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VOTE DES BURKINABE DE L’EXTERIEUR : Première douche froide pour certains politiciens

Les échéances électorales 2020 avancent à grands pas, avec ses surprises et ses inconnues. La classe politique mue par des agendas cachés et des ambitions inavouables. Prise en tenaille entre ces calculs politiciens et les réalités concrètes du terrain, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) manœuvre comme elle peut pour tenir le calendrier électoral comme convenu par les politiques lors de leur fameux dialogue de juillet 2019. La première surprise de ce processus électoral vient de l’enrôlement des Burkinabè de l’extérieur. A la date du 26  janvier 2020, date de clôture de ce processus, au total, 22 858 Burkinabè de l’extérieur se sont enrôlés. On attend encore les résultats de l’Allemagne, de l’Arabie Saoudite où l’enrôlement se poursuit. C’est la première douche froide pour tous ces politiciens qui croyaient faire de leurs compatriotes de l’extérieur le bétail électoral qu’ils  ne peuvent pas avoir à l’intérieur.

Environ 2,5 millions de Burkinabè à enrôler, ça a fait rêver sans doute les principaux partis politiques de la majorité comme de l’opposition. C’est surtout l’opposition, notamment le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et l’Union pour le progrès et le changement (UPC), qui s’est le plus illustrée dans cette affaire du vote des Burkinabè de l’extérieur. Un potentiel de 2,5 millions d’électeurs est énorme et il faut mettre toutes les chances de son côté.

D’autant plus qu’au plan national, il y a rarement eu  plus de 3 millions de votants. Mieux, aucun candidat à une présidentielle n’a déjà obtenu 2 millions de voix. En effet, en 4 mandats successifs, Blaise Compaoré, même avec ses scores staliniens de plus de 80%, n’y est jamais parvenu. Son plus gros score remonte à 1998, où il a obtenu 1 996 151 voix. Son successeur, Roch Marc Christian Kaboré, avec un taux de participation de 60%, s’est contenté de 1,6 millions de voix.

Avec donc ces scores des vainqueurs au plan national, le vote de la diaspora peut contribuer à changer radicalement les résultats. L’on avait même commencé à se demander si le prochain président ne sera pas élu principalement par les Burkinabè de l’extérieur. Surtout qu’avec la crise sécuritaire, bien des régions du pays risquent de ne pas pouvoir voter en 2020. 206 villages relevant de 22 provinces dans 5 régions sont totalement vidés de leurs populations.

Globalement, les échéances électorales de 2020 suscitent peu d’engouement au niveau national. Il faut craindre que la mobilisation ne soit en deçà de ceux déjà enregistrés lors des précédentes élections.

La première douche froide des échéances électorales de 2020

Autant dire que, comme nous l’avions déjà écrit dans nos précédentes éditions, après avoir échoué à mobiliser les Burkinabè de l’intérieur, certains politiques ont voulu jeter leur dévolu sur ceux vivant à l’extérieur. Mal leur en a pris. Leurs compatriotes de l’extérieur ont d’autres chats à fouetter que de se constituer en bétail électoral pour des élections qui ne changent fondamentalement rien et qui plus est, mettent en compétitions des politiciens d’une même moule qui ont épuisé toutes leurs capacités de proposition et de qui l’on ne peut plus rien espérer pour l’avenir du pays. L’on peut même dire que si certains sont à l’extérieur, c’est surtout par la faute de ces politiciens qui n’ont pas réussi à leur offrir les opportunités dont ils avaient besoin pour rester au pays.

La Côte d’Ivoire était l’attraction des politiques. Le parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), y a fait des missions et un grand meeting. Le chef de file de l’opposition y a fait un tour aussi et tenu son meeting. Eddie Komboïgo du CDP, la troisième force politique, n’a pas non plus voulu se laisser compter. Il y a tenu sa part d’exhibition. Pour on ne sait quelle raison objectivement défendable, les militants et leaders de ce parti et d’autres partis de l’opposition se sont convaincus que les Burkinabè vivant dans ce pays étaient acquis à la cause de leur Dieu Blaise Compaoré. Ou tout au moins qu’ils sont opposés au parti au pouvoir.

