la 36e à la 38e place).

Cette régression était prévisible. Parmi les facteurs explicatifs, on peut noter : la révision du Code pénal en 2019 intégrant des dispositions liberticides au nom de la lutte contre le terrorisme et l’absence incompréhensible de décrets d’application de la loi portant accès à l’information et aux documents administratifs. Si l’on y ajoute l’environnement économique de plus en plus précaire, l’on ne pouvait pas espérer un meilleur classement.

La 38e place est même une prouesse. L’on peut également noter le retour des velléités de contrôle de l’information avec des tensions permanentes dans les médias publics qui sont de nature à compromettre la liberté et l’indépendance des professionnels évoluant dans lesdits médias.

Enfin, en dépit des avancées, l’affaire Norbert Zongo reste toujours pendante et plusieurs organes de presse font l’objet de harcèlements et d’intimidations à travers des procès dont l’équité et l’impartialité sont plus que douteuses. Bref, les obstacles à la liberté de presse se multiplient. Il apparaît donc impératif de créer les conditions d’amélioration de l’environnement juridique, institutionnel et économique de la presse : expurger les dispositions liberticides introduites dans le Code pénal ; réviser les lois portant régimes juridiques de la presse (écrite, en ligne et audiovisuelle) pour corriger les nombreuses insuffisances constatées ; adopter les décrets d’application de la loi portant accès à l’information publique et aux documents administratifs, renforcer les mécanismes de soutiens aux entreprises de presse (subvention, prêts préférentiels, etc.) ; lutter contre la piraterie des journaux, accompagner la digitalisation des médias, etc. En somme, il faut créer les conditions permettant aux professionnels des médias de pouvoir exercer en toute indépendance et sérénité leur travail de collecte, de traitement et diffusion de l’information. C’est possible ! Il faut juste un peu de volonté politique.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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