VOTE DES BURKINABE DE L’EXTERIEUR : La communication désastreuse du gouvernement.

Le débat sur le nouveau Code électoral ouvert depuis quelques semaines s’est renforcé avec le vote de la loi le 30 juillet 2017 par les députés. Cette loi, de façon générale, permettra désormais aux Burkinabè vivant à l’extérieur de voter. Mais pour ces Burkinabè résidant à l’étranger, avec quel document justifier son identité burkinabè pour pouvoir voter? Où voter? Et que dit le nouveau Code? Telles sont les questions qui cristallisent toutes les attentions et qui semblent créer à la fois un manque de sérénité et un casse-tête pour le gouvernement qui se débat d’une communication chaotique à bien des égards.

Ces derniers temps, la question du vote des Burkinabè de l’étranger a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Surtout, avec l’adoption par l’Assemblée nationale de la loi portant modification de la loi n°014-2001/AN du 03 juillet 2001 qui a donné lieu à des sorties contradictoires et à la limite inappropriées des membres du gouvernement sur les documents de votation et les dispositions pratiques en ce qui concerne les lieux de vote. En clair, le gouvernement a fait preuve d’une déconcertante façon de communiquer sur le sujet, preuve qu’il y a des choses pas claires. La communication dont il est question ici est de donner l’information vraie et juste aux citoyens sur une question aussi cruciale que le vote des Burkinabè résidant hors des frontières.

Malheureusement, cette communication chaotique a contribué à nourrir les inquiétudes et renforcer l’idée d’une impréparation. Dans les faits, chaque membre du gouvernement se prononçant sur la question y est allé de ses arguments, prendre à contre-pied les collègues au point de créer encore plus de doutes. L’un des soucis des observateurs reste la fiabilité de la carte consulaire. Pour Vincent Dabilgou, ministre des Transports, «les cartes consulaires qu’on a délivrées (de par le passé) n’ont pas de numéro de série. L’objectif de cette carte, au départ, était seulement de pouvoir vivre tranquillement en Côte d’Ivoire et au Gabon».

Il remet en cause cette carte en tant que document de vote. Pourtant, sur la carte consulaire, il existe une mention «Carte nationale d’identité burkinabè », et elle comporte un numéro de série. Cette «non-authentification» de la carte consulaire sera battue en brèche par un autre ministre, celui des Affaires étrangères, Alpha Barry. Contrairement donc à son collègue, il affirme que la carte consulaire biométrique est fiable et que l’Etat n’a aucun reproche à faire à ce document, raison pour laquelle sa production va continuer». En poursuivant, il s’oppose aux propos d’un autre ministre, celui en charge de l’éducation nationale, Stanislas Ouaro.  Ce dernier disait en effet, sans sourciller au cours de l’émission «Controverse» de la RTB, qu’il y a des juges burkinabè dans les Ambassades, notamment en Côte d’Ivoire, qui délivrent des certificats de nationalité. Le ministre Barry va apporter à lui aussi un démenti formel: «On n’a pas de juge en Côte d’Ivoire et dans les autres pays d’accueil pour attester de la nationalité de tous ceux qui viennent pour se faire établir la carte d’identité.»

Pour en ajouter à cette sauce au goût déjà fétide à suffisance, c’est Simon Compaoré, président par intérim du MPP, par ailleurs ministre d’Etat, qui monte au créneau : «Il n’est pas évident que tous les détenteurs de la carte consulaire soient absolument des Burkinabè. Et tous les Burkinabè qui vivent à l’extérieur du Burkina Faso ne sont pas non plus détenteurs de carte consulaire». Que retenir de cette communication gouvernementale qui va dans tous les sens? Comment peut-on avoir autant de versions dans le même gouvernement sur le même sujet?

Pour ce qui concerne les lieux de vote, le ministre des Affaires étrangères soutenait que le Burkina chercherait des moyens de conclure des accords avec le gouvernement ivoirien afin de multiplier les lieux de vote autres que les Ambassades et les Consulats généraux où résident les compatriotes burkinabè.

Pourtant, au regard des textes en l’état, cette sortie parait bien curieuse. Le nouvel article 17 du Code électoral, contrairement à l’ancien, écarte l’éventualité des lieux de vote autres que les Ambassades et Consulats généraux du Burkina Faso. Va-t-on tordre le cou aux textes? Si toutefois ce que le ministre Barry dit est vrai, pourquoi avoir donc biffé du nouveau Code la possibilité d’ouvrir des bureaux de vote en dehors des Ambassades et Consulats généraux en accord avec les pays concernés ?

Salifou OUEDRAOGO (Stagiaire)

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