A l’arrivée, c’est un véritable fiasco. La réalité est là. Après 23 jours d’enrôlement, les chiffres donnent provisoirement 5557 inscrits en Côte d’Ivoire, dont 4034 dans la ville d’Abidjan. C’est moins de 1% (0,55%) du potentiel d’environ un million d’électeurs attendu. Tout ça pour ça ? Ont dû s’interroger les politiques qui ont tant rêvé. La pilule est trop amère pour être avalée par ces politiciens qui, aveuglés sans doute par l’amertume d’une si maigre récolte, n’ont trouvé mieux que de se livrer à ce qu’ils savent faire le mieux : rejeter la faute sur les autres. En la matière, c’est l’opposition qui pointe un doigt accusateur sur le parti au pouvoir qui créerait les conditions d’un vote à minima des Burkinabè de l’extérieur.

Même le CDP qui, pendant plus d’un quart de siècle au pouvoir, n’avait jamais réussi à les faire voter s’érige aujourd’hui en défenseur acharné du droit de vote des compatriotes de l’extérieur. Comme quoi, les politiciens sont des caméléons. Ils prennent vite la couleur de l’environnement immédiat. Pire, ils ont la mémoire trop courte. Bref. Qu’a fait l’opposition pour déjouer cette volonté du parti au pouvoir ? A quoi ont servi leurs meetings ?  

Tous ceux qui sont venus à ces exhibitions se sont-ils inscrits ? En quoi le pouvoir est-il coupable de ce peu d’engouement des Burkinabè de l’extérieur ? Il est vrai que le gouvernement est parfois difficilement défendable du fait de ses agissements incompréhensibles. Tenez, à la veille du lancement de l’opération d’enrôlement à Abidjan, le gouvernement avait demandé à la CENI de surseoir au lancement et de le repousser. Chose que la CENI a estimé impossible du fait qu’elle avait déjà déployé tout son dispositif et avait déjà tout préparé. Curieusement, le même gouvernement a envoyé une délégation conduite par le ministre d’Etat en charge de l’administration territoriale à la cérémonie le 4 janvier dernier. Et ni dans son discours, ni après le lancement, le ministre n’a jamais fait cas des raisons objectives qui ont prévalu à la demande de report de cet enrôlement.

Jusqu’où peut-on aller au nom du droit de vote ?

Malheureusement, au lieu de tirer les leçons de ces maigres résultats qui coûteront la quinine aux contribuables burkinabè, des voix s’élèvent chez les politiciens pour exiger une prorogation des délais et une réorganisation du dispositif pour rapprocher les centres d’enrôlement aux Burkinabè de l’extérieur partout où ils se trouvent dans les 22 pays où le Burkina a des Ambassades et des Consulats. Peu importe ce qu’une telle perspective coûtera au pays qui fait face à d’énormes charges au niveau national du fait de la crise sécuritaire et des frondes sociales (engagements et accords  entre  gouvernement et de nombreuses organisations syndicales).

Pour les politiciens, même pour quelques voix, l’Etat doit se saigner. Et certains poussent la légèreté jusqu’à affirmer que c’est de la responsabilité de ceux qui sont au pouvoir de trouver les moyens pour tenir les élections. Les autres ont le droit de provoquer même les dépenses les plus insensées dans un contexte aussi volatile que celui du Burkina Faso en 2020. Par devoir de transparence, la CENI doit publier les coûts de ces opérations  d’enrôlement et des missions s’inscrivant dans le cadre du vote des Burkinabè de l’extérieur.

Il faut oser crever l’abcès. Il faut poser objectivement le débat, sans passion. Avant l’enrôlement pour le vote de 2020,  qu’ont fait les mêmes politiciens pour les droits des Burkinabè de l’extérieur, l’amélioration de leurs conditions de vie et de séjour dans leur pays hôte ? Ont-ils une seule fois posé le débat sur la situation des Burkinabè de l’extérieur ? Combien de fois des organisations de la société civile ont dénoncé cette indifférence de la classe politique sur des situations vécues par des Burkinabè  à l’extérieur ? Jusqu’où peut-on aller au nom du droit de vote des Burkinabè aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur.

Bref, avant de vouloir mobiliser massivement les Burkinabè de l’extérieur, il faudra d’abord penser à créer les conditions qui les protègent mieux dans leur pays de résidence et les rapprochent de la mère patrie. Ce n’est pas maintenant qu’ils ont le droit de vote qu’il  faut en faire l’objet des discours et des manipulations politiciennes.

Eviter à tout prix de tomber dans l’irresponsabilité

En tout état de cause, c’est déjà un effort d’être arrivé à une opérationnalisation à minima de ce vote tant souhaité des Burkinabè de l’extérieur. C’est une première expérience qui aura sans doute des insuffisances. Mais il faut faire avec. Il faut en tirer toutes les leçons pour préparer l’avenir. Mais il sera irresponsable, dans le contexte actuel, de vouloir investir davantage de ressources pour proroger les délais d’enrôlement. Aucun pays responsable ne le ferait dans les conditions actuelles du Burkina Faso. Certes, avec les gouvernants actuels, il suffit d’un peu de pression et d’agitations sur les réseaux sociaux pour les pousser à des décisions en total décalage avec les exigences du moment. Mais il faut espérer qu’ils ne pousseront la fébrilité jusqu’à céder à l’appel à l’irresponsabilité de certains politiciens.

L’on a parfois le sentiment, en suivant les hommes politiques, que le Budget de l’Etat est extensible à souhait et que pour satisfaire leurs ambitions, toutes les folies sont permises. L’on se souvient encore qu’au lendemain de sa prise de fonction, le président de la CENI, Newton Ahmed Barry, avait proposé des réformes qui devraient permettre de faire une économie de 20 milliards sur le cycle électoral de 2016 à 2021. Mais ces réformes touchaient à des gains individuels des acteurs politiques et autres. Ils les ont farouchement combattues. Faute de soutiens ni de l’Etat, ni des acteurs non institutionnels, il a dû renoncer. Depuis, il a acquis « sa paix ».

Les politiciens doivent se rendre à l’évidence. S’ils veulent conquérir le pouvoir d’Etat, ils doivent compter principalement sur les Burkinabè de l’intérieur qui représentent un potentiel de près de 8 à 10 millions de voix mais dont la moitié boudent les urnes. Mieux, une grande partie de ceux qui sont déjà inscrits sur les listes électorales ne votent pas. Par exemple, aux élections présidentielle et législatives couplées de 2015, sur cinq millions d’électeurs inscrits sur le fichier national, 40% ne se sont pas rendus effectivement aux urnes.

Si les politiciens ne sont pas capables de susciter des inscriptions massives sur les listes électorales et une participation citoyenne aux votes, c’est incontestablement parce qu’ils ne font pas rêver leurs compatriotes. C’est parce que pour beaucoup de leurs compatriotes, ils ne les motivent pas ; ils ne leur proposent aucune alternative à leur détresse, à leurs désespérances et à leur hantise de lendemains difficiles. Il faut donc se garder de susciter des tensions autour des coûts des élections. Les élections ne devraient pas être des occasions de toutes les folies et des aberrations.

Si le respect du calendrier électoral permet d’éviter les crises institutionnelles à travers le respect des termes et des échéances de renouvellement des élites dirigeantes, si les Burkinabè de l’extérieur ont les mêmes droits que ceux de l’intérieur, il n’en demeure pas moins que le Burkina Faso a d’autres priorités vitales. Il ne devrait donc pas surinvestir dans des aventures irresponsables et sans portée réelle sur la marche du pays.

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Le vote des déplacés internes suscite moins de passions

Pour les élections de 2020, il n’y a pas que le vote des Burkinabè de l’extérieur qui préoccupe la CENI. Elle se démêle comme elle peut pour donner la chance aux déplacés internes du fait des attaques et des menaces terroristes de pouvoir également voter. Ce sont plus de 100 mille électeurs qui ont déserté leurs villages et se retrouvent dans des sites d’accueil dans plusieurs régions du pays. 206 villages se sont totalement vidés de leurs populations. La CENI a commandité une étude qui a fait des propositions de deux scenarii pour leur permettre de voter : soit les rattacher à leur village d’origine ou de les comptabiliser dans leur localité d’accueil. Sur chacun des deux scenarii, elle entend se donner les moyens opérationnels. Mais encore faut-il que les politiques qui ont confisqué les débats sur le processus électoral donnent leur quitus. Sauf qu’ici, il y a moins d’engouement chez les politiques.

B.O

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